« Les ordolibéraux sont convaincus que l'inflation est défavorable à l'égalité dans la société » (Alexis Karklins‑Marchay)
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Alexis Karklins‑Marchay.
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LA TRIBUNE - Dans votre livre, vous écrivez : « Les défenseurs du libéralisme doivent faire preuve de lucidité: l'opinion est tellement remontée contre ses dérives que la formulation de contre-arguments, même rationnels, ne suffit pas à le réhabiliter ». Comment expliquez-vous que l'on en soit arrivé là ? A quelles dérives faites-vous allusion ?
ALEXIS KARKLINS-MARCHAY - Le libéralisme théorisé par Friedrich Hayek et Milton Friedman, incarné politiquement par Margaret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux Etats-Unis, et diffusé internationalement à travers le « consensus de Washington » est devenue l'idéologie dominante du libéralisme, celui du « laissez-faire » aux yeux de ses détracteurs. Malgré cela, la libéralisation des échanges depuis 50 ans a permis un développement économique exceptionnel, qui a réduit l'extrême pauvreté. Des pays du Tiers-Monde sont devenus des pays émergents. Ces faits sont documentés. Pourtant, ils sont inaudibles. Pourquoi ? D'abord certains problèmes demeurent comme les inégalités, qui sont socialement déstabilisatrices. Ensuite, à partir d'un certain niveau de prospérité, la question n'est pas de savoir si l'on va manger à sa faim mais si l'on est heureux. Car malgré la hausse des revenus, malgré les mécanismes de redistribution, nombre de personnes ont un sentiment d'insatisfaction qu'ils attribuent au libéralisme qui ne se soucierait que de rentabilité, particulièrement en France, pourtant le pays le moins libéral parmi les pays occidentaux. Ensuite, de nouveaux problèmes sont apparus comme la destruction de l'environnement et le dérèglement climatique attribués eux aussi au néolibéralisme.
Or vous prenez ces critiques au sérieux...
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Elles sont caricaturales, mais il faut les entendre. Car que proposent-elles comme alternatives: la décroissance et la sortie du capitalisme. Or ça a déjà été testé ! L'URSS et les dizaines d'expériences collectivistes ont été économiquement et politiquement catastrophiques. Quant à une plus grande intervention de l'État, si la dépense publique était la condition du bien-être, la France, qui connaîtra en 2024 sa 50ᵉ année consécutive de déficit budgétaire, serait un pays en excellente santé! L'autre critique est celle nationaliste et souverainiste du retour aux frontières. Elle cible le libre-échange et la mondialisation, incarnés selon eux par la Commission européenne, coupable de la mort de nos industries et de nos territoires. Ils ne rejettent pas l'économie de marché, et prônent le protectionnisme. Or, historiquement, ce protectionnisme conduit tôt ou tard à des échecs et à la faillite.
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