La BCE frappe fort pour lutter contre l’inflation, la nouvelle obsession de Christine Lagarde

En remontant, contre toute attente, de 50 points de base ses taux directeurs, la Banque centrale européenne a voulu adresser un signal clair dans sa volonté de lutter contre l’inflation. Cette décision historique, inédite depuis 2011, a finalement peu influencé les marchés qui anticipent toujours un fort ralentissement de l’économie, sinon une récession. Pourtant, la BCE compte bien poursuivre ses hausses de taux, mais sans délivrer la moindre indication au marché.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, réaffirme avec force sa volonté de lutter contre l'inflation.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, réaffirme avec force sa volonté de lutter contre l'inflation. (Crédits : Reuters)

La réunion, ce jeudi, de la Banque centrale européenne (BCE) devait être à la fois sans surprise et historique, avec l'annonce d'un relèvement de 25 points de base des taux directeurs pour la première fois depuis une décennie. C'est raté.

Contre toute attente, l'institut monétaire européen a finalement monté ses taux de 50 points de base, en laissant la porte ouverte à d'autres hausses de taux, mais sans véritablement délivrer de guidance (prévision), sous un air « tout est possible ». Exit donc les promesses de la BCE en matière de prévisibilité. Cette décision porte ainsi le taux de rémunération des dépôts à 0%, le taux de refinancement à 0,5% et le taux d'escompte à 0,75%. C'est sans doute ce que voulait Christine Lagarde, présidente de la BCE, ne pas aborder l'été avec un taux négatif.

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Car, sa nouvelle obsession, comme elle l'a rappelé lors de la conférence téléphonique, est bien de lutter contre l'inflation, qu'elle entend ramener, de gré ou de force, autour de la cible des 2%, écartant au passage tout risque de récession en 2022 et même 2023. « Christine Lagarde s'est montrée obstinée à continuer son cycle de hausse des taux pour parvenir à son objectif d'inflation », commente Saidé El Hachem, gérante obligataire chez Vega Investment Managers.

La BCE emboîte ainsi le pas, certes avec un certain retard, de toutes les grandes banques centrales (Japon excepté), mais surtout de la Réserve Fédérale américaine (Fed) qui tient un discours particulièrement belliqueux sur le front de l'inflation, surtout après le très mauvais chiffre de juin aux Etats-Unis (9%, du jamais vu depuis 40 ans). La Fed devrait d'ailleurs relever ses taux directeurs de 75 points de base la semaine prochaine.

Critères subjectifs

Parallèlement, sans doute pour mieux faire passer la pilule aux marchés, la BCE a tenté de préciser les contours de son nouvel outil « anti-fragmentation », baptisé Transmission protection instrument (TPI), et censé protéger les États les plus fragiles de la zone euro. L'Italie est bien évidemment en ligne de mire alors que ce pays, l'un des principaux émetteurs de la zone euro, vient de sombrer dans une énième crise politique avec la démission du très respecté Mario Draghi. « 50 points de base et départ de Draghi le même jour, cela commence à faire beaucoup. Ils ont intérêt à bien délivrer l'outil anti-fragmentation ! », réagit à chaud un gérant obligataire.

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L'exercice de présentation du TPI s'est avéré plus délicat, malgré l'envoi d'un document explicatif aux investisseurs. C'est en effet un outil qui repose sur des critères avant tout subjectifs - discrétionnaires en langage banque centrale - et donc difficile à apprécier en amont. « En gros, tous les pays sont éligibles... dès lors qu'ils ne soient pas eurosceptiques », résume Frederik Ducrozet, responsable de la recherche économique chez Pictet WM. La BCE se garde bien de faire de la politique, mais quand même, le TPI est bien une menace claire aux partis eurosceptiques, comme La Ligue en Italie.

Les marchés restent sur une récession

La BCE a donc décidé de frapper fort. De fait, une nouvelle petite musique se faisant entendre ces jours derniers, grâce à quelques fuites dans la presse savamment orchestrées, à la mode américaine. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce durcissement. La volonté de procéder au plus vite au resserrement de la politique monétaire avant les premiers signes de récession. C'est peut-être aussi un gage donné aux faucons de la BCE en contrepartie de la mise en place du TPI.

Mais c'est surtout l'expression d'une crainte de la BCE d'un nouveau dérapage de l'inflation dans la seconde moitié de l'année, alimentée par une nouvelle flambée des prix de l'alimentation et de l'énergie dans le sillage de la guerre en Ukraine.

L'inflation est bien le nouvel ennemi de la banque centrale, d'autant que, selon elle, certaines forces peuvent amortir le choc de la hausse des taux, et éviter la récession, comme le niveau relativement bas du chômage, les dépenses publiques et l'épargne accumulée ces deux dernières années.

Le message a pourtant du mal à passer sur les marchés. En clair, les investisseurs anticipent toujours un fort ralentissement de l'économie, voire une récession, un scénario qui obligerait les banques centrales à mettre en pause leur resserrement monétaire. Et au final les annonces chocs de la BCE n'ont pas eu beaucoup d'impact sur les marchés de taux, ni même sur les actions, preuve que les investisseurs tablent sur une accalmie prochaine sur le rythme de remontée des taux.

Le Bund Allemand à dix ans, et même l'OAT français, se sont ainsi offerts une légère baisse de quelques points de base. Et la dette italienne, toujours sous pression, n'a pas non plus connu de journée noire. Mais les semaines prochaines s'annoncent très volatils. C'est devenu, il est vrai, une habitude sur les marchés obligataires.

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Commentaires 10
à écrit le 25/07/2022 à 18:57
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La BCE qui a comme objectif de maintenir l'inflation aux alentours de 2% - et c'est son seul objectif- pourrait sans doute être remplacée par une IA plus pertinente en analyse que le conseil des gouverneurs et sa présidente. Cela permettrait des écon...

à écrit le 22/07/2022 à 8:51
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La bce frappe fort : mon c.l ! Lagarde et ses sbires sont une bande de minables qui n iront qu à 0.5% max de taux d interet tellement la situation pue la m.rd.

le 22/07/2022 à 20:16
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Il ne faut pas confondre vulgarité et arguments. On constate une chose, c'est que d'arguments, vous n'en avez guère; Heureusement que le ridicule ne tue point.

à écrit le 22/07/2022 à 2:20
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Cause toujours tu m'intéresse.

à écrit le 21/07/2022 à 22:43
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C’est étrange cette déconnection entre la vraie vie (dollar faiblit un chouia aujourd'hui, les taux à dix ans inchangés en France et en Allemagne) et cette croyance que quelques citoyens fussent-ils à la BCE peuvent peser sur nos économies...

à écrit le 21/07/2022 à 21:07
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Oula quand Lagarde prends des grandes decisions moi ça me fait peur

le 23/07/2022 à 9:22
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Pareil

à écrit le 21/07/2022 à 19:43
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Depuis plus de 10 ans on a augmenté la masse monétaire de façon excessive, on n’a pas vu d’inflation maintenant elle arrive et donc il faut serrer les boulons et donc la hausse des taux arrive au risque de ralentir l’economie

le 21/07/2022 à 20:26
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Vous avez une autre solution pou freiner l'inflation ?

à écrit le 21/07/2022 à 19:38
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Super coup de bâton de la Bundesbank sur les sudistes de l'UERSS qui devront subir le diktat allemand pour limiter le coût de leur endettement (cf. TPI) à défaut de quitter la zone Euro pour adopter une monnaie souveraine adaptée à leur économie.....

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