La France perd patience avec le Royaume-Uni : "Sortez, et vite!"

Brexit: accord presque boucle sur l'acces des services financiers gb a l'ue
Francois Lenoir

Brexit: accord presque boucle sur l'acces des services financiers gb a l'ue
Francois Lenoir
La France est pressée de voir le Royaume-Uni quitter l'Union européenne au plus vite pour remettre en mouvement une construction européenne paralysée, quelles qu'en soient les conséquences économiques, au grand dam d'une Allemagne qui espère voir les Britanniques se raviser pour éviter le choc.
Ce différend s'ajoute à longue liste des désaccords franco-allemands qui, de la zone euro au dossier migratoire en passant par la réponse à apporter aux pressions commerciales exercées par Donald Trump, empoisonne la relation entre Paris et Berlin.
En privé, les responsables français abandonnent toute prudence diplomatique pour se montrer très abrupts.
"Les Britanniques doivent quitter l'Union, sinon c'est l'avenir de notre continent qui est menacé. Et le plus tôt sera le mieux", dit une source française.
La France, estime ce responsable de haut rang, a fait "l'erreur" en 2007 de faire approuver par le Parlement le traité de Lisbonne pour contourner le "non" français à la Constitution européenne exprimé par référendum (le 29 mai 2005), ouvrant la voie à 15 années de violente contestation de la légitimité de cette décision.
"On le paye encore aujourd'hui. Ne refaisons pas la même erreur avec le peuple britannique", dit-il en soulignant qu'à trop tarder, le risque est de donner aux eurosceptiques "un espace politique considérable. Ils pourront dire 'vous ne respectez pas la volonté du peuple britannique'".
Mais, un peu moins de trois ans après le référendum du 23 juin 2016 sur l'appartenance à l'Union européenne, le Royaume-Uni semble incapable de sortir de l'impasse politique.
Conclu en novembre 2018 entre les Vingt-Sept et la Première ministre britannique Theresa May, l'accord de retrait - "Withdrawal Agreement" - a été rejeté trois fois par la Chambre des communes, la chambre basse du Parlement britannique.
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Après avoir repoussé une première fois la date du divorce, du 29 mars au 12 avril, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne sont convenus le 10 avril d'offrir à Theresa May un nouveau report "flexible" jusqu'au 31 octobre, juste avant l'entrée en fonction de la nouvelle Commission.
Cette opinion est combattue en Allemagne et a fait l'objet d'un désaccord ouvert entre Angela Merkel et Emmanuel Macron lors du Conseil européen du 10 avril.
"Il y a eu de profondes divergences de vues au Conseil européen", explique un autre responsable français selon lequel "depuis trois ans, tous les Conseils européens sont pollués par le Brexit" et les choses n'avancent plus, alors que la zone euro est loin d'être équipée pour résister à un choc violent.
Paris sait que Berlin est d'un avis contraire.
"Pour l'Allemagne, le Royaume-Uni a besoin d'aide. Sous-entendu : il faut les aider à rester", explique le second responsable. "Cela tient aussi à une évaluation différente des conséquences d'un 'no deal' : pour les Allemands, c'est la catastrophe absolue, aussi fort que la crise de 2008."
Pour Paris, l'espoir est que le spectre d'une participation aux élections européennes puisse faire basculer la balance des conservateurs en faveur d'un départ rapide, même sans approbation de l'accord de sortie, ce que souhaite d'ailleurs le ministre britanniques des Affaires étrangères, Jeremy Hunt.
"En ce qui concerne le Brexit, mon opinion est très claire: nous devons partir, nous devons partir rapidement, nous devons partir proprement."