ENTRETIEN - Pour « La Tribune Dimanche », Achim Truger, l'un des cinq sages du Conseil franco-allemand des experts économiques, porte un regard critique sur les orientations économiques de son pays, et ne ménage pas la France.
Achim Truger est l'un des économistes les plus influents d'Allemagne. Il est l'un des cinq « sages » chargés de conseiller le gouvernement fédéral et le Parlement. Pourfendeur de l'orthodoxie budgétaire, il porte un regard critique sur les orientations de son pays, tout en surveillant attentivement la situation française.
LA TRIBUNE DIMANCHE - La France a reporté la présentation de son budget 2025 et ne donne aucune indication des mesures envisagées pour réduire son déficit. Comment les Allemands jugent-ils notre situation ?
ACHIM TRUGER - Nous surveillons de près la situation française. L'objectif de ramener le déficit sous la barre des 3 % à l'horizon 2027 nous semble difficilement atteignable. Le déficit budgétaire est persistant et la pression des marchés s'accentue. Celle de l'Europe également : la Commission européenne va commencer à imposer de nouvelles règles budgétaires et potentiellement de nouvelles sanctions aux pays. C'est inquiétant, car elle met les membres de l'Union sous pression alors que l'économie européenne se porte déjà mal. En imposant des règles budgétaires trop strictes, elle prend le risque de freiner la croissance.
La sanction des marchés constituet-elle une réelle menace pour Paris ?
Les marchés mettent toujours beaucoup de temps à réagir. Mais quand ils le font, ils surréagissent... Il est important que les pays européens rétablissent leurs finances publiques, mais il est important qu'ils ne le fassent pas excessivement vite.
Le déficit français ne vous inquiète donc pas outre mesure ?
Berlin est en tout cas mal placée pour donner des leçons à Paris. L'économie française se porte bien mieux que l'allemande. Nos perspectives de reprise s'éloignent. La croissance de l'Allemagne sera proche de zéro cette année, et sera encore faible l'an prochain. Le chômage augmente, l'investissement reste anormalement bas, les exportations ne reprennent pas, le marché du logement est moribond et la consommation des ménages stagne. Les forces historiques de l'économie allemande sont devenues des faiblesses : je pense à sa dépendance aux exportations et à sa puissance industrielle, qui repose sur une forte consommation d'énergie. Le mieux est donc que chacun s'occupe des devoirs qui lui incombent. Cela n'a aucun sens de pointer du doigt tel ou tel pays. Nous sommes tous dans le même bateau.
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