Le bilan en demi-teinte de Merkel en cinq graphiques

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Pour la dirigeante allemande, la plupart des indicateurs économiques sont au vert.
Pour la dirigeante allemande, la plupart des indicateurs économiques sont au vert. (Crédits : Axel Schmidt)
Angela Merkel va remettre en jeu son mandat de chancelière dimanche prochain alors qu'elle occupe ce poste depuis 2005. Après avoir enchaîné trois mandats, la cheffe d'Etat devrait remporter le scrutin sauf grande surprise. L'occasion de revenir sur son bilan sur le plan économique et social.

Le suspense se réduit. A quelques jours des élections législatives allemandes, le bloc conservateur d'Angela Merkel (CDU-CSU) maintient son avance sur le Parti social-démocrate (SPD) selon un sondage de l'Institut Emnid publié dimanche dernier. La CDU-CSU y rassemble 36% des intentions de vote, contre 22% pour le SPD. La CDU-CSU perd ainsi un point en une semaine, mais le SPD en cède deux. Sauf grande surprise, la chancelière devrait être réélue. L'occasion de revenir sur le bilan tout en contraste de cette cheffe d'Etat au pouvoir depuis 2005.

Un chômage au plus bas

Sur le front de l'emploi, Angela Merkel peut se prévaloir d'un bilan plutôt positif. D'après les derniers chiffres d'Eurostat, publiés à la fin de l'année 2016, le taux de chômage en pourcentage de la population active s'élevait à 4,1%, soit le plus bas historique depuis la réunification (comme l'illustre le graphique ci-dessous). Mais si le chômage n'a cessé de baisser depuis son arrivée au pouvoir, il est nécessaire de rappeler que cette diminution a largement été favorisée par les réformes du marché du travail mises en oeuvre par l'ancien chancelier Gerhard Schröder au pouvoir de 1999 à 2004.

 Au moment de la présentation de leur programme, les conservateurs ont annoncé qu'ils s'engageaient à ramener le plein-emploi d'ici 2025 avec un taux de chômage au sens du bureau international du travail inférieur à 3%.

> Lire aussi : Allemagne : cinq choses à savoir sur le programme de Merkel

Un excédent budgétaire record

Selon la dernière publication de l'office fédéral allemand de statistiques Destatis pour 2016, le solde positif des recettes publiques s'est élevé à 23,7 milliards d'euros. C'est même l'excédent record jamais enregistré depuis la réunification. En valeur relative, l'excédent s'est élevé à 0,8% du PIB l'année dernière.

L'utilisation de cet excédent fait régulièrement débat en Allemagne et à l'échelle européenne. Outre-Rhin, le candidat du Parti social-démocrate (SPD) Martin Schulz a indiqué lors de la présentation de son programme qu'il voulait mettre en place un montant minimum pour les investissements publics. Sous l'impulsion de la chancelière conservatrice, l'Allemagne avait inscrit en 2009 dans sa loi fondamentale un frein constitutionnel à l'endettement. Le dispositif instauré par Angela Merkel limite depuis 2011 le déficit structurel annuel de l'Etat fédéral et celui des Landers (régions allemandes), à 0,35% du produit intérieur brut.

> Lire aussi : Pourquoi l'utilisation de l'excédent public allemand décidera de l'avenir de la zone euro

martin schulz

L'ancien président du Parlement européen Martin Schulz va se présenter face à Angela Merkel après le renoncement du patron du SPD, Sigmar Gabriel. (Crédits : Reuters.)

A l'extérieur, l'Allemagne se voit critiquée également pour sa politique budgétaire combinée à de forts excédents commerciaux. Il y a quelques mois, le Fonds monétaire international (FMI) a incité l'Allemagne à utiliser ses recettes fiscales en hausse pour investir dans des projets d'infrastructures qui renforceront son potentiel de croissance et encourageront les employeurs à augmenter les salaires pour soutenir l'inflation dans la zone euro. Plus récemment, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement a prononcé le même type d'argument que le FMI en ajoutant que ces forts excédents avaient provoqué des déséquilibres au sein des pays de la zone euro. La relance des investissements pourrait donc constituer un défi de taille pour celle qui brigue un quatrième mandat.

> Lire aussi : Economie mondiale : l'ONU préconise un nouveau plan Marshall

Un excédent commercial record

L'Allemagne a enregistré en 2016 un excédent commercial de près de 250 milliards d'euros en 2016. L'année dernière, la première économie européenne a vendu hors de ses frontières pour 1,2 milliard d'euros de biens et services, soit 1,2% de plus qu'en 2015 tandis qu'elle a importé pour 950 milliard (+0,6%).

Pour cette même année, l'excédent de la balance courante allemande, qui prend en compte le solde commercial et certains revenus du capital et du travail, a atteint 8,3% du PIB. Plusieurs institutions internationales comme l'OCDE et la Commission européenne mettent régulièrement en garde sur les risques d'un excédent trop important. Récemment, Bruxelles a pointé les risques de ses déséquilibres, dans un document publié il y a quelques semaines :

"La persistance d'un important excédent de la balance courante, qui reflète l'excédent d'épargne et la mollesse de l'investissement caractérisant tant le secteur public que le secteur privé, a une incidence qui dépasse les frontières nationales. L'excédent de la balance courante a continué d'augmenter en 2015 et en 2016 et devrait se maintenir à un niveau élevé. Remédier au problème de l'excédent a des implications sur les perspectives de rééquilibrage du reste de la zone euro parce qu'un plus grand dynamisme de la demande intérieure en Allemagne permet de contrer la faiblesse de l'inflation et de faciliter le désendettement dans les États membres fortement endettés."

Une pauvreté grandissante

En dépit de très bons résultats économiques, l'Allemagne d'Angela Merkel n'a pas réussi à réduire son taux de pauvreté. D'après les dernières données d'Eurostat, cet indicateur est passé de 12,2% en 2002 à 16,7% (après transferts sociaux) en 2015, soit une hausse de 36%.

L'un des aspects inquiétants concerne la paupérisation croissante des plus âgés. En Allemagne, le taux de pauvreté chez les personnes âgées de plus de 55 ans est passé de 18,3% à 20,7% entre 2005 et 2014. En valeur absolue, les données Eurostat indiquent également que la pauvreté a augmenté chez les personnes âgées. 4,5 millions de personnes étaient concernées par ce phénomène en 2005 contre plus de 5,5 millions en 2014 outre-Rhin, soit une hausse d'environ 1 million de personnes en moins de dix ans.

> Lire aussi : Pauvreté : les seniors allemands moins bien lotis que les Français

Le cumul d'emplois en hausse

Si la crise a eu peu d'impact sur le taux de chômage en Allemagne, contrairement à la majorité des pays de la zone euro, la libéralisation du marché du travail, permise par les réformes "Hartz" mises en oeuvre en 2003 et 2005, a favorisé le développement des mini-jobs faiblement rémunérés. La montée en puissance de ces emplois, ces dernières années, a contribué à une précarisation des travailleurs et un accroissement des inégalités de revenus, comme le rappelle une étude de la direction générale du Trésor.

"Cette performance sur le front de l'emploi doit pourtant être pondérée par la hausse des inégalités de revenus et de la pauvreté en Allemagne. Le taux de pauvreté a augmenté nettement entre 2000 et 2005, de 12,5% à 14,7%. La hausse est particulièrement marquée pour les personnes en emploi et plus encore pour celles au chômage."

Pour faire face à ce risque de pauvreté, plusieurs millions d'actifs ont donc cumulé deux emplois voire plus, comme l'illustre le graphique ci-dessous pour réussir à joindre les deux bouts.

Mais depuis l'introduction du salaire minimum en Allemagne en 2015, l'efficacité des mini-jobs est de plus en plus remise en question. Les partisans de ces emplois considéraient que l'instauration d'un tel salaire allait faire augmenter les chiffres du chômage. Mais plus de deux ans après son entrée en vigueur, "le chômage a continué à baisser et l'emploi global à augmenter comme avant", souligne une note du Cerfa (comité d'études franco-allemand) publiée en février dernier.

Si la mise en place du salaire minimum n'a pas eu d'impact sur le chômage en général, des fragilités ont pu apparaître dans certains secteurs où le coût de la main d'oeuvre est une part importante du coût total, comme dans l'agriculture. Le Cerfa rappelle :

"Les 330.000 travailleurs saisonniers d'Europe de l'Est qui venaient chaque année travailler en Allemagne risquent de coûter trop cher aux agriculteurs allemands par rapport à ce que leur rapporte la vente dans le commerce de produits tels que les fraises et les asperges, le tarif horaire applicable étant désormais celui du salaire minimum contre 8 euros de l'heure en 2016 et seulement 7,4 euros en 2015."

Ainsi, même si Angela Merkel affiche un bilan économique globalement positif, de nombreux défis sociaux ou démographiques restent à relever pour celle qui est à la tête de la première puissance économique européenne.

 > Lire aussi : Allemagne : la hausse de la population ne résout pas le problème démographique

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Commentaires
a écrit le 24/09/2017 à 21:10 :
Vous avez oublié de publier le taux des femmes ayant un emploi en temps plein en CDI Le taux AG 1 plus AG2 complet. Comme trop souvent en France. Le taux d'enfants à la crèche. Malheureusement. Et bien d'autres.
Réponse de le 10/03/2018 à 11:12 :
Effectivement : la part des conjointes appelées hausfrau qui triment 16h p/j sans être déclaré...surtout dans le bio d'ailleurs!
a écrit le 23/09/2017 à 20:17 :
les graphiques vont à l'encontre même de l'article, tout est positif (chômage, croissance, commerce extérieur)excepté l'accroissement de la pauvreté, est-ce objectif de la part d'un scribouillard, c'est malhonnête ce normand devrait apprendre ce qu'est l'objectivité en matière éco. politique sinon il va sur libé ou l'huma, là il aura les outils pour désinformer "loyalement". de plus en plus triste les pigistes de la tribune.
a écrit le 23/09/2017 à 19:29 :
"cet indicateur (de pauvreté) est passé de 12,2% en 2002 à 16,7%" "plusieurs millions d'actifs ont donc cumulé deux emplois voire plus"

Paupérisation et esclavagisme salarial donc, en effet c'est même le signe d'un échec à gérer un peuple.

"de nombreux défis sociaux ou démographiques"

Les défis sociaux elle s'en tape et le déficit démographique elle pense le combler en faisant venir des immigrés qui font monter l'extrême droite.

On peut donc affirmer qu'elle s'est bien plantée même si les riches ils n'en ont rien à faire de l'augmentation de la pauvreté, ils adorent l'exploitation salariale et sauront parfaitement s’accommoder d'un gouvernement d'extrême droite.

Au secours, vite un frexit.
a écrit le 23/09/2017 à 10:39 :
LE BILANT est negatif car son peuple est plus pauvres qu en France, malgres que l Allemagne soit plus RICHE???
Réponse de le 23/09/2017 à 11:12 :
et une, une bêtise de plus.
a écrit le 23/09/2017 à 9:52 :
Si on considère le bilan de Mme Merkel et de son gouvernement de coalation conservateurs et socialistes en " demi-teinte ", alors où placez-vous la barre en France.
" Catatrophique ?"
a écrit le 23/09/2017 à 9:02 :
Bilan remarquable au contraire. Que reproche-t-on à Merkel ? Que son pays se porte économiquement trop bien et de ne pas avoir abrogé les bonnes réformes de Schröder.
Quant à la soi-disant montée de la pauvreté, n'oublions pas qu'en Europe le seuil de pauvreté est défini en relatif, pas en absolu. Autrement dit quand la santé économique d'un pays s'améliore (se traduisant par une montée du revenu médian), son taux de pauvreté peut augmenter aussi sans que ça se traduise forcément par une dégradation de la situation des intéressés.
a écrit le 23/09/2017 à 8:47 :
Oui, les meme tableau sur la situation francaise serait des plus sympas....
a écrit le 23/09/2017 à 8:44 :
Personnellement, la lecture de ses tableau n'est pas catatrophique, ils y a du travail et les salaires sont correctes pour tous le monde.... Le paginer de la ménagère est moins chere que chere nous, et l'augmentation de la pauvreté vient surtout de la migration ( interne et externe a l'Europe) . L'Allemagne exporte beaucoups et fonctionne à plein régime.... Voila la realiter.
a écrit le 22/09/2017 à 17:30 :
Angela Merkel n'est pas "Cheffe d'état ". Elle est chancelière. Il existe un président en Allemagne qui lui est le chef d'état. Merci d'effectuer des vérifications avant d'écrire n'importe quoi.
Réponse de le 23/09/2017 à 9:05 :
Le président allemand est sans pouvoir (qui connaît même seulement son nom ?). Autrement dit le chef d'état n'y cheffe pas grand chose.
a écrit le 22/09/2017 à 17:25 :
Si nous pouvions avoir un bilan en demi-teinte à la Merkel dans notre chère France, ce serait formidable !!!!!
a écrit le 22/09/2017 à 15:53 :
Moi, ce qui m'interpelle, c'est que l'Allemagne de l'Est soit restée aussi pauvre ! Un peu comme avec Obama aux US, la situation des Noirs n'a pas bougé d'un iota :-)
Réponse de le 23/09/2017 à 8:55 :
L'Allemagne de l'Est, comme les autres pays de l'est d'ailleurs, est en phase de rattrapage. N'oubliez jamais quel était son degré de délabrement en 1990...
Réponse de le 23/09/2017 à 16:57 :
@bruno_bd: cela fait quand même 28 ans et d'autres pays, dont la Pologne, ont beaucoup plus avancé....grâce à l'argent de l'UE il est vrai :-)
Réponse de le 24/09/2017 à 8:16 :
@Patrickb : Il subsiste certes un contraste entre l'est de l'Allemagne et l'ouest, mais bien moindre qu'entre l'Allemagne et la Pologne...
a écrit le 22/09/2017 à 15:27 :
Des demi-teintes comme cela, on aimerait bien que ce soit celles de la France ! Pour tous les paramètres de cet article, la France fait nettement moins bien à cause de 30 années années de socialisme.
Réponse de le 23/09/2017 à 1:15 :
Tres bone response, L'allemagne nous laisse a des années lumières derriere elle, sur le plan du chômage, économique et avancees technologiques.

Il nous reste la bouffe et le pinard, mais pas pour longtemps.....
Réponse de le 24/09/2017 à 12:09 :
Si l'on considère les 30 dernières années (1987) on peut constater que le socialisme n'a été au pouvoir que 13 ans ( Hollande ne peut pas être considéré socialiste compte tenu de la politique de droite qu'il a mis en place) et les meilleures années de la croissance française se situe à la fin des années 1990 et au début des années 2000 au moment du gouvernement Jospin (1997-2002) pendant la cohabitation avec Chirac.
De plus, aucun gouvernement de droite n'a été capable de mener de réformes structurelles mais continue de dire ce qu'il faut faire alors qu'ils ont été le plus souvent au pouvoir!

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