Pétrole : pour sécuriser ses approvisionnements, Berlin prend le contrôle des filiales allemandes du géant russe Rosneft

Berlin a décidé ce vendredi de placer sous tutelle les activités allemandes du géant pétrolier russe Rosneft, qui gère de nombreuses raffineries en Allemagne, afin de « sécuriser » l'approvisionnement énergétique national. Jeudi, le géant du gaz allemand Uniper a indiqué que le gouvernement allemand, actionnaire à hauteur de 30% depuis un premier plan d'aide en juillet, envisageait de le nationaliser pour assurer sa survie.
(Crédits : Maxim Shemetov)

Nouvelle mesure forte du gouvernement allemand dans le secteur énergétique. Ce vendredi, Berlin a placé sous tutelle les activités allemandes du géant pétrolier russe Rosneft, qui gère de nombreuses raffineries en Allemagne, afin de « sécuriser » l'approvisionnement énergétique national. Concrètement, les filiales allemandes du géant russe, qui représentent 12% de la capacité de raffinage pétrolier du pays, sont placées sous « administration fiduciaire »forcée par l'agence nationale qui gère les réseaux d'énergie, a indiqué le ministère de l'Economie dans un communiqué. Objectif : sécuriser les approvisionnements, et « garantir » notamment « l'avenir de la raffinerie de Schwedt », contrôlée majoritairement par Rosneft.

Sécuriser Berlin

Située dans l'est de l'Allemagne, à la frontière polonaise, cette raffinerie assure l'approvisionnement en produits pétroliers de toute la région de Berlin. Or, ses activités sont fortement perturbées par la réduction très forte des importations de pétrole russe et qui seront totalement arrêtées d'ici à la fin de l'année. En prenant le contrôle du site, les autorités allemandes vont ainsi pouvoir par exemple piloter elles-mêmes l'approvisionnement du site avec du pétrole venant d'autres fournisseurs que la Russie. Dans le détail, le placement sous tutelle concerne les filiales Rosneft Allemagne (RDG) et la société RN Refining & Marketing (RNRM), qui détiennent de parts dans trois grandes raffineries du pays.

Nationalisation d'Uniper

Cette décision intervient au lendemain d'une annonce du géant du gaz allemand Uniper indiquant que le gouvernement allemand, actionnaire à hauteur de 30% depuis un premier plan d'aide en juillet, envisageait de le nationaliser pour assurer sa survie. Uniper est en effet fragilisé par les baisses de livraisons de gaz russe.

« Les parties envisagent (...) une augmentation directe du capital qui se traduirait par une participation majoritaire significative du gouvernement allemand dans Uniper », a déclaré le groupe dans un communiqué. « Aucune décision n'est prise » pour le moment, a-t-il toutefois ajouté.

 Uniper, premier importateur et stockeur de gaz en Allemagne, est frappé de plein fouet par la réduction drastique des livraisons de gaz russe depuis la guerre en Ukraine. L'entreprise était le principal client du groupe russe Gazprom en Allemagne. Elle doit désormais, pour honorer ses contrats, se procurer du gaz sur le marché au comptant où les prix ont explosé. Le gouvernement allemand a débloqué en juillet un plan de sauvetage massif pour aider le groupe, avec des facilités de crédit de 9 milliards d'euros auprès de la banque publique KfW. L'Etat est aussi entré dans le capital de l'entreprise, à hauteur de 30%, assorti d'obligations convertibles obligatoires « jusqu'à 7,7 milliards d'euros ».

Mais cela ne suffira pas, selon Uniper, qui demande un nouveau plan d'aide. L'Etat allemand est actuellement en discussion avec le groupe suédois Fortum, principal actionnaire privé d'Uniper, pour trouver une "solution de long terme" face à la crise actuelle.

« Depuis la signature de l'accord, la crise énergétique européenne s'est encore aggravée car aucun volume de gaz russe n'est actuellement fourni par Nord Stream 1 », fait valoir Uniper.

Résultat: « depuis juillet, les pertes financières d'Uniper dues à l'augmentation des coûts d'approvisionnement en gaz ont considérablement augmenté », précise le groupe.

A la mi-août, les pertes engendrées étaient évaluées à 5 milliards d'euros par l'entreprise. Le géant russe Gazprom a fermé temporairement début septembre son pipeline Nord Stream 1, principal pourvoyeur de gaz russe en Allemagne.

Berlin n'a cessé d'alerter, ces derniers mois, sur « l'effet Lehman Brothers » qu'aurait une faillite d'Uniper sur les marchés de l'énergie. La banque d'investissements avait fait faillite en septembre 2008, précipitant une crise économique mondiale. Au regard de l'importance d'Uniper, sa chute ébranlerait le marché énergétique et entraînerait des pénuries d'énergie pour des milliers de clients.

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ZOOM- PROFITS EN HAUSSE POUR ROSNEFT

Le géant pétrolier russe Rosneft a annoncé jeudi un bénéfice net en hausse de 13,1% au premier semestre 2022 par rapport à la même période l'année précédente, malgré "des facteurs extérieurs adverses" en pleine offensive russe en Ukraine. Le bénéfice net s'est chiffré sur cette période à 432 milliards de roubles (7,3 milliards d'euros), en forte progression sous l'effet de la hausse des prix du brut liée à une importante demande et les conséquences de l'intervention militaire russe en Ukraine. Le chiffre d'affaires du géant pétrolier a, de son côté, augmenté de 32,5%, à 5.172 milliards de roubles (86,8 milliards d'euros), au cours du premier semestre. Dans un communiqué, son patron Igor Setchine a salué des résultats  « stables » malgré « des facteurs extérieurs adverses », « des sanctions illégales » et « une pression inédite » sur le groupe semi-public.

« L'augmentation significative du coût de la logistique, des tarifs de transport ferroviaire de 18,6% depuis le début de l'année, ainsi que la hausse des coûts de l'électricité » et « la hausse sans précédent du taux directeur » de la banque centrale russe, aujourd'hui à 8%, « a (aussi) eu un impact négatif sur les résultats », note l'entreprise. Rosneft, qui dit avoir extrait 45,8 millions de tonnes de pétrole ce semestre, a également indiqué avoir réduit ses dettes de 12% au cours des six premiers mois.

Le géant pétrolier russe a par ailleurs annoncé « la découverte de deux nouveaux gisements avec des réserves de brut de 101,4 millions de tonnes », dans la zone du gigantesque projet « Vostok Oil » dans la région de Krasnoïarsk en Sibérie. La construction des installations principales du projet, débutée en 2021, « se poursuit comme prévu », a indiqué jeudi Rosneft. Le groupe pétrolier avait annoncé le début de la production en 2024 avec pour objectif d'atteindre 100 millions de tonnes de production au début de la prochaine décennie.

Le premier semestre n'a toutefois pas été de tout repos pour Rosneft: dans la foulée de l'intervention militaire russe en Ukraine, le britannique BP, actionnaire à près de 20% depuis 2013, avait annoncé se désengager de l'entreprise russe.

(Avec AFP)

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