Pour ou contre : la BCE doit-elle relever rapidement ses taux ? Nathalie Janson (Neoma Business School) face à Christopher Dembik (Saxo Bank)
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C'est souvent le moyen le plus efficace pour tempérer la poussée inflationniste : relever les taux d'intérêt pour augmenter les coûts d'emprunt et ralentir la demande. Et l'utilisation de cette arme se précise de plus en plus. Aux Etats-Unis, l'inflation a bondi de 7,5% en janvier, une progression inédite depuis 40 ans. Dans la zone euro, elle a grimpé de 5,1%, un record depuis la mise en place de la monnaie unique. Mois après mois, le mouvement s'accélère, rendant de plus en plus plausible un premier relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) au mois de mars. Car cette inflation, qui fut qualifiée de "transitoire" des deux côtés de l'Atlantique jusqu'au premier semestre 2021, persiste. Pourtant, si la Banque d'Angleterre a déjà opéré deux hausses de ses taux en décembre et janvier, la Banque centrale européenne (BCE) reste attentiste. Christine Lagarde, sa présidente, redoute qu'une hausse précipitée des taux affaiblisse le rebond des économies européennes et menace des emplois. Si elle admet avoir été surprise par la vigueur de la hausse des prix, elle considère que le pic de l'inflation sera atteint prochainement. En assurant qu'une hausse des taux n'aurait que peu d'effet sur les causes de l'inflation, elle ne convainc pas les "faucons", notamment les Allemands, au sein de l'institution de Francfort, qui considèrent que le moment est venu d'en finir avec "l'argent gratuit".
Alors, la BCE doit-elle relever rapidement ses taux d'intérêt ?

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Oui, et elle aurait déjà dû le faire. On sort d'une période qui a commencé en 2015 avec la crise de la dette grecque durant laquelle la Banque centrale européenne a maintenu ses taux extrêmement bas. Elle a redoublé sa politique avec le Quantitative easing (QE) en intervenant par des achats sur le marché obligataire à long terme, un segment sur lequel elle était normalement peu présente jusque-là. En effet, avant le QE, la BCE cantonnait plutôt ses injections de liquidités sur le marché monétaire. Avec les programmes de rachat d'actifs, la BCE, mais aussi la Fed, sont donc intervenus de façon significative sur le segment long du marché obligataire. Or ces achats de dette longue créent une distorsion supplémentaire sur le marché obligataire et contribuent à la diminution des taux longs. Il est donc crucial que la BCE normalise sa politique pour retrouver des prix qui correspondent véritablement au risque sur le marché obligataire, d'autant plus que cette distorsion peut générer un krach.