Pourquoi la BCE élargit-elle son assouplissement quantitatif ?

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La BCE a élargi le champ du QE.
La BCE a élargi le champ du QE. (Crédits : © Dado Ruvic / Reuters)
La Banque centrale européenne (BCE) a décidé d'ajouter à son programme de rachat d'actifs des dettes de sociétés publiques européennes, dont celle de la SNCF. Un mouvement qui en prépare peut-être d'autres.

Ce jeudi 2 juillet, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé un élargissement de son programme de rachats de titres publics (connu également sous le nom d'assouplissement quantitatif ou QE pour "quantitative leasing"). Désormais, elle entend racheter des titres obligataires de plusieurs agences et de sociétés publiques de la zone euro. Sont notamment concernées les dettes des chemins de fer italiens (FS), espagnols (Renfe), autrichiens (ÖBB) et français (SNCF), mais aussi la société d'énergie italienne Enel. En tout, si l'on en croit la Royal Bank of Scotland (RBS), ce sont pas moins de 91,9 milliards d'euros. C'est peu au regard de l'objectif de 1.160 milliards d'euros du QE, mais c'est un signe évident que le programme non seulement ne sera pas stoppé comme certains le murmuraient, mais qu'il peut encore être élargi. « L'absence de certains opérateurs publics comme EDF dans la liste publiée par la BCE fait penser que cette liste pourra être élargie plus tard », soulignent les équipes de RBS.

« Prête à agir »

Cette publication est-elle la preuve que le succès du QE est en danger ? C'est l'opinion des économistes de Bank of America-Merrill Lynch qui estiment que la BCE montre ainsi qu'elle « garde le doigt sur la gâchette » au cas où. « En effet, l'évolution des taux réels met en question la crédibilité du QE », estiment-il. Et de poursuivre : « si les marchés sont sourds aux messages accommodants de la BCE (...), elle signale qu'elle est prête à agir s'ils le veulent. »

Améliorer la transmission

Mais Bank of America-Merrill Lynch insiste aussi sur un deuxième message : celui de vouloir améliorer la « transmission » du QE à l'économie réelle en ciblant des entreprises. Le QE aurait-il déjà quelques peines à agir sur l'économie ? Pour Frédérik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole à Francfort et observateur de la politique monétaire de la BCE, il est trop tôt pour le dire. « L'actuelle reprise européenne ne s'explique pas par le QE car le temps de transmission de la politique monétaire est plus long », explique-t-il. Du reste, la transmission de la politique monétaire se fait via les banques pour les trois-quarts en zone euro, l'inverse exact des Etats-Unis. Pour l'économiste, ce sont donc les mesures prises auparavant comme l'annonce du programme OMT, les taux de dépôts négatifs, la baisse du taux de refinancement à 0,25 % ou encore les prêts à long terme aux banques (TLTRO) qui ont favorisé la reprise, notamment celle très notable du crédit. « La distribution du crédit est désormais en hausse en zone euro, c'est une vraie nouveauté, mais c'est peu dû au QE », conclut-il.

Les effets du QE

Pour autant, affirme-t-il, « le QE était une nécessité, il était attendu par les opérateurs et son anticipation, puis sa mise en place ont permis d'agir sur les changes et faire baisser notablement l'euro, ce qui a fait remonter ensuite les anticipations d'inflation. » En juin, si l'inflation s'est à nouveau affaiblie, Frédérik Ducrozet souligne que les prix des biens industriels, les plus sensibles au taux de change, ont progressé de 0,3 % à 0,4 % en rythme annuel. Bref, le QE, en faisant reculer l'euro, a permis de compenser en partie la baisse du prix des matières premières. Frédérik Ducrozet estime donc aussi qu'en cas de besoin, la BCE montre sa volonté d'aller plus loin dans le soutien à l'économie, notamment par l'élargissement des rachats non seulement aux titres obligataires privés, mais aussi aux actions via les ETF, les produits dérivés basés sur les indices. Ce n'est cependant pas son « scénario central. »

Préparer le Grexit ?

Reste une explication à cet élargissement : la préparation du Grexit. Après l'avertissement de Benoît Coeuré le 30 juin sur la « possibilité » de ce Grexit, la BCE montre qu'elle peut agir pour maintenir la cohésion du reste de la zone euro. La présence de titres portugais, espagnols, italiens, français, mais aussi autrichiens (où la menace d'une crise bancaire ne peut être écartée) et finlandais (où règne la récession) semble plaider pour cette option. « Cet élargissement montre que la BCE est prête à agir en cas de besoin », estime RBS. Frédérik Ducrozet acquiesce mais indique qu'en cas de Grexit, il faudra sans doute une nouvelle version du « whatever it takes », avec un nouveau programme pour contenir toute contagion.

Risque majeur

Rappelons-le : seule la BCE peut provoquer le Grexit. Elle doit donc, si elle est déterminée à réaliser cette expulsion, en prévenir les risques. Ce nouveau mouvement va dans ce sens. Mais il montre aussi que le risque de contagion que les milieux économiques ont tendance à négliger ces derniers temps est loin d'être nul. Reste qu'un Grexit est un pari à haut risque à moyen et long terme. Une banque centrale d'une union monétaire rejetant un membre de cette union risque de faire perdre beaucoup de crédibilité à la BCE. Et il n'est pas sûr que l'on croit à un nouveau « whatever it takes » alors que la BCE a échoué à défendre celui de juillet 2012. Surtout, les Eurosceptiques auront beau jeu de critiquer la BCE et faire du cas grec un précédent. Et aucun QE ne pourra de stopper ce mouvement.

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Commentaires
a écrit le 05/07/2015 à 2:47 :
Ne fait-on pas du favoritisme ? On ferme des entreprises, on met des gens au chômage et on subventionne certains comme les importations de panneaux solaires et on double la facture électrique des ménages. Si le QE fait de l’arrosage monétaire, il n’en est pas moins dangereux alors qu’on parle de bulles pour la question des prêts de cavalerie de la crise de 2009 avec des prêts de mauvaise qualité qui font s’effondrer le système économique et précipitent nombre de gens au chômage… en quoi cautionner les faillites bancaires et les pertes est-ce de la bonne gestion ? Ne fait-on pas des vampires d’apocalypse alors que l’Europe fait un maximum de chômage et une croissance faible, aux Etats-Unis, on a réduit la population active pour réduire le chômage. L’Europe est la seule zone au monde à faire autant de chômage surtout chez les jeunes avec une construction faible et chère en France qui semble ne pas être « soutenue » comme l’Etat soutient la filière bois depuis 1978 en négatif à la balance. Quelles pertes sont rachetées et quelles entreprises doivent fermer? L’Europe ne doit-elle pas se remettre en cause avec sa faible innovation, productivité. N’avons-nous pas le syndrôme de la mauvaise gestion alors que des Etats, par exemple la Grèce ont leur PIB réduit de 25% depuis 2008. En France le PIB par habitant en 2013 est inférieur à celui de 2008… que fait l’Etat alors qu’outre-Rhin ou bien outre-Atlantique on est au maximum. En 1993, la baisse n’a duré qu’un an, pas 6… ne devrait-on remettre en cause un système défaillant ? L’Etat français est artisan d’une désindustrialisation plus forte qu’ailleurs et des emplois sont perdus faute de RD, par exemple 20 000 en chimie selon les publications en ligne. Pour la politique d’offre, pourquoi l’Etat fait-il moins d’ETI ou de VAI au Pib qu’ailleurs 3% contre8% en Allemagne… y a-t-il une stratégie industrielle ? On aurait des champions fragiles ou bien aux pieds de plombs ? Ne fait-on pas une diminution du taux d’actifs alors qu’il augmente en Allemagne, il y aurait 77%... on peut toujours faire 45% d’actifs comme en Grèce. Si nous avons moins d’industrie qu’ailleurs, n’avons-nous pas un problème avec le développement alors que l’industrie c’est un effet d’entrainement sur les autres secteurs ? Pour la question du référendum, est-ce pour la sécession euro ? tout est-il normal mr la Marquise alors que le pib par habitant est publié sous le niveau de 2008 en 2013… on est en constant, pas en euros courants de mr l’inflationniste qui arrose la zone et tue le pouvoir d’achat alors que l’offre ne suit pas, on fait monter les prix par la demande et on relance l’import, ne fait-on pas dans le traitre européiste de la demande ? Entre l’inflation normative, fiscale, l’instabilité financière, monétaire et budgétaire, les grecs retirent leur argent, pauvres citoyens livrés à des paroleux chômagistes de palais, on fait des corporations à 1 cotisé pour 3 de pension…
a écrit le 03/07/2015 à 16:22 :
Même avec un programme de plus de 1000 Milliards, cela apparait comme étant uniquement au stade du symbole. Mais il arrivera un moment ou malheureusement cette méthode de perfusion n’agira plus, car pendant ce temps d'autres apprentis médecins pratiquent encore "la saignée".
La preuve par l'exemple avec la Grèce. Alors qu'il aurait suffi (à l'origine) de quelques dizaines de milliards...
Et en plus cela n’essarte absolument pas un risque de nouvelle crise financière. Car parallèlement, !es banques continuent à spéculer et les grands groupes à fuir les impôts et taxes. Quand aux dettes nationales, un simple point d'augmentation des taux et la situation devient déjà critique pour les pays les plus endettés, France y compris.
a écrit le 03/07/2015 à 15:17 :
"seule la BCE peut provoquer le Grexit":-----> Faux et archi-faux. Comme souvent Godin fait dnas le complotisme par peur d'expliquer la réalité. Le grexit, s'il a lieu, sera uniquement le résultat d'un acte unilatérale de la Grece, en cas de non-accord avec ses créanciers, du fait de la fin automatique de l'ELA dans ce cas ci. la fin de l'ELA n'est PAS une décision politique, même si elle a des consequences. C'est une décision base uniquement sur la solvabilité des banques grecques. Si elles sont solvables, elles beneficient de l'ELA. Si elles ne le sont plus, elle n'en bénéficient plus. Ni lus ni moins.
a écrit le 03/07/2015 à 13:13 :
La planche à billets tourne, le spectre grexit grandit et l'Euro est stable voire monte...L'Europe tremble donc...
a écrit le 03/07/2015 à 12:17 :
le grexit ne presente aucun risque, sauf pour les grecs, qui ont democratiquement elu tsipras avec un programme qui en tracait le chemin
donc democratiquement ils prendront leurs responsabilites, quitte a faire d'autres choix democratiques chez eux; pour le reste, la bce n'est pas la pour payer les promesses de campagne de politicards verreux, et dieu merci c'est pas les francais qui donnent le ton!
a écrit le 03/07/2015 à 11:48 :
L'expulsion de la Grèce renforce la crédibilité de la BCE et pas l'inverse.On se débarrasse des actifs toxiques et on les déclare dans le bilan comme une perte c'est beaucoup plus sérieux que de les cacher dans un coin ou elles contaminent tout le reste.
a écrit le 03/07/2015 à 11:43 :
Tous ceux qui ont mis de l'argent de coté ,en gros les rentiers en assurances vie sont spoliés d'une partie de leur pouvoir d'achat car racheter de la dette qui ne sera jamais remboursée c'est faire de l'inflation déguisée par la création de monnaie qui n'a pas de contre partie physique.

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