Royaume-Uni : taux de chômage au beau fixe, mais le pouvoir d'achat s'effrite

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La hausse de l'inflation en avril est une mauvaise nouvelle pour l'économie britannique, dont la vigueur depuis la décision de quitter l'UE en juin l'année dernière a été soutenue par de robustes dépenses des ménages.
La hausse de l'inflation en avril est une mauvaise nouvelle pour l'économie britannique, dont la vigueur depuis la décision de quitter l'UE en juin l'année dernière a été soutenue par de robustes dépenses des ménages. (Crédits : © Toby Melville / Reuters)
Les antibrexit, qui guettent le moindre signe de faiblesse de l'économie britannique, en seront une fois de plus pour leurs frais. Le taux de chômage ne décroche pas de son plus-bas de 42 ans. Néanmoins, l'inflation a grimpé en mai, ce qui va très bientôt peser sur la consommation des ménages.

La comparaison est cruelle avec la France, où le taux de chômage pointe toujours à 9,6% au premier trimestre 2017. Au Royaume-Uni, ce taux s'est maintenu à 4,6% à fin avril, son niveau le plus bas depuis 42 ans. L'ONS (Office for National Statistics), qui annonçait mercredi 14 juin ce chiffre, a cependant fait état d'un effritement du pouvoir d'achat des ménages.

Entre février et avril, le pays a ainsi réduit le nombre de ses chômeurs de 145.000 par rapport à la même période un an plus tôt, pour descendre à 1,53 million demandeurs d'emploi. Dans le même temps, le Royaume-Uni comptait environ 31,95 millions de personnes occupant un emploi, soit 372.000 de plus sur un an - hausse qui a bénéficié notamment aux femmes travaillant à plein temps.

Ouvriers, chauffeurs... les "indépendants" représentent 15% des emplois

Parmi les personnes ayant accédé à l'emploi sur cette période, les trois-quarts sont des employés en contrat, tandis qu'un gros quart est apporté par les travailleurs dits indépendants.

Cette catégorie des "indépendants" désigne en fait des personnes qui n'ont pas de contrat de travail à proprement parler mais qui facturent leurs services à des particuliers ou à des entreprises : ouvriers de la construction, charpentiers, chauffeurs de taxi et de VTC, etc. A fin avril, cette catégorie comptait 103.000 travailleurs de plus, pour atteindre 4,80 millions de personnes, soit 15% du total des emplois).

Les hausses de salaires ralentissent, les prix montent

Moins bonne nouvelle, l'ONS a fait état d'un ralentissement de la hausse des salaires, qui n'a atteint que 2,1% primes comprises (1,7% hors primes) lors de période de février à avril en comparaison annuelle, alors qu'elle atteignait encore 2,3% lors des trois mois de janvier à mars.

Comme l'inflation s'est accélérée pendant la même période, au point d'atteindre 2,7% en avril, le pouvoir d'achat des ménages a diminué. Il s'agit d'une mauvaise nouvelle pour l'économie, dont la vigueur depuis la décision des Britanniques de quitter l'UE en juin l'année dernière a été soutenue par de robustes dépenses des ménages.

La consommation des ménages donne des signes de faiblesse depuis le début de l'année et, en conséquence, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a nettement ralenti au premier trimestre, à 0,2% par rapport au quatrième (contre 0,7% au quatrième trimestre). Scott Bowman, analyste chez Capital Economics, voit là une inflexion importante :

"Les salaires réels ont diminué pour la première fois depuis septembre 2014. (...) Et vu que l'inflation a grimpé à 2,9% en mai, la pression sur ces salaires réels s'est intensifiée depuis. Cela va clairement peser sur la consommation des ménages à court terme."

(AFP)

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Commentaires
a écrit le 14/06/2017 à 16:56 :
Merci pour cet article objectif.

Bref les anglais connaissent les mêmes déboires que les autres pays, ni plus ni moins mais je n'ai pas besoin de lire le fil de commentaires pour savoir qu'un prêcheur néolibéral a du passer par là...
a écrit le 14/06/2017 à 16:04 :
Le travail c'est la santé. Le manque de travail c'est ... la maladie !

Ce que ce type d'article ne précise jamais ou rarement est que quand le nombre de chômeurs baisse, le nombre des personnes en invalidité ou en maladie longue durée, augmente de la même quantité.
Phénomène très particulier à la Grande Bretagne.
Le nombre de chômeurs est passé de 3,0 millions en 1987, à 2,5 millions en 1988 puis à 1,5 millions en 2005 ainsi de suite.
Le nombre des invalides / malades de longue durée, est passé de moins de 0,6 million en 1981 à 2,7 millions en 2005 et est en hausse constante depuis.( 0,5 million en France).
Les courbes du chômage et de l'invalidité / maladie longue durée se sont croisées en 1996.En fait dans ce pays, les personnes sans emploi ont, pour survivre, le choix entre 2 solutions :
S'inscrire au chômage, pointer tous les 15 jours ou contrairement à la plupart des pays, il s'agit d'allocations chômages forfaitaire soit 345 euros/mois pour les traders comme pour les ouvriers.
Ou obtenir un certificat médical renouvelable tous les 2 ou 3 ans et toucher une allocation de 463 euros / mois.Comme les sans-emploi savent calculer, ils préfèrent largement être comptabilisés parmi les malades que parmi les chômeurs... et le taux de chômage baisse.Le taux de chômage officiel bien sûr ! Celui que l'on annonce. On fraude en jouant sur les mots. Elémentaire, non !
a écrit le 14/06/2017 à 14:33 :
le problème de la France, c'est qu'elle ne sait pas créer autant de jobs pas qualifiés que ses partenaires... :-) et les chiffres sont probablement moins bidons aussi.
la "croissance" anglaise est basée essentiellement sur l'immobilier et la consommation effrénée à crédit/la désépargne. d'ou faiblesse record du taux d'épargne des ménages à 3,3% au T4 2016 (après 5,3% au T3...). d'ou hausse des faillites personnelles.
dans le top 6 des employeurs préférés au UK, selon Linkedin, il y a 5 groupes de distribution. c'est significatif.
il y a (il y a eu ?) de la demande au UK, d'ou excédent commercial important de la France.
a écrit le 14/06/2017 à 13:39 :
oui enfin avec un taux de croissance Q1 2017 le plus bas quasiment de toute l'Union, on ne peut pas dire que ce soit non plus la grande joie outre manche sur le front économique.
Sans vouloir enterrer trop vite la Grande Bretagne, le brexit n'a pas encore eu lieu et son affirmation effective ne date que du moins de Mars de cette année. Les signes du brexit on devrait commencer à les voir à partir de maintenant.
dans son malheur , enfin , la grande bretagne a une chance : l'union européenne dans son ensemble repart. 3% de croissance attendue en Espagne cette année. La Grande Bretagne pourrait donc moins souffrir que ce qu'on pouvait imaginer au départ, en dynamisant ses exportations via la chute de la livre. Cependant ce dynamisme pourrait faire long feu si l'inflation nettement supérieure outre manche que de ce coté ci venait irrémédiablement rogner cet avantage cambiaire.
A suivre

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