Les quotas toujours indispensables au pouvoir des femmes dans les entreprises

A l'occasion de la 4ème édition de Women For Future, l'événement de La Tribune qui se tient à Montpellier lundi 14 juin, femmes d'affaires, parlementaires et spécialistes débattront, pour le 10ème anniversaire de la loi Copé-Zimmermann, des avancées à venir, et en particulier du projet de loi sur des quotas de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises. En présence de la députée Marie-Pierre Rixain auteure d'une proposition de loi adoptée en première lecture qui veut étendre la parité dans les Comex et Codir.

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(Crédits : iStock)

Faut-il attendre que les mentalités changent ou imposer des mesures qui les feront de facto évoluer ? Pour ce qui est de la place des femmes dans les conseils d'administration, la France a opté pour la deuxième solution, à l'image de la Norvège, la première à introduire des quotas, en 2003. Grâce à la loi Copé-Zimmermann de 2011, la France est devenue championne, en dépassant les 40% d'administratrices imposés. En 2019, au 'board' des 120 plus grandes sociétés cotées, 43,6% des sièges étaient occupés par des femmes, contre un peu plus de 26% en 2013 et 8,5 % en 2007.

Pas question de s'arrêter en si bon chemin. D'autant qu'une plus grande représentation des femmes dans les conseils d'administration ne... représente pas grand chose en matière de pouvoir. C'est au sein du comité exécutif (Comex) et du comité de direction (Codir) que se prennent les décisions opérationnelles. Or les femmes y sont sous-représentées : elles sont à peine 20% en moyenne (contre 7% en 2009), selon l'étude Mixité au Sommet sur la féminisation des Comex des sociétés du SBF 120 en 2019. Et si la moitié de ces sociétés en comptaient plus de 20%, seules sept (Mercialys, Danone, GTT, Wendel, Gecina, Maisons du monde et Suez) en affichaient plus de 40%. Pis, 15% n'en avaient aucune... Une situation que Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, déplore - sans toutefois se prononcer en faveur de quotas...

Certes, l'index de l'égalité professionnelle, créé en 2018 et que doivent désormais publier toutes les entreprises de plus de 50 salariés, les incite à nommer des femmes à ce genre de poste, puisque l'un des critères porte sur la présence de femmes parmi les salaires les plus élevés dans l'entreprise. C'est ainsi le cas du groupe Expleo, spécialisé dans la transformation technologique pour des clients dans l'aéronautique et l'automobile, qui a affiché un score de 88 sur 100 à l'index en 2018, 2019 et 2020. C'est plus que le minimum requis de 75, mais « nous avions un problème sur les plus hautes rémunérations », relève Odile Chaumont, la DRH France et Europe du Sud. Le groupe a donc récemment nommé trois femmes au Comex. Reste que cette incitation n'est qu'indirecte...

Photographie 'genrée' d'abord

Le système de quotas d'administratrices ayant fait ses preuves - dans chaque pays (Espagne, Italie, Belgique...) où il a été mis en place, leur nombre a augmenté - pourquoi ne pas faire de même pour les Comex et les Codir ? C'est le sens du projet de loi déposé en mars dernier par Marie-Pierre Rixain, députée (LREM) de l'Essonne et présidente de la délégation aux droits des femmes. Plus large que les quotas de femmes dans les instances dirigeantes, le texte (amendé et déjà adopté par l'Assemblée nationale), comprend un index de l'égalité dans l'enseignement supérieur, des places réservées en crèches pour les familles monoparentales et des facilités d'accès au télétravail pour les femmes enceintes, notamment.

En ce qui concerne les entreprises, celles de plus de 1000 salariés devront, si le texte devient loi, publier chaque année une 'photographie genrée' des 10% de postes à plus forte responsabilité (notion qui faisait débat et a été redéfini par un amendement pour viser les cadres dirigeants et les cadres membres des instances dirigeantes) dans le but d'atteindre une proportion minimale de représentation, l'objectif étant d'imposer 30% de femmes en 2027, puis d'atteindre 40% en 2030. Une progressivité qui tient compte du renouvellement naturel dans les instances dirigeantes, plus lent que dans les 'boards', où les mandats sont remis en jeu tous les trois ans. Entre temps, les esprits pourront s'habituer... Car pour l'heure, seuls 25% des personnes interrogées par Kantar au printemps 2021 estiment que ces quotas sont une bonne idée. Et 63% pensent qu'avant de les mettre en place, il faut déjà changer les mentalités...

Mais attention à ne pas se focaliser sur les seuls quotas de femmes dans les instances dirigeantes... Les efforts pour accroître l'égalité professionnelle hommes / femmes doivent forcément être plus larges. « La revalorisation salariale des professions féminisées, la lutte contre la précarité et le temps partiel devraient être autant d'axes prioritaires, auxquels les quotas ne répondent pas », relève ainsi Rachel Silvera, économiste et maîtresse de conférences à l'Université Paris-Nanterre.

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Retrouvez lundi 14 juin le direct de notre événement Women for Future en vidéo et le programme

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Commentaires 4
à écrit le 15/06/2021 à 12:26
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Comme tout quota, le résultat est juste idiot. Nombre d'entreprises nomment des femmes parfaitement incompétentes et qui n'ont aucune appétence pour leur job juste parce qu'elles s'y sentent obligées. Les hommes compétents qui sont écartés à cause de...

à écrit le 14/06/2021 à 20:58
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Il existe des femmes aussi nulles comme des hommes aussi nulles en compétences dans le monde du travail surtout dans les métiers du recrutement . La vie c’est l’enfer , faut rien attendre de personnes et avoir l’art d’être stoïque . La vie écrase ...

à écrit le 14/06/2021 à 19:53
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Légiférer contre la liberté d'opinion des peuples (e.g. racisme, sexisme, etc) pour soit disant changer leur opinion est la meilleur solution pour polariser le débat populaire vers l'extrémisme. Si la diversité est une chance alors manifestement...

à écrit le 14/06/2021 à 19:19
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Non léon, car je pense dans le cas de pas mal de jobs, elles sont la aujourd'hui et il ne me semble pas que cela pose problème. Les postes clefs, les rémunérations bref il suffit de voir les chiffres (qui sont aussi les mêmes pour toute une catégorie...

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