Après l'affaire H2O, Natixis (BPCE) resserre les boulons dans le risque

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(Crédits : Charles Platiau)
La filiale cotée de BPCE prend plusieurs initiatives de renforcement des contrôles et de la gouvernance après la crise de confiance chez son affilié londonien cet été. Natixis lève le pied sur les acquisitions pour se concentrer sur ses métiers et le rapprochement avec La Banque Postale AM dans la gestion d'actifs.

[Article mis à jour à 11h]

Après les déboires rencontrés cet été par son affilié londonien H2O, Natixis muscle ses fonctions risques à tous les étages. La filiale d'activités de marché du groupe BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne) a annoncé une série d'initiatives ce jeudi 7 novembre, en même temps que ses résultats du troisième trimestre. Natixis a décidé un "renforcement de la gouvernance et des contrôles" et notamment la séparation des fonctions risques et conformité chez Natixis IM, qui abrite une kyrielle de sociétés de gestion d'actifs, dont le hedge fund H2O, plombé par des inquiétudes sur la liquidité de ses actifs, qui a entraîné une vague brutale de décollecte cet été. La filiale cotée en Bourse de BPCE a aussi annoncé l'arrivée d'un nouveau directeur des risques dans l'ensemble des métiers et des pays, Olivier Vigneron, actuellement responsable mondial des risque de marché chez JP Morgan, qui arrivera le 14 janvier 2020.

"Après l'épisode H2O, nous avons eu des échanges avec nos affiliés afin de voir comment renforcer notre modèle multi-boutiques qui fonctionne très bien depuis 20 ans. Nous avons aussi regardé l'audit interne et aussi pris en compte les points où l'on pouvait mieux faire", a expliqué François Riahi, le directeur général de Natixis, lors d'une conférence téléphonique ce jeudi. "Nous voulons améliorer les process de fonctionnement des risques et les relations entre affiliés et Natixis IM."

Natixis avait par ailleurs enregistré une forte perte, de 260 millions d'euros, liée à une "couverture déficiente" d'opérations sur dérivés d'actions en Asie, en fin d'année dernière. L'Autorité des marchés financiers (AMF) aurait ouvert une enquête sur l'information fournie aux marchés.

Dans le même temps, l'entreprise crée une fonction de responsable des risques et de la conformité pour toutes les activités de Natixis aux États-Unis, confié à Stéphane Morin, actuellement responsable adjoint de la banque de grande clientèle Amériques.

"Ce changement permet de mieux répondre à la réglementation américaine sur le principe de la supervision 'CUSO' de toutes les activités réalisées aux États-unis. Ce n'est pas à la demande de la Fed", a précisé le patron de Natixis.

Des acquisitions moins probables

Si Natixis a réalisé un bon troisième trimestre, supérieur aux attentes, avec "des revenus en croissance dans tous les métiers" et un bénéfice net en hausse de 16% à 415 millions d'euros, la priorité est désormais donnée "au renforcement des expertises actuelles plutôt qu'à des opérations de croissance externe", a expliqué le groupe, qui visait dans son plan stratégique New Dimension 2018-2020 des acquisitions pour une enveloppe pouvant atteindre un milliard d'euros sur trois ans, notamment pour devenir un pure-player européen du paiement. Un rapprochement avec Ingenico avait été envisagé puis écarté. Le budget consacré à de potentielles acquisitions est ramené à 800 millions d'euros, dont 500 millions déjà investis.

"La croissance externe semble moins probable aujourd'hui, compte tenu des valorisations extrêmement élevées des entreprises de paiement. Je ne vois pas comment nous pourrions faire une acquisition sans prendre un risque financier trop important", a justifié François Riahi. "Dans la gestion d'actifs, nous sommes concentrés sur le projet de rapprochement de [sa filiale] Ostrum AM avec La Banque Postale Asset Management. C'est un projet de croissance externe, nous ne voulons pas nous disperser", a-t-il ajouté.

Ce rapprochement dans la gestion de taux euro et gestion assurantielle créera une société de gestion de plus de 400 milliards d'euros d'encours, au sein de laquelle Natixis IM sera majoritaire.

Ce budget allégé de croissance externe lui permet de rehausser son objectif de ratio de fonds propres (CET) de 11% à 11,2% en 2020, sans toucher à la politique de dividende.

L'action Natixis, qui a rebondi de 25% en un mois mais reste en retrait de 19% depuis un an, cède 6% ce vendredi matin, signant la plus forte baisse du SBF 120. Les analystes de Kepler Cheuvreux, ont dégradé leur recommandation de "conserver" à "alléger", jugeant les paramètres de valorisation difficiles à justifier par rapport à ceux de ses concurrents.

En revanche, rien de nouveau à ce stade au sujet de la participation "financière" dans Coface, "dont le redressement porte ses fruits, ce qui peut attirer des marques d'intérêt."

La néobanque Fidor toujours pas vendue

À l'inverse, ça ne se bouscule toujours pas au portillon chez BPCE pour reprendre Fidor, la néobanque allemande acquise en 2016, sur le marché depuis au moins 18 mois.

"Fidor n'est pas vendue, cela ne veut pas dire qu'elle n'est pas vendable !", a répondu Laurent Mignon, le président du directoire de BPCE, lors de la conférence téléphonique. "Nous sommes en train de la restructurer, de la réorganiser autour de deux lignes d'activités, les solutions technologiques et Fidor Bank, concentrée sur l'Allemagne, où nous prenons des mesures sur la tarification afin d'avoir le dossier le plus propre possible. Nous avons arrêté l'activité au Royaume-Uni qui n'avait ni de taille ni d'avenir."

Au premier trimestre, BPCE avait passé une lourde charge de dépréciation d'un montant de 148 millions d'euros sur la valeur de Fidor, "à peu près égal" au prix d'acquisition.

Lire aussi : La néobanque Fidor plombe les comptes de BPCE

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