Assurance vie : le jeu dangereux de certains assureurs

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Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a appelé les assureurs à la prudence. Peine perdue
Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a appelé les assureurs à la prudence. Peine perdue (Crédits : reuters.com)
De nombreux assureurs affichent des rendements exceptionnels pour leurs contrats en assurance vie, au titre de 2014. De quoi attirer encore plus les épargnants, ce qui va obliger les assureurs à investir dans des obligations au rendement aujourd'hui très faible. Un jeu dangereux, à terme

L'assurance vie, qui a eu les faveurs des épargnants,  détrônant le livret A depuis la mi 2014, si l'on en croit les statistiques diffusées mois après mois, a encore de bonnes chances d'afficher d'excellentes performances début 2015. En tous cas les assureurs font tout pour, affichant pour 2014 des rendements de leurs contrats standard (fonds en euros) bien au dessus de ce qui était attendu. Avec des obligations d'Etat rapportant moins de 1%, les experts s'attendaient à des rendements de l'ordre de 2%.

Il n'en est rien. Beaucoup d'assureurs ou presque affichent un rendement net (mais avant prélèvements sociaux et impôt) de leur contrat pour 2014, supérieur à 3%. A comparer au maigre 1% que rapporte le livret A.

Beaucoup de rendements supérieurs à 3%

MASCF annonce ainsi un rendement de 3,1% pour son contrat en euros, Apicil 3,05%, l'Afer 3,2%, Gaipare 3,40%, GMF 3,05%, MAAF 3,01%. On sent à l'évidence la volonté de se situer au dessus de la barre des 3%. Une volonté très marketing...
Comment les assureurs sont-ils parvenus à de telles performances, avec des placements sécurisés (obligations souveraines), dans lesquels les fonds en euros sont majoritairement investis, rapportant moins de 1% ? Il faut souligner, d'abord, que tous les contrats n'atteignent pas de tels sommets. La communication a lieu sur ceux affichant les plus hauts rendements. S'agissant de ces contrats, beaucoup sont, en fait, parvenus à servir 3% aux assurés en prenant quelques risques - les contraintes de Solvabilité 2 ne sont pas encore en vigueur- et en réalisant des plus-values latentes, ce qu'ils n'affichent pas encore vraiment (seule la publication des comptes détaillés permettra de le savoir). Des plus-values qui ne seront, dès lors, plus disponibles à l'avenir. Or celui-ci s'annonce très incertain, avec des taux d'intérêt toujours plus faibles.

Christian Noyer avait averti ces assureurs, en vain

Une stratégie dangereuse, comme l'avait suggéré le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, qui avait appelé en octobre les assureurs à baisser la rémunération de leurs fonds en euros. Car, avec une telle rémunération,  les assureurs vont à tous les coups attirer encore plus les épargnants, et, face à cet afflux de placements,  vont se trouver dans l'obligation d'acheter massivement des titres d'Etat, sensés rémunérer cette épargne. Le hic, c'est que ces titres ne rapportent plus rien, ou presque. Les assureurs vont donc faire baisser le rendement moyen  de leurs investissements encore plus vite que ne le voudrait l'évolution tendancielle des taux d'intérêt.

Le choc n'en sera que plus rude

Quand ils devront dire la vérité aux épargnants, le choc n'en sera que plus rude. « La prudence aurait commandé d'afficher des rendements en forte baisse pour les fonds en euros, et d'inciter les épargnants à aller vers les fonds en unités de compte » (placés pour une plus grande part en actions), commente un expert.

Les assureurs qui affichent des rendements exceptionnels ne l'ont pas eue, cette prudence...

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Commentaires
a écrit le 14/01/2015 à 18:19 :
cet article est bien vu; il ne mentionne pas de surcroît le risque supplémentaire qui serait lié à une remontée des taux d'intérêt, soit parce que l'économie se porte mieux soit parce que la monnaie se dégrade.... cette remontée serait catastrophique pour le fonds général des cie d'assurance du fait des moins values potentielles de leurs titres à taux fixe en portefeuille. Seul un scénario à la japonaise (taux bas durables) écarterait ce risque.
a écrit le 14/01/2015 à 9:28 :
Noyer est-il dans son rôle dans de telles interventions ? Rendez-vous dans un an !
a écrit le 14/01/2015 à 9:14 :
Globalement, les fonds Euro qui avaient fortement baissé l'année dernière sont stables, les autres ont baissé de 0.4 points.
Les assureurs rémunèrent l'épargne compte tenu de la concurrence, du rendement de leurs actifs, et des provisions réalisées les années antérieures. Ils mettent en avant leur offres commerciales récentes aux détriments des offres anciennes. Les fonds sont investis partiellement sur des actifs risqués et plus rentables que les emprunts d'état (obligations privées, SCPI, actions).
S'ils "offre" 3%, c'est parce qu'ils le peuvent.
a écrit le 14/01/2015 à 8:53 :
L'assurance Vie devient peu à peu du " Madoff "
a écrit le 14/01/2015 à 1:48 :
Les assureurs vie commencent à jouer avec leur solvabilité. Elle y mettent un bras, et vont succomber à la tentation publicitaire, de s'y mettre entièrement. Les actifs reposant en totalité sur du vrai : entre autre l'Or, et non sur l'émission de papier, sont les seuls qui ne vont pas sombrer, et ruiner les épargnants; l'Assurance Vie va à la catastrophe, quant il s'agira de récupérer ses billes devenues fictives
Réponse de le 14/01/2015 à 2:31 :
Et blabla blabla, si les assurances sautent le pays sautera, fonctionnaire, retraites, sécu...
a écrit le 13/01/2015 à 22:13 :
Il en a de bonnes, Mr Noyer : les assureurs Vie français investissent les primes des contrats dans les obligations émises par l'Etat français.
Ils sont les meilleurs amis des gouvernements irresponsables qui se suivent et se ressemblent, puisqu'ils mettent l'épargne des français au service de leur incurie.
Réponse de le 14/01/2015 à 2:10 :
et en Prélève Impots, Taxes, C.S.G, Impot sur la mort (droit de succession)
a écrit le 13/01/2015 à 20:52 :
Coquille : "sensés rémunérer cette épargne." censés (sensé = qui a du sens)
a écrit le 13/01/2015 à 19:08 :
Il ne nous reste plus qu'a investir dans ce qui peut nous permettre de faire moins de dépense et donc accentuer la déflation ou la décroissance!
Réponse de le 14/01/2015 à 9:07 :
Investir dans les oeuvres d'art ou l'or : tout ce qui est palpable et tangible, qui ne sera jamais du "Madoff". Toute épargne reposant sur monnaie ou titres d'emprunts devient virtuelle et irrécupérable. Les portes sont encore ouvertes pou récupérer ses billes, bientôt elles ne le seront plus

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