Le marché de l'assurance emprunteur en pleine ébullition

Ivan Best

Ivan Best
C'est désormais acquis, sans aucune incertitude, les particuliers ayant souscrit un emprunt immobilier pourront changer leur assurance attachée à ce crédit. Le premier janvier 2018, ce sera possible à chaque date anniversaire du contrat, quelle que soit l'ancienneté du prêt, en vertu de l'amendement Bourquin adopté le 9 février par le parlement.
Sans attendre le premier janvier prochain, les assureurs traditionnels- et certaines startups qui s'adossent à eux- aiguisent leurs armes commerciales pour arracher des parts de marché aux banques, qui, via leurs filiales, s'arrogent encore quelque 85% du gâteau. Ils communiquent abondamment sur la possibilité de souscrire, désormais, une telle assurance en ligne, comme chez Allianz ou Swiss Life. La Macif a applaudi le vote du parlement le jour même, affirmant se lancer sans plus tarder dans la bataille, avec un argument choc : quel que soit l'âge de l'emprunteur, celui-ci aurait intérêt dès aujourd'hui à souscrire un contrat Macif au lieu de celui proposé par sa banque. Alors même que l'idée est bien établie, selon laquelle la délégation -le fait de ne pas recourir à l'assurance groupe proposée par le banquier- est surtout intéressante pour les emprunteurs relativement jeunes.
Ce discours est-il totalement crédible ? A entendre les courtiers, qui peuvent avoir une approche plus objective de la question, celle-ci n'est pas si simple. En effet, le recours à un assureur non lié à une banque peut permettre de réaliser des économies. Y Compris pour les emprunteurs relativement âgés. Ceci est surtout vrai pour les emprunts à long terme, sur 20 ans, qui sont bien sûr de plus en plus nombreux, compte tenu de la hausse des prix de l'immobilier.
Mais il y a un hic, et il n'est pas mince. Si la durée moyenne des prêts, telle qu'elle est affichée lors de la souscription, n'a cessé de s'allonger pour dépasser les 15 ans, "en réalité, les prêts durent 7 à 8 ans" souligne Olivier Jourdan, co-fondateur de Persona Courtage, cabinet spécialisé en assurance emprunteur : nombre de propriétaires revendent en effet leur logement 7 à 8 ans après l'achat, et remboursent donc par anticipation une bonne partie de l'emprunt, ou le refinancent auprès d'une autre banque. En quoi cela joue-t-il sur la comparaison entre une assurance emprunteur de groupe -proposée par les banques- et celle que vendent les autres intervenants sur le marché ? En fait, leur mode de calcul est différent.
Avec l'assurance de groupe, le montant de la prime payée chaque mois par l'emprunteur ne varie pas, tout au long du prêt, même quand le capital restant dû s'amenuise fortement, minimisant le risque. Le prix est donc lissé sur toute la durée du prêt. En revanche, les autres assureurs font varier la prime selon le capital qui reste à rembourser (ce qui apparaît logique). Résultat : le remboursement mensuel est plus élevé en début de prêt, et diminue au fur et à mesure. En conséquence, entre le coût global de l'assurance -sur toute la durée de l'emprunt- affiché lors de la souscription et la réalité de ce qui est finalement payé, compte tenu des remboursements anticipés, il y a un écart important. Et, de fait, pour les emprunteurs relativement âgés -plus de 45 ans-, la somme des primes d'assurance payée peut être supérieure en cas de recours à un assureur alternatif plutôt qu'à la banque qui propose le prêt.
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Ainsi, Persona Courtage a comparé les offres des principaux intervenants sur le marché. Ses calculs amènent à relativiser le discours des assureurs. Exemple: pour un emprunteur de 44 ans, souscrivant un prêt de 300.000 euros sur 20 ans, le coût global de l'assurance (à risques couverte exactement comparables, c'est à dire y compris les maladies non objectives) atteint 24.600 euros pour les banques et 23.363 euros en cas de délégation. Les banques sont donc apparemment plus chères. Mais si l'on ne considère que les 8 premières années, elle sont en fait moins onéreuses (820 euros contre 1.004,14 euros chez les assureurs).
Comment expliquer que, contrairement à ce qu'ils affirment, les assureurs ne sont pas toujours moins chers que les banques? Ils le pourraient, au vu des marges mirobolantes que réalisent -selon l'Inspection Générale des Finances, par exemple- les établissements bancaires sur ces assurances emprunteur.
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En fait, les assureurs ne sont pas forcément les plus compétitifs, dans tous les cas, car, s'ils veulent prendre une bonne part de ce marché, ils entendent aussi sélectionner les risques, afin de réaliser des marges assez confortables.
Ivan Best
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