Stephen Miran, l'économiste de la Maison-Blanche, a fait profit bas lors de son audition hier au Sénat en vue de l'approbation de sa nomination par le président Donald Trump au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale.
Stratégiste de marchés, Stephen Miran s'est fait connaître du grand public par la publication en novembre 2024 d'un document d'une cinquantaine de pages expliquant comment les États-Unis se sont « fait avoir » pendant trente ans dans le commerce mondial et pourquoi il fallait augmenter les droits de douane pour faire baisser le dollar. Cette thèse repose sur l'idée, largement partagée aux États-Unis, que le dollar est en effet structurellement surévalué, ce qui nuit à la compétitivité du pays et creuse ses déficits.
L'audition de Stephen Miran, comme sa nomination, intervient à ce moment crucial où Donald Trump exerce une pression inédite pour contraindre la banque centrale à baisser rapidement ses taux directeurs, mais surtout à remodeler la gouvernance de la Fed à sa convenance, brisant ainsi le sacro-saint principe de l'indépendance de l'institution, un principe qui serait le garant pour les investisseurs internationaux du bon fonctionnement des marchés financiers américains (et donc du maintien des États-Unis au premier rang des économies mondiales).
C'est dire si l'audience de Stephen Miran, figure de proue de cette nouvelle galaxie trumpiste, rejetée voire méprisée par les sciences économiques de tous bords, était attendue de pied ferme par les sénateurs démocrates, mais aussi républicains. Comme souvent, l'homme prend vite le costume du banquier central pour se couler dans le moule. « Le message que fait passer Stephen Miran, avant même sa nomination à la Fed, est que son papier devait vivre sa propre vie », rapporte Christopher Dembik, stratégiste chez Pictet AM. Une façon de se distancier de ses propres théories sur le dollar.