"Airbus des paiements" : le projet européen EPI doit revoir sa copie

C’est finalement 13 participants, contre une trentaine prévue initialement, qui restent engagés dans le projet européen des paiements (EPI) qui vise à créer un nouveau standard en Europe autour notamment du paiement instantané. La défection de nombreuses banques espagnoles et, en Allemagne, de Commerzbank et de DZ Bank, obligent les promoteurs à redimensionner à la baisse le projet, dont les nouveaux contours seront présentés dans les prochaines semaines.
Le nombre de participants au projet européen des paiements a été divisé par deux en quelques mois.
Le nombre de participants au projet européen des paiements a été divisé par deux en quelques mois. (Crédits : © Thierry Roge / Reuters)

C'est un bref communiqué qui en dit long. Sur le site de la société intérimaire EPI (European Payment Initiative), en charge de mettre sur les rails un ambitieux projet de paiement européen, un communiqué, publié vendredi 11 mars, confirme que 13 banques européennes et sociétés de paiement poursuivent l'aventure de mettre en place un système de paiement innovant, notamment dans le domaine du paiement instantané. Mais que « la société intérimaire adapte maintenant son champ d'action et ses objectifs à cette nouvelle dimension ».

On retrouve toutes les grandes banques françaises (Crédit Mutuel, BNP Paribas, BPCE, Société Générale, La Banque Postale et Crédit Agricole), une banque allemande (Deutsche Bank), l'organe central des caisses d'épargne allemandes, une banque belge (KBC), une banque néerlandaise (ING), une banque espagnole (Santander) et, enfin, deux prestataires des paiements (Worldline et Nets). C'est déjà beaucoup pour un projet paneuropéen.

Mais ce n'est pas assez pour un projet qui se voulait dès le départ très ambitieux, celui de créer un nouveau scheme (système de paiement) européen qui remplacerait tous les schemes nationaux en Europe et qui devait réduire la dépendance des banques européennes vis-à-vis des grands schemes américains que sont Visa et Mastercard. Avec, à la clé, un investissement de départ de 1,3 à 1,5 milliard d'euros.

Car, dans la foulée de l'annonce officielle du projet en juillet 2020, c'est bien 32 participants qui devaient financer le projet. Ils ne sont donc plus que 13 à mettre au pot, pour un projet privé, sans subventions (autre que la promesse de la Commission européenne de maintenir inchangée la commission interchange).

Coup dur

Ainsi, la banque italienne UniCredit est rapidement sortie du projet, et à l'hiver dernier, les hésitations, puis finalement, l'abandon de la plupart des banques espagnoles, dont BBVA, Bankinter Sabadell ou CaixaBank, ont fortement ébranlé les plus optimistes, provoquant d'ailleurs l'ajournement, à plusieurs reprises, de la création effective de la société cible (target company) qui doit piloter la mise en œuvre opérationnelle du projet.

Mais le coup de grâce est certainement venu d'Outre-rhin avec le retrait, coup sur coup, en janvier et février dernier, de la participation de Commerzank et surtout de DZ Bank, qui représente les intérêts des puissantes banques coopératives allemandes. Le retrait de DZ Bank est incontestablement un coup dur pour le projet, compte tenu du poids des banques coopératives en Allemagne, un gros tiers du marché.

Les raisons de ces abandons ? Le coût, sans doute, a effrayé plus d'un participant, d'autant que le nombre d'actionnaires potentiels ne cessait de se réduire. « Les investissements initiaux relativement élevés ne sont plus en harmonie avec le nombre de participants restants et des conditions essentielles pour un investissement stratégique ne sont plus remplies. C'est pourquoi nous ne prendrons pas de participation dans EPI à l'heure actuelle », a ainsi expliqué Commerzbank à la mi-janvier. Même argument avancé par DZ Bank, qui ne voit plus de solution économique viable au projet suite aux multiples défections.

La nécessité de passer par pertes et profits de lourds investissements dans des infrastructures de paiement existantes, et parfois récentes (et donc non amorties) a également joué. C'est notamment le cas en Espagne où les banques ont investi dans l'application mobile de paiement Bizum, lancée en 2016, et qui fait depuis un carton auprès du public. Enfin, il subsiste peut-être des interrogations sur l'intérêt même du projet, dans un horizon de 5 à 10 ans, alors que tout le monde scrute l'émergence des monnaies digitales.

« Qui a réellement envie d'investir dans un nouveau réseau sachant que la principale difficulté sera non seulement de le bâtir mais aussi de le faire accepter par les consommateurs et les marchands et qu'il faudra bien négocier des accords avec Visa et Mastercard pour les achats hors de l'Europe ? La carte EPI devra être cobadgée avec les réseaux américains, comme un retour à la case départ. Ce projet ne va pas dans le cours de l'histoire », s'interroge ainsi, sévère, un dirigeant d'une fintech française spécialisée dans le paiement.

Redimensionnement du projet

Si le projet n'est pas abandonné pour autant, il devra être redimensionné. C'est le sens du communiqué publié sur le site de la compagnie temporaire. Alors que les banques françaises, belge et le groupe espagnol Santander, comme Deutsche Bank et les caisses d'épargne allemandes, ont confirmé leur participation, elles devront faire face à des coûts plus élevés. D'où l'idée de partir dans un premier temps sur une version allégée d'EPI, le temps de convaincre les autres banques de rejoindre le projet.

« Les 13 actionnaires restants veulent continuer. Ils sont toujours convaincus de la nécessité et de l'intérêt d'une solution de paiement paneuropéenne », a récemment déclaré la directrice de la société intermédiaire EPI, Martina Weimert, au quotidien allemand Handelsblatt. Avec les onze établissements financiers et les deux prestataires de services de paiement, le projet dispose encore, du point de vue de Martina Weimert, d'une « masse critique et d'acteurs très performants dans le domaine des paiements ».

Ce qui est clair est que le montant de l'augmentation de capital initialement prévu va être révisé à la baisse. Une nouvelle feuille de route devrait donc être dévoilée au printemps.

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Commentaires 2
à écrit le 16/03/2022 à 20:03
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Le pognon avant les hommes (cf. armée européenne inexistante)...

à écrit le 16/03/2022 à 17:53
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Encore une usine à gaz ,auto centrée .

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