Christine Lagarde à la BCE : les marchés ravis, malgré les défis et les critiques

 |   |  736  mots
(Crédits : Carlos Jasso)
Le profil peu conventionnel de la directrice générale du FMI pour succéder à Mario Draghi à la Banque centrale européenne a surpris, mais ses qualités de négociatrice, de gestion de crise et de communicante sont saluées. Les investisseurs anticipent un prolongement de la politique monétaire accommodante, ce qui a conduit les taux européens de nouveau plus bas.

« Ni une experte en politique monétaire, ni une spécialiste des marchés financiers » : de nombreux commentateurs ont relevé le caractère peu conventionnel, inattendu du profil de Christine Lagarde pour succéder à Mario Draghi à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE), au lendemain de l'annonce officielle mardi soir. La BCE, qui n'a connu que trois présidents depuis sa fondation en 1998, Wim Duisenberg, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, a toujours été dirigée par un ancien gouverneur de la banque centrale de son pays. À l'exception de quelques rares procès en incompétences, non dénués d'un certain sexisme, le choix de la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), ancienne avocate d'affaires et ministre de l'Économie et des Finances de 2007 à 2011 sous Nicolas Sarkozy, a été salué par la grande majorité des experts des marchés, notamment pour ses talents de communicante, de négociatrice et de gestionnaire de crise.

« Lagarde est beaucoup plus un animal politique - un décideur politique - qu'une économiste traditionnelle. Certains en feront tout un plat, mais je doute que ce soit important » analyse Dave Lafferty, stratégiste de marchés en chef chez Natixis IM. « Avec une inflation basse, une croissance lente et des réformes structurelles difficiles à trouver, elle n'aura pas à créer un nouveau plan de relance de la politique monétaire. Elle pourra facilement marcher dans les pas de Mario Draghi. À ce stade, sa capacité à naviguer dans la politique européenne vaut probablement plus qu'un doctorat en économie. »

Andrea Ianelli, directeur des investissements obligataires chez Fidelity International, observe que « les chaussures de Draghi seraient difficiles à chausser pour n'importe quel successeur, après son mandat impressionnant. »

« Il est important de noter que le rôle du président du conseil des gouverneurs consiste moins à définir un point de vue et une politique monétaire, mais davantage à rechercher un consensus entre les membres du conseil qui peuvent avoir parfois des points de vue très différents » rappelle-t-il, s'attendant à la « continuité. »

Dave Lafferty s'attend aussi à ce « qu'elle poursuive la politique très accommodante de la BCE ».

Politique de relance et coordination fiscale ?

Les investisseurs ont applaudi, se réjouissant de cette perspective, certains tablant même sur une relance du programme de rachats de dettes. Mario Draghi avait évoqué le 18 juin cette reprise et même la possibilité d'une baisse des taux d'intérêt. Sur le marché obligataire, les rendements des emprunts d'État européens ont atteint de nouveau plus bas historiques ce mercredi. Le Bund allemand, négatif, est tombé à -0,399%, l'OAT française à -0,099%. Le taux espagnol a chuté à 0,202%. Les rendements des obligations italiennes à 10 ans sont tombés de 2,1% à 1,75 % au cours des trois derniers jours.

Les marchés d'actions ont fini en nette hausse mercredi, le CAC 40 sur un gain de 0,75% à 5.618,81 points et l'Euro Stoxx 50 de 0,93%.

Cette nomination provoque même un certain soulagement.

« La nomination de Christine Lagarde à la tête de la BCE représente la continuité, éliminant le risque de politique plus extrême que la nomination de Jens Weidmann [le président de la Bundesbank allemande, opposé à la politique accommodante] aurait présenté » relève Maya Bhandari, gérante multi-actifs chez Columbia Threadneedle. « Les antécédents de Lagarde et la nature politique de sa nomination suggèrent que sa présidence pourrait mettre davantage l'accent sur des domaines tels que la coordination fiscale et une union bancaire, avec d'autres, comme l'économiste en chef Philip Lane, assurant la continuité du cadre de la politique monétaire » analyse-t-elle.

Chez JP Morgan AM, le stratège Vincent Juvyns estime également que Christine Lagarde à la tête de la BCE « aura plus à cœur la relance de l'économie que l'orthodoxie historique en termes de politique monétaire ».

« La forte implication de Christine Lagarde dans la crise de la dette souveraine grecque durant son mandat au FMI témoigne de sa position pro-européenne d'intégration », note de son côté Piya Sachdeva, économiste chez Schroders. « Bien qu'elle n'ait aucune expérience directe de la politique monétaire, Mme Lagarde a déjà indiqué que les taux d'intérêt négatifs en Europe et au Japon avaient des effets nets positifs pour l'économie mondiale. En gardant ces facteurs à l'esprit, nous pensons qu'elle sera une gouverneure "colombe" ce qui devrait être considéré comme plutôt positif pour les investisseurs. »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/07/2019 à 9:10 :
Nous l'avons échappée belle avec Weidmann l’Allemand, qui n’a heureusement plus aucune chance maintenant.
S'il n'y avait pas eu Draghi, cela ferait longtemps que nous serions en récession.
Voyons si Lagarde fera aussi bien que Draghi.
Son grand’ avantage c'est que les Allemands n'oseront pas l'opposer comme ils l'on fait avec Draghi et lui ont fait perdre un temps précieux.
a écrit le 05/07/2019 à 15:00 :
Madame LAGARDE, "Bonne-à-tout-faire" ou joker? Pourquoi pas à la présidence de la République française?
a écrit le 05/07/2019 à 12:44 :
Avec une femme : moins de palabres à la noix.
Et elle est parfaite pour faire un coup de ménage dans tout ce petit monde qui ronronne trop doucement.
Bref : on ne peut qu'être pour.
Et on a éventuellement échappé à un retour de Trichet.
Réponse de le 10/07/2019 à 9:13 :
Un grand merci à Draghi en passant qui, malgré l'opposition de nos amis d'Outre-Rhin, a su imposer la baisse des taux d'intérêts et le Q.E.
Ce qui nous a évité pour le moins une récession
a écrit le 05/07/2019 à 11:05 :
Les marchés ravis? la bonne blague, ce sont eux qui imposent les choix. Tous les grands organismes internationaux de la finance ont leurs sièges aux US et leurs "employés" type Lagarde, sont aux ordres, comme tous leurs prédécesseurs. Le néo-libéralisme dirige la mondialisation au-dessus des Etats, c'est pour cela que l'on ne veut plus de Nations en Europe, qui n'est qu'une "Union" financière, qui impose, contrôle, sanctionne, sous l'égide de technocrates, en dehors de tout aspect démocratique. Ce n'est pas le Parlement qui dirige, ce sont les Commissions, d'où le pataquès des nominations actuelles, sous contrôle "étranger"...
a écrit le 04/07/2019 à 23:07 :
Voila encore une avocate américaine à la tete de la BCE, bravo l'indépendance. Au moins les américains ont la pudeur de se taire. Elle saura très bien obéir à la FED et à Merkel. Mme Lagarde n'a jamais eu une indépendance d'esprit dans toutes les décisions en tant que Ministre des finances de Sarkosi, pro américain (OTAN, recherche nucléaire...) et en tant que présidente du FMI.
Au passage bravo pour Draghi que les journalistes saluent pour son travail exemplaire maintenant mais que de critique quand il avait été nommé ( un italien à la tete d'une banque, vous voyez cela?). la mémoire courte. Avec Mme Lagarde, pas de souci obéissance parfaite à Merkel et la FED; Macron, il n'existe pas sur la scène européenne, voir le choix de l'amie de Merkel à la tête de l'UE.
a écrit le 04/07/2019 à 22:48 :
Mme Lagarde: renvoye devant la correctionnel pour son role de l'arbitrage truque qui a accorde centianes de millions a Tappie - qui lui meme a ete condamne a le repayer - pour ne mentionner son infameux lettre servile a Sarkozy - pas loin de "je suis ton esclave eternel Nicholas" pour etre bien trop courtois.
a écrit le 04/07/2019 à 20:37 :
Attendons de voir le prochain conseil des gouverneurs , mais ,nous allons vite voir si la tendance va etre de continuer à empiler des dettes (sous pretexte que les taux d'interets sont nuls ) et que nos enfants et petits enfants vont devoir rembourser ;
Car ne nous méprenons pas , il n'y a que les "ravis" qui pensent que l'on peut continuer ainsi pendant 30 ans
a écrit le 04/07/2019 à 14:45 :
"Christine Lagarde à la BCE : les marchés ravis"

Son salon de coiffure et à UV aussi.
a écrit le 04/07/2019 à 13:47 :
Très performante, Lagarde : elle donne allègrement (par négligence ...!) 420 millions d'euros à Tapie .
a écrit le 04/07/2019 à 12:12 :
63 ans alors que l´âge de départ à la retraite est de 62 ans et le mandat est de 8 ans! Expérience bancaire...!!!
a écrit le 04/07/2019 à 12:12 :
Bonjour,

Les marchés ravis ?
C’est trop tôt pour prendre le «  pouls » dans 25 jours ? Ou 30 ?
Cordialement,
a écrit le 04/07/2019 à 10:53 :
Sera t elle le chantre de l inflation raisonnable , ou celle de l effacement des dettes au prorata de la bonne justice .
a écrit le 04/07/2019 à 10:47 :
Wait and see....
a écrit le 04/07/2019 à 9:51 :
Ce qui valide la constatation du degré zéro de discernement des traders.
a écrit le 04/07/2019 à 9:19 :
cela va surtout ravir la france. moscivici et lagarde pour ouvrir les vannes de l argent facile, du deficit grandissant et de la dette ...
bien sur au détriment des pays du nord qui font attention.

macron va pouvoir créer des comités, agences et autres institutions pour placer des gens
Réponse de le 04/07/2019 à 11:58 :
et bla bla et bla bla bla...
Réponse de le 04/07/2019 à 14:35 :
Superbe, votre intervention ! Elle est aussi intelligente que toutes les précédentes que vous avez déjà commises sur le sujet - bien pitoyable, il est vrai - en question. Mais avec un avantage : il est plus court que toutes vos précédentes diatribes propagandistes aussi risibles que peu crédibles. Merci de votre brièveté, lecteur. Continuez dans cette voie !
a écrit le 04/07/2019 à 8:48 :
Tout a fait. On y va voir pour combien de temps elle gardera sa position parce que il y a certainement des revelations et des scandales a venir egalement pour comprometter l'integrite du Macron.
a écrit le 04/07/2019 à 8:18 :
" Les marchés ravis"

Toute l'histoire de l'UERSS, empire prévu pour durer mille ans et ils s'étonnent encore que les peuples ne soient pas contents eux.
a écrit le 04/07/2019 à 7:30 :
C'est très bien pour le gouvernement français. Il a à nouveau un passe-droit pour faire passer le déficit et la dette excessive et personne ne va rien dire.
Moscovici va contiuner à s'occuper de l'Italie et le problème français n'existe pas.
Réponse de le 04/07/2019 à 11:59 :
Elle se fera taper dessus par les autres pays, elle doit défendre l'Europe et pas céder au favoritisme.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :