La défense de Kerviel instille le doute... mais seulement le doute

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Un témoin accrédite la thèse d'un complot de la Société Générale contre Jérôme Kerviel. Copyright AFP
Un témoin accrédite la thèse d'un complot de la Société Générale contre Jérôme Kerviel. Copyright AFP (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Retour sur la semaine d'audience particulièrement mouvement du procès en appel du trader de la Société Générale. Point d'orgue des débats : l'intervention de Philippe Houbé, le témoin cité par Maître Koubbi, l'avocat de Jérôme Kerviel, qui a jugé « techniquement impossible » que la banque ne voit pas les énormes positions prises par le trader sur les marchés. Une banque qui a réponse à tout.

Ça n'a pas été la grande révélation, la preuve indiscutable et irréfutable, dans le style d'une conversation enregistrée qui dirait : « On va faire sauter Kerviel pour masquer notre paume sur les subprimes », avec, dans le rôle du « On », un ponte de la Société Générale. Ca, ce serait le scénario idéal pour la défense de l'ancien trader, condamné en 2010 à cinq ans de prison et à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, et dont le procès en appel à débuté le 4 juin.

Reste qu'avec son fameux témoin-clé, censé accréditer la thèse d'un complot ourdi par la Générale contre Jérôme Kerviel, Maître David Koubbi, le bouillant avocat du jeune homme, a instillé jeudi un doute sur l'ignorance de la banque quant aux agissements de son trader. Un doute bienvenu pour une défense jusqu'alors plutôt à la peine face à l'intraitable présidente de la Cour d'appel, Mireille Filippini, aucunement charmée par le côté jeune chien fou de Maître Koubbi.

Ne pas voir était  "techniquement impossible"

Avec ses grosses lunettes à monture noire, son allure un peu empruntée, sa petite voix et son salaire de 2.000 euros par mois, le témoin en question, Philippe Houbé - salarié depuis 1993 de Newedge (ex-Fimat), filiale de courtage de la Société Générale - est à mille lieues des anciens patrons de Jérôme Kerviel, qui l'ont précédé quelques heures plus tôt dans cette même Première chambre de la Cour d'appel de Paris. Mais il a tenu bon, Philippe Houbé, affirmant que « ne pas voir les opérations fictives de Jérôme Kerviel [destinées à masquer son énorme gain de 1,5 milliard d'euros réalisé en 2007 et, partant ses prises de postions de plusieurs milliards sur les marchés ; Ndlr] était techniquement impossible et réglementairement interdit». Pour la simple raison qu'Eurex, la bourse de produits dérivés sur laquelle opérait Jérôme Kerviel, adresse régulièrement à Newedge-Fimat un résumé de la situation des comptes de chaque trader, résumé que la filiale de courtage envoie quotidiennement à la Société Générale.

Une tranquille assurance

Certes, Claire Dumas, la représentante de la Société Générale, toujours calme, méthodique et précise, rétorque que Newedge-Fimat n'ayant accès qu'à une partie des comptes de la Société Générale, il était impossible à Philippe Houbé d'avoir une vue d'ensemble des opérations de Jérôme Kerviel. C'est avec la même tranquille assurance que Claire Dumas récuse la thèse de l'homme, selon laquelle la Société Générale, en débouclant les énormes positions de 50 milliards d'euros de Jérôme Kerviel, du 21 au 23 janvier 2008, aurait alourdi les pertes imputables au trader, afin de masquer celles de la banque sur les subprimes.

Cordelle et Rouyère à la barre lundi

Il n'en reste pas moins que Jérôme Kerviel n'est désormais plus seul à prétendre que la Générale savait tout de ses agissements depuis le début, et qu'elle a peut-être même voulu lui faire porter le chapeau de ses propres erreurs sur les subprimes (crédits hypothécaires américains à risque). Les témoins qui seront appelés à la barre lundi auront bien moins d'empathie pour l'ancien trader. Comparaîtront en effet ses anciens responsables directs, Eric Cordelle (N+1) et, surtout, Martial Rouyère (N+2), qui savait « pertinemment » ce que Jérôme Kerviel faisait, soutient ce dernier. L'atmosphère promet d'être très tendue.
 

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Commentaires
a écrit le 19/06/2012 à 16:09 :
Ce qui parrait étonnant c'est que la théorie qu'un trader à 60 000 ? de bonus puisse avoir le droit de jouer avec 50 milliard d'euros ne tracasse personne, alors meme que les traders stars de la SG avec des bonus indécents de plusieurs millions n'y ont pas le droit.
Ou peut être que la théorie de tout ces experts du forum c'est que chaque trader joue avec 50 milliards et que donc la SG n?était pas en danger de deux fois ses fonds proposer mais 2500 fois.

Autoriseriez vous, vos enfant à jouer au poker 3 fois la valeur de votre maison sur laquelle vous avez encore un crédit ?

Les banques doivent gagner de l'argent, même si elles ne sont pas toujours douées pour ça, elles ne se mettent pas volontairement en danger.
a écrit le 18/06/2012 à 11:38 :
Quelle valeur accorder aux témoignages de salariés de la SG prenant la défense de leur employeur ? Même si le scénario de complot me paraît tiré par les cheveux, comment croire que des milliards d'euros puissent échapper aux contrôles internes pendant des mois ? Comme l'a dit M. Houbé, il y a des rapports faits par les opérateurs à la banque. S'ils sont incomplets et trafiquables, c'est très grave et la SG devrait être déclarée incompétente, fermée, ses dépôts étant confiés provisoirement à la Banque de France.
a écrit le 16/06/2012 à 10:53 :
Il est clair que la SG et Bercy ont orchestré le sauvetage lié aux subprimes, et que la responsabilité de la SG est engagée a minima sur ses contrôles.
Maintenant JK ne respectait pas les règles et doit être sanctionné, ainsi que l'ensemble de ses supérieurs jusqu'à la DG qui le couvraient grâce à ses résultats hors du commun (http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120615trib000704133/kerviel-coupable-forcement-coupable.html)
a écrit le 15/06/2012 à 22:30 :
c'est comme quand vous faites une marche arrière avec remorque en +, seul au volant, que l'on ne vous concède aucune aide, et que tout le monde s'en fout, du haut de la hiérarchie jusqu'en bas....et qu'à l'arrière de votre remorque se baladent de çi- de là....des handicapés mentaux.....livrés à eux meme sans surveillance...Si vous en écrésaz un, c'est tout pour votre pomme..............à qui la faute??????????????
Réponse de le 16/06/2012 à 10:48 :
si la hierarchie du haut est au courant, c'est 100% sa responsabilité de ne pas intervenir, ensuite à elle de sanctionner l'employé fautif
a écrit le 15/06/2012 à 22:05 :
Comment imaginer qu'un supérieur de Kerviel et/ou un affidé du système prenne la défense de l'accusé ?
Philippe Houdé a le mérite et le courage de dénoncer la tartufferie de la Société Générale. Combien d'ex-collaborateurs de Kerviel et/ou de salariés de la banque oseront apporter leur témoignage pour prouver l'impossibilité de la hiérarchie d'ignorer les actions d'un de ses employés à quelque niveau que ce soit ?
Entre dénoncer ce procès inique et apporter les preuves de connivence de ses supérieurs, Jérôme Kerviel, me semble-t-il, n'a pas encore gagné la partie.
a écrit le 15/06/2012 à 22:02 :
Comment imaginer qu'un supérieur de Kerviel et/ou un affidé du système prenne la défense de l'accusé ?
Philippe Houdé a le mérite et le courage de dénoncer la tartufferie de la Société Générale. Combien d'ex-collaborateurs de Kerviel et/ou de salariés de la banque oseront apporter leur témoignage pour prouver l'impossibilité de la hiérarchie d'ignorer les actions d'un de ses employés à quelque niveau que ce soit ?
Entre dénoncer ce procès inique et apporter les preuves de connivence de ses supérieurs, Jérôme Kerviel, me semble-t-il, n'a pas encore gagné la partie.
a écrit le 15/06/2012 à 20:59 :
Qui peut croire que la SG (les supérieurs de J. Kervel) ne savait pas. Si tel est le cas, il faut se dépêcher de retirer son argent de la SG car sait elle où il est ?
Réponse de le 15/06/2012 à 21:55 :
Excellente analyse.

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