Procès Kerviel : "Perdre "un millard", c'est pas si grave"

La cinquième journée du procès en appel de Jérôme Kerviel a commencé ce mercredi 13 juin. La présidente de la Cour, qui n'a jusque là pas ménagé l'ancien trader, condamné le 5 octobre 2010 à cinq ans de prison, dont trois fermes, ainsi qu'à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, entend aujourd'hui les premiers témoins.
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Jérome Kerviel est sous le coup de trois chefs d'accusation : abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, faux et usage de faux. Son procès en appel a commencé lundi 4 juin. Suivez en direct la cinquième journée d'audience couverte par notre journaliste Christine Lejoux. Retrouvez le compte-rendu de la première journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience, le compte-rendu de la troisième journée d'audience et le compte-rendu de la quatrième journée d'audience.

Mercredi 13 juin

12h. "Perdre "un millard", c'est pas si grave"

La présidente de la Cour d?appel, Mireille Filippini, revient sur les journées du vendredi 18 janvier au dimanche 20 janvier 2008, qui ont marqué la découverte, par la Société Générale, du gain colossal de 1,4 milliard d?euros engrangé par Jérôme Kerviel en 2007, et de ses énormes engagements de 50 milliards d?euros pris sur les marchés début janvier 2008. Lisant les déclarations des responsables de l?époque de la Société Générale, Mireille Filippini raconte comment la banque, incrédule face à ce gain de 1,4 milliard d?euros, demande le samedi 19 janvier à Jérôme Kerviel, alors parti en week-end en amoureux à Deauville pour fêter ses 31 ans, de revenir sur le champ à Paris afin de lui expliquer s?il a bien gagné 1,4 milliard d?euros et, si oui, comment.

Le jeune trader saute dans le premier train pour Paris et arrive à la Société Générale en fin d?après-midi, le samedi 19 janvier 2008. Jusqu?à trois heures du matin, il sera interrogé par plusieurs responsables hiérarchiques, de son N+1, Eric Cordelle,jusqu?à Jean-Pierre Mustier, le big boss de l?époque de la banque de financement et d?investissement (BFI) de la Société Générale, et N+7 de Jérôme Kerviel, en passant par Martial Rouyère, N+2 du trader et par Luc François, le responsable de la salle des marchés (N+5). Jérôme Kerviel va leur confirmer que son gain de 1,4 milliard d?euros est bien réel et, que pour le réaliser, il a à deux reprises engagé pas moins de 30 milliards d?euros en 2007. Une révélation qui stupéfait la Société Générale. Qui s?inquiète alors de savoir si le trader a pris de nouvelles positions début 2008. Ce dernier reconnaît que oui.

Mireille Filippini : Quelle est votre version, M. Kerviel ?
Jérôme Kerviel : J?ai interpelé Martial Rouyère en lui disant : « Tsavais pertinemment ce que je faisais. » Il m?a répondu : « non, non », et a quitté la salle (où le trader était interrogé par ses supérieurs). Ce passage manque sur l?enregistrement (de la conversation, ou plutôt de l?interrogatoire, entre le trader et ses supérieurs, tout au long de ce week-end).
Mireille Filippini : Pourquoi n?en parlez-vous pas alors à Eric Cordelle (le N+1 de Kerviel) ?
Jérôme Kerviel : j?étais stressé, fatigué, il était deux heures du matin.
Mireille Filippini : Et Luc François, qui était là lors de cet échange avec Martial Rouyère, n?a pas rebondi sur cet échange ?
Jérôme Kerviel : Non.
MP : C?est curieux? Quand annoncez-vous votre problématique de 2008 (à savoir les prises de positions de 50 milliards) ?
JK : Le dimanche, avant de partir de la Société Générale.
MP : Il fallait dire à Rouyère, tu sais, j?en ai rajouté pour 50 milliards, c?était le moment au jamais de vous soulager !
JK : une fois, j?étais très fatigué et très intimidé.
Me Reinhart, l?un des avocats de la Société Générale : dans votre livre, vous racontez que Jean-Pierre Mustier vous demande, le samedi 19 janvier, si vous n?avez pas repris de positions « trop fortes » début 2008, vous répondez : « Si, un peu. » Un peu, c?est 50 milliards ?!
JK : Oui?
Mireille Filippini : Mais pourquoi ? Pour amuser la galerie ?
Jérôme Kerviel : Sur la bande de l?enregistrement, on entend Pierre-Yves Morlat (responsable de la division arbitrage,N+4 de Kerviel) rire, le dimanche matin. Ce n?était donc pas si grave.
Mireille Filippini : mais le dimanche matin, ils n?ont pas encore découvert les opérations de janvier 2008 !
Me Koubbi : Pourquoi Me reinhart passe par le conditionnel : « M .Mustier vous aurait dit que ce n?était pas grave », alors que le tapuscrit de l?enregistrement montre que M. Mustier a bien dit que « la banque elle-même a perdu un « millard » (sic, Me Koubbi insiste sur la vulgarité de la prononciation du mot « milliard » par Jean-Pierre Mustier) sur les subprimes », que « ce n?est pas grave, ce n?est que de l?argent, ça ne m?empêche pas de dormir, la finance c?est la loi de la jungle » ?
Me Reinhart : M. Kerviel, le samedi, n?auriez-vous pas dû tout déballer, votre gain de 1,4 milliard et vos positions de 50 milliards ?
JK : ?
Me Martineau, autre avocat de la Société Générale : pourquoi le dimanche 20 janvier 2008 M. Kerviel ment-il en écrivant, dans une déposition à la Société Générale, qu?il n?a pris des positions non couvertes qu?à partir de juillet 2007 (et non de mars) ?
JK : Parce que j?étais épuisé.
L?audience reprend à 14h30.

10h25 "Je ne faisais pas ce métier pour de l'argent"

...

Retrouvez l'intégralité de cette cinquième journée d'audience

 

Et retrouvez notre dossier spécial sur l'affaire Kerviel, les analyses de Valérie Segond et de François Lenglet après le verdict de 2010, ce que sont devenus les protagonistes de l'affaire, les plaintes déposées par Me David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) et par Me Jean Veil (avocat de Société Générale), le témoignage de l'ancienne conseillère en communication de Jérôme Kerviel, et le contexte politique dans lequel s'inscrit le procès.

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Commentaires 5
à écrit le 13/06/2012 à 16:02
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Jje pense que ce trader dit vrai. 50 milliards de position et la société ne le sait pas? Non Pipo

à écrit le 13/06/2012 à 15:58
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Kerviel etait devenu un automate , prenait-il des vacances ??? non

à écrit le 13/06/2012 à 14:52
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Mireille Filippini nommée à la cour d'appel de Paris. 17 mars 1998 à 20:36 - A + Tweeter Envoyer Abonnez-vous à partir de 1? C'est un départ qui pourrait annoncer une accélération dans le traitement d'un certain nombre de dossiers. Mireille Filipp...

le 13/06/2012 à 16:08
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... intéressant !

à écrit le 13/06/2012 à 14:39
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Le problème ce n'est pas Kerviel, le problème, c'est le trading.

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