Solvabilité II : Swiss Life a pris une longueur d'avance

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Swiss Life applique depuis plus d'un an les règles du Swiss Solvency Test, quand ses concurrents sont encore au stade de la réflexion sur la mise en place des règles européennes de Solvabilité II. L'assureur a dû adopter une nouvelle stratégie commerciale et de gestion, compatible avec les exigences des régulateurs.

D'une contrainte, l'assureur a fait une opportunité. Swiss Life applique en effet la régulation helvétique, le Swiss Solvency Test (SST), depuis le 1er janvier 2011 et y réfléchit depuis 2004. Or, c'est une obligation à laquelle ne sont pas encore soumis ses concurrents français et européens, qui sont, eux, dans l'attente de la mise en ?uvre de Solvabilité II, la régulation européenne du secteur de l'assurance, prévue pour 2014.

Distorsion de concurrence

Cette sujétion avant l'heure à une régulation stricte aurait pu exposer Swiss Life à une distorsion de concurrence. Au lieu de cela, l'assureur se trouve en position d'éclaireur, en termes d'innovation produits, de gestion d'actifs, comme de systèmes informatiques. Loin de l'avoir pénalisé, ce nouvel environnement l'a notamment aidé à traverser la crise de 2008 sans encombres. "Comme le SST a été implémenté en pleine crise, cela nous a aussi permis d'éviter de prendre un certain nombre de risques. Par exemple, nous n'avions pas la capacité d'être investi de manière significative sur la dette souveraine périphérique. Au final, cela s'est révélé être un avantage concurrentiel, mais le fait de ne pas obéir à la même réglementation aurait pu nous desservir", explique Eric Le Baron, directeur général de SwissLife Assurance et Patrimoine.

Révision de la stratégie d'allocation d'actifs

Tout comme Solvabilité II, le SST requiert un capital adéquat pour pouvoir supporter les risques encourus. Swiss Life a donc dû diminuer sa détention d'actions, qui demande une mobilisation de capital importante. Par conséquent, sa stratégie d'allocation d'actifs a été revue. "Nous avons dû réduire notre poche actions de manière assez significative, et nous avons diminué notre exposition à la dette souveraine. Par contre, nous avons augmenté nos investissements en crédit corporate et surpondéré l'immobilier", précise Eric Le Baron.
Une ligne de conduite qu'une majorité d'assureurs français a d'ailleurs commencé à adopter, anticipant l'entrée en vigueur de Solvabilité II, qui fixe une exigence en capital tout aussi élevée que le SST pour les placements risqués. "Le Swiss Solvency Test nous contraint à piloter les choses différemment. Les modèles sont tous critiquables, mais ils nous amènent à réfléchir de manière beaucoup plus rationnelle. Avec des modèles comme le SST ou Solvabilité II, les paris sur l'avenir ne sont plus possibles", remarque Eric Le Baron.

Des produits à faible volatilité et à fortes marges

Les produits distribués ont par ailleurs été adaptés à cette nouvelle régulation. "Il n'y a pas de secret : nous devons privilégier les produits à faible volatilité en terme de besoin de capital et à plus fortes marges, donc les unités de compte, la prévoyance et la santé", déclare Eric Le Baron. En 2011, le chiffre d'affaires en santé et prévoyance de Swiss Life France est en hausse de 8% et celui de l'assurance dommages de 6%, soit des progressions supérieures au marché. Et la compagnie a en particulier relancé son activité de prévoyance l'an dernier, ce qui a conduit à une production d'affaires nouvelles en hausse de 40%.
"Pour l'assurance vie, nous essayons de sous-pondérer la part du fonds euros depuis trois ou quatre ans. Et nous avons donc un "mix produit" unités de compte / fonds euros supérieur aux autres acteurs de la place. Par ailleurs, notre politique de participation aux bénéfices est d'autant plus incitative que l'assuré détient davantage d'unités de compte ; nous lui restituons ainsi les gains effectués sur le SST. En effet, si vous voulez générer un rendement attractif sur le fonds euros, il vous faut prendre de fait plus de risques", indique Eric Le baron.
Swiss Life a ainsi servi entre 3,01% (pour un investissement sur les unités de compte inférieur à 20% de l'épargne totale) et 3,81% (pour un investissement supérieur à 60%).
Les assureurs français qui appliquent une telle segmentation de la participation aux bénéfices font encore figure d'exception. Axa France l'a par exemple mis en place depuis deux ans : en 2011, les taux s'étalaient de 3% à 3,7% selon le "bonus" obtenu par l'assuré. Le taux de 3,7% étant servi si l'épargnant dispose à la fois d'une épargne de 50 000 euros, investie à hauteur de 25% minimum en unités de comptes.

Lancement de nouveaux contrats

Le SST est finalement loin de mettre l'assureur en difficulté. Mieux, en réorientant l'épargne vers les unités de compte et en ciblant une clientèle plus patrimoniale, Swiss Life a pris le marché à contre-pied. "Notre chiffre d'affaires en unités de compte est le double du marché et notre collecte nette baisse moitié moins que le marché", constatait Eric Le Baron lors de la présentation des résultats annuels. Swiss Life France a en effet réalisé une collecte nette (versements moins retraits) de 480 millions d'euros en 2011, en baisse de 44% par rapport à 2010, à comparer à une baisse de 85% pour le marché. Et les contrats en unités de compte représentaient près de 30% du chiffre d'affaires de la compagnie en assurance vie (contre 13% pour le marché), part qui a augmenté de 7 points en un an.
Dans ce contexte, Swiss Life se paie même le luxe de lancer de nouveaux produits en période de crise de l'assurance vie, comme "Salam Epargne et placement", ce contrat d'assurance vie multisupports "charia compatible". Ou encore le contrat multisupports "Violetto", conçu en partenariat avec Arca Patrimoine, avec une option de gestion dynamique de l'épargne à partir de 25 fonds présélectionnés.

Réorienter la production

Une telle transformation ne va pourtant pas de soi : "Le plus compliqué avec le SST est d'arriver à réorienter la production et à cibler une clientèle compatible avec cette stratégie", note Eric Le Baron
L'ajout d'une couche supplémentaire de régulation avec Solvabilité II promet néanmoins d'être fastidieux, voire inutile dans les cas où elle fera doublon avec le SST. "Le fait d'être soumis à la fois au SST et à Solvabilité II constitue néanmoins une double peine. Pour être certain de respecter les deux, nous devons donc faire en sorte de suivre le plus contraignants des deux systèmes. L'un sera plus permissif que l'autre sur certains points, mais le SST est en moyenne 10% à 20% plus strict que Solvabilité II selon les tests effectués jusqu'à ce jour", conclut Eric Le Baron.
 

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Commentaires
a écrit le 22/08/2012 à 19:10 :
je suis chez SWISS LIFE depuis une dizaine d'années et je m'en trouve très bien. Que ce soit en placement multi ou fond euros , je trouve que j' m'en sort bien pendant la crise. quant a la santé, je n'ai eu aucun problème de remboursement, meme en dépassement d'honoraire. Si toutes les banques seraient aussi performantes, cela serait bien
a écrit le 22/08/2012 à 15:04 :
Accessoirement S.L est un assureur de taille modeste réalisant un chiffre de 19 milliards de dollars comparé à AXA par exemple qui en fait plus de 130... L'europe applique régulièrement des méthodes jugées nécessaires pour "rétablir" l'équilibre et faire "cesser la dérive" financière. Inutile de dire que la dérive a été largement favorisée au tour précédent, tant pis pour ceux qui ont voulu rester clairs. C'est le principe bien connu de l'accordéon : On fait entrer beaucoup d'air que l'on expulse ensuite à grand bruit. Sauf si l'on veut reprendre l'image que ce dernier rétrécirait à chaque tour. Laxisme, tentation, punition, réduction. Seuls les plus gros peuvent supporter la punition, les autres meurent en laissant la place libre. C'est ce qui était recherché dès l'origine.
a écrit le 22/08/2012 à 13:59 :
Vous etes bon chez Swisslife quand même!!
Réponse de le 22/08/2012 à 14:22 :
Ben c est sûr que si tu bosses chez Groupama tu pourrais t en inspirer ! Les ronds de cuirs servant de management là bas également

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