Plafond du livret A : l'impact sur l'assurance vie devrait être marginal

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Ghislaine Collela, directeur du marché de l'épargne individuelle d'Axa France.
Ghislaine Collela, directeur du marché de l'épargne individuelle d'Axa France.
Ghislaine Colella, directeur du marché de l'épargne individuelle d'Axa France commente pour La Tribune les derniers chiffres de l'assurance vie dont la collecte redevient légèrement positive en juillet après des mois de décollecte. Le relèvement du plafond de 25% du Livret A à la mi septembre devrait, selon elle, surtout provoquer des transferts d'épargne en provenance des livrets bancaires et dans une moindre mesure de l'assurance vie.

La collecte nette en assurance vie est redevenue légèrement positive de 0,4 milliard au mois de juillet. Mais cette petite embellie n'inverse pas la tendance de fond : l'assurance vie enregistre depuis le début de l'année davantage de retraits que de versements. La collecte nette (versements -retraits) est négative de 4,2 milliards, selon les chiffres publiés par la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA) publiés mercredi 29 août. Les retraits et prestations payés par les assureurs  se sont en effets élevés à 73,5 milliards d'euros sur les premiers mois alors que les cotisations engrangées n'ont atteint que 69,3 milliards d'euros.

Dans le même temps, les livrets réglementés et défiscalisés (Livret A et Livret de développement durable) ont enregistré une collecte nette positive de 15,2 milliards. Pour Ghislaine Colella, directeur du marché de l'épargne individuelle d'Axa France, il faut cependant "garder la tête froide" car l'encours global de l'épargne placée en assurance vie reste colossal : 1366 milliards d'euros à fin juillet. Et la combinaison d'avantages que présente l'assurance vie pour les épargnants reste "unique", selon elle.

Toutefois, même si l'assurance vie dans sa forme actuelle ne lui semble pas menacée, le modèle du fonds en euros à capital garanti devenu "un peu trop onéreux" pour les assureurs paraît remis en question aujourd'hui. Axa France a d'ailleurs modifé sa stratégie. La compagnie a fait de l'offre en matière de retraite sa "priorité majeure". Elle a adapté ses contrats d'assurance vie en y ajoutant des fonds structurés garantis ou des fonds immobiliers afin de proposer une alternative aux fonds en euros. Enfin, elle récompense par un meilleur rendement les assurés qui investissent  davantage sur les unités de compte (fonds de type boursier).

 

La Tribune : Le relèvement du plafond du livret A et du LDD à la mi-septembre va-t-il faire du tort à l'assurance vie dont la collecte a déjà beaucoup fléchi ?

Ghislaine Colella (Axa France) : Si le plafond du livret A et du LDD double, l'impact est estimé par le marché entre 30 et 50 milliards d'euros en faveur du livret A ; il sera donc bien moindre dans le cas de l'augmentation partielle de 25% implémentée prochainement. Dans tous les cas, ces flux proviendraient sans doute majoritairement des livrets fiscalisés, et marginalement des contrats d'assurance vie.

 Les statistiques du marché de l'assurance vie en juillet viennent de paraître, quel bilan dressez-vous pour Axa France ?

De manière générale, juillet est toujours un bon mois. Les clients comme les agents ne sont pas encore tous partis en vacances. Cette année, nous avons observé une baisse des rachats de 6% et une hausse de 1% des versements. Notre chiffre d'affaires est en croissance au mois de juillet. Mais le mois d'août est traditionnellement plus calme.

 La tendance à la baisse de la collecte de l'assurance vie depuis un an vous inquiète-t-elle ?

Pour Axa, l'année écoulée a plutôt été une bonne année, dans un contexte très difficile pour le marché. Nous avons d'ailleurs gagné un point de parts de marché cette année. Le fait que le marché connaisse des bas est cyclique. Actuellement, la cause de la baisse est d'ailleurs davantage le fait des acteurs que des clients. En effet, dans le cadre de la nouvelle règlementation Bâle III concernant les ratios de solvabilité, les banquiers ont besoin de renforcer leur bilan, et ont logiquement tendance à encourager leurs clients à aller vers de l'épargne court terme. La collecte brute a baissé et ce phénomène s'est conjugué à une progression des rachats. Il est néanmoins important de « garder la tête froide » : l'encours de l'assurance vie s'élève à plus de 1300 milliards d'euros.

Pourquoi les retraits effectués sur les contrats ont-ils tant augmenté ?

 Des enquêtes spécifiques mensuelles nous permettent de comprendre les causes des rachats. En 2011, nous avons observé d'importants mouvements de rachats liés à des investissements dans l'immobilier avec la fin des avantages du Scellier. Il y a également eu un phénomène de désendettement des ménages, qui ont tendance à rembourser leurs crédits par anticipation en période de crise. A cela s'ajoute une utilisation de l'épargne pour des besoins de consommation inférieurs à 50 000 euros, par exemple pour des travaux. En 2012, les mêmes phénomènes se sont poursuivis, avec un peu moins de réorientation de l'épargne vers l'immobilier.

Comment votre stratégie a-t-elle évolué ces derniers mois en matière d'assurance vie ?

Nous sommes passés d'une stratégie de croissance de l'ensemble de l'activité à une croissance plus sélective. Nous avons trois axes de travail prioritaire dans cette période de crise. D'abord, nous faisons de la retraite une priorité majeure de l'entreprise. Nous voulons être leader sur ce marché comme nous le sommes déjà sur le PERP. Par ailleurs, nous adaptons notre offre d'assurance vie aux attentes de nos clients en période de crise. Nous avons par exemple lancé quatre fonds à capital garanti (avec le développement des coupons Sérénité depuis mai 2011). Et nous commercialiserons en septembre un OPCI, Axa Selectiv'Immo, le premier OPCI du marché qui va permettre d'offrir les bénéfices de la pierre avec les avantages de l'assurance vie. Le troisième point consiste dans le fait de rémunérer davantage les clients qui abondent le plus leurs contrats et qui investissent dans les unités de compte, à travers un système de "bonus +".

 L'assurance vie va-t-elle continuer d'exister dans sa forme actuelle ?

L'assurance vie est un véhicule d'épargne de long terme qui propose une combinaison d'avantages totalement unique. Elle combine un niveau de rendement qui est toujours parmi les meilleurs sur le long terme, des conditions fiscales attractives et des conditions de transmission avantageuses. Elle joue également un rôle majeur pour l'économie, puisqu'elle finance la dette de l'Etat et celle des entreprises. C'est probablement le modèle du fonds en euros qui est lui le plus challengé aujourd'hui. Ses avantages sont fabuleux pour les clients, mais il est vraisemblablement un peu trop onéreux pour les assureurs et les banquiers.

 

 

 

 

 

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