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Réforme bancaire : les établissements français et allemands craignent pour leur compétitivité

Christine Lejoux

Publié le 31 janvier 2013 à 17:15

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Les banques françaises et allemandes regrettent que la France et l'Allemagne concoctent chacune de leur côté leur projet de réforme bancaire, au lieu d'attendre une réglementation européenne.

Les projets de réforme bancaire tournent à la course en solitaire en Europe. Bien qu'une réflexion sur la séparation des activités de détail des banques de leurs activités de marché soit en cours à l'échelle européenne - supervisée par le gouverneur de la Banque centrale de Finlande Erkki Liikanen -, les deux principales économies de l'eurozone planchent chacune de leur côté sur leurs propres projets de réforme. Fin novembre, la France avait dévoilé le sien, se félicitant d'un "texte précurseur." Mercredi, devant la Commission des finances du Sénat, Hervé de Villeroché, chef du service du financement de l'économie à la direction générale du Trésor, n'a pas manqué de souligner une nouvelle fois que la France serait "le premier pays à faire appliquer une loi" sur la séparation des activités bancaires utiles au financement de l'économie de celles jugées spéculatives. Mais voilà que, le même jour, l'Allemagne a confessé travailler, elle aussi, à un projet de réforme bancaire, qui devrait entrer en vigueur en janvier 2014 !

Une plus grande fragmentation des réglementations

"L'industrie financière est l'un des secteurs les plus mondialisés. Or elle est très loin de bénéficier d'une réglementation internationale, structurée et équilibrée. Il y a le projet Volcker aux Etats-Unis, le projet Vickers au Royaume-Uni, le rapport Liikanen, un projet de loi en France, et maintenant un autre en Allemagne...", s'étonne Markus Beumer, membre du comité exécutif de la Commerzbank, la deuxième banque d'Allemagne. "Devons-nous vraiment aller vers une plus grande fragmentation des réglementations ? Il aurait mieux valu avoir une réglementation européenne plutôt que française", a regretté Xavier Musca, directeur général délégué du groupe Crédit Agricole, auditionné mercredi par la Commission des finances du Sénat sur le projet français de loi bancaire.

La compétitivité des banques françaises en question

Le caractère pionnier de ce dernier, vanté par le gouvernement, n'est pas non plus du goût de Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas. "Nous sommes dans un monde ouvert. Je demande que les contraintes imposées aux banques françaises par la nouvelle loi s'inscrivent dans un cadre européen", a déclaré le patron de la banque de la rue d'Antin, mercredi, devant la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Son confrère Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale, s'est lui aussi inquiété de voir la France légiférer avant d'autres pays de la zone euro, alors qu'il "faut préserver la compétitivité des banques françaises."
De fait, bien que les projets de réforme bancaire français et allemand soient des versions édulcorées du rapport Liikanen, ils n'en risquent pas moins de renchérir les coûts de refinancement des activités de banque d'investissement des établissements français et allemands. Et, par conséquent, de diminuer leur compétitivité par rapport aux banques des autres pays de la zone euro.

Des promesses politiques à tenir

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Mais c'est compter sans les impératifs politiques. Il y a un an, lors de son discours du Bourget, François Hollande - alors candidat à la présidentielle - avait fait du combat contre "la finance sans visage" l'une des principaux axes de sa campagne électorale. Difficile de ne pas tenir une promesse à l'écho aussi populaire. En Allemagne, Peer Steinbrück, l'adversaire social-démocrate d'Angela Merkel aux législatives de septembre 2013, joue, lui aussi, sur le registre de la défiance de l'opinion publique à l'égard des banques. L'homme réclamant une séparation stricte entre les activités de détail et celles de marché, il n'était guère aisé, pour la chancelière allemande, de ne pas y aller de son propre projet de réforme.

Christine Lejoux

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