La Suisse s'apprête à voter contre les rémunérations excessives de ses patrons

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L'ancien président de Novartis, Daniel Vasella. Copyright Reuters
L'ancien président de Novartis, Daniel Vasella. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Dimanche, les Suisses sont appelés aux urnes pour se prononcer sur le renforcement des droits des actionnaires afin d'empécher le versement de salaires et de bonus trop élevés aux dirigeants. Les sondages donnent le oui favori

Les Suisses sont en colère contre leurs patrons. Et veulent leur faire savoir. L?histoire débute en février 2008. Thomas Minder, président du conseil d?administration d?une PME de cosmetique - devenu en 2011 député fédéral sans étiquettes - dépose alors une initiative populaire - devenue depuis ?initiative Minder? - avec plus de 118.000 signatures  pour que les actionnaires votent les rémunérations des administrateurs et des managers. Dans la loi suisse, cela appelle à une votation : un réferendum sur le sujet évoqué.

Le pouvoir aux actionnaires

Cinq ans pluis tard, après que le Parlement a tenté plusieurs fois de bloquer le projet, , les Suisses se prononceront donc ce dimanche 3 mars sur cette initiative. Celle-ci donne aux actionnaires le pouvoir de décider, en assemblée générale, du montant global des rémunérations qui sera accordé au conseil d?administration, à la direction, et au comité consultatif. Ces rémunérations seraient évaluées et soumises par un conseil de rémunération indépendant de la direction. Elle interdit également toute indemnité de départ (les ?golden parachutes?) ou d?arrivée, ou prime en cas de rachat d?entreprises. Elle ne concerne que les sociétés côtées, dans lesquelles les rémunérations ?ont littéralement explosé?, argumentent ses partisans, ?des salaires de plusieurs millions étant devenus le standard?. Le oui pourrait l?emporter. 64% des Suisses accepteraient l?initiative selon les derniers sondages.

Un oui encouragé par l'ex-patron de Novartis

Il faut dire que cette votation a lieu dans un contexte favorable. Mi-février, face à la pression de l?opinion publique, l?ancien président du conseil d?administration de Novartis, Daniel Vasella, avait du renoncer à sa prime de départ de 72 millions de francs suisses, pour clause de non-concurrence. Et il n?est pas le seul à être montré du doigt dans le pays qui accueille une population des plus prospères en Europe. ?Même si les Suisses gagnent pas mal d?argent et ont un salaire moyen élevé, nous avons aussi un fort sentiment traditionnel sur ce qu?est une bonne methode de gouvernance?, commentait Thomas Minder dans une interview au quotidien britannique The Independant.

?Cette votation fait beaucoup parler d?elle, avec un débat très émotionnel?, estime Frédéric Robert-Nicoud, professeur d?économie à l?université de Genève. ?C?est une affaire de riches, d?ailleurs les syndicats ne s?y sont pas trompés, puisqu?il s?agit de donner du pouvoir aux actionnaires et pas aux salariés?.

Un danger pour l'attractivité suisse ?

Malgré cela, le monde des affaires, rejoint essentiellement par les partis de droite (chrétiens-démocrates, verts-libéraux et union démocratique du centre), s?est rapidement érigé contre l?initiative Minder. La fédération des entreprises, EconomieSuisse, s?est élevée contre ce texte qui ?ne favoriserait pas l?implantation de sociétés cotées en Bourse ni les investissements de ces entreprises en Suisse?, et qui pourrait provoquer la fuite de certaines entreprises hors du pays. ?La Suisse ne perdrait pas seulement des recettes fiscales importantes mais aussi de nombreux emplois, tandis que les PME seraient privées de nombreuses commandes?, s?inquiete-t-il.

?Ce n?est pas un grand danger pour l'attractivité de la Suisse?, juge Frédéric Robert-Nicoud. Les entreprises concernées sont certes des multinationales, qui vont embaucher leurs dirigeants sur un marché international. Mais ?cette initiative règle un problème de gouvernance, et c?est plutôt une bonne nouvelle pour l?économie suisse?.

Un contre-projet si le non l?emporte

Si le ?non? l?emportait dimanche, un contre-projet entrerait en vigueur dès lundi matin. Il reprend une grande partie des mesures de renforcement des contrôles des rémunération du texte de l?initiative. Les actionnaires, comme dans le cadre de l?initiative, se prononceraient annuellement sur le montant global de la rémunération des membres du conseil d?administration. Mais primes d?arrivée et de départ devront être approuvées par une majorité des deux-tiers de l?assemblée générale. Le vote des actionnaires interviendrait sur une proposition de rémunération venant de l?entreprise.

Les opposants à l?initiative soutiennent ce contre-projet. ?Cela rajoute des complications et des contraintes, de la paperasse, explique Frédéric Robert-Nicoud, tous les ans le conseil d?administration doit être réélu?.

Si l?initiative est votée, un projet de loi respectant les principales dispositions du texte devra être proposé dans l?année.

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a écrit le 07/03/2013 à 18:13 :
Quelle histoires franchement. Ils n'ont pas tord de faire diminuer les rémunérations des Grands patrons, nous devrions faire de même en France à fin de minimiser les faillites des entreprise de taille assez grandes.
a écrit le 03/03/2013 à 14:20 :
C'est vrai que l'actionnaire dans ces grands groupes ne se fait plus entendre, et que si les managers doivent avoir intérêt à la progression des résultats, on se demande bien quel est le rationnel de ces rémunérations annuelles à 6 zéros, quand le cours de l'action se situe au même niveau qu'à la fin des années 90, et que les dividendes sont identiques à ceux dulivret A. Plus de la moitié des sociétés du CAC 40 est concernée, à commencer par toutes les sociétés dans lesquelles l'état a des participations qui ne cessent de fondre comme neige au soleil (pour mémoire, les participations de l'état valent moins qu'une annee d'augmentation du déficit...55 milliards au 01/01/2013..).
a écrit le 03/03/2013 à 12:54 :
En France nous ne risquons plus d'avoir un référendum. Je me demande si ils ne vont pas retirer le mot du dico. Et redéfinir le mot dictature par : application de la démocratie par ceux qui l'implose.
a écrit le 03/03/2013 à 12:48 :
C'est sur les dirigeants n'y changent rien, regardez chez nous en France. Heu... , non pas ça c'est un mauvais exemple. Mais heu... , il y a des exemples, heu, y en a, y en a... , heu. Tiens l'URSS heu non ça c'est pas un bon exemple, la Libye ah voilà un exemple qu'il est bon. A on parle des entreprises c'est pas pareil ah bon... , alors ce serait uniquement la malchance qui ferait que certaines gagnent des fortunes et d'autres sont à vendre pour des euros très symboliques ? Je sais pas je cherche.
a écrit le 03/03/2013 à 9:37 :
Nul n'a besoin de gagner 25000 euros par jour pour bien travailler.
a écrit le 02/03/2013 à 19:37 :
De toutes façons tous les patrons sont des voleurs et des méchants et devraient travailler gratis. C'est déjà bien de les laisser travailler !!!!! N'est-ce pas ce que veut notre cher gouvernement ?
a écrit le 02/03/2013 à 15:33 :
La valeur d'un dirigeant n'a pas de rapport avec son niveau de rémunération. Le manager de l'année Ratan Tata est la pour le montrer.
a écrit le 02/03/2013 à 14:57 :
Quand donc la France, à l'image de la Suisse, deviendra-t-elle une vraie démocratie ?
a écrit le 02/03/2013 à 12:17 :
C'est la moindre des choses que les actionnaires choisissent le salaire des patrons qui sont leurs employés, non ? C'est un début, mais il faudrait aussi limiter le bonus des traders, qui pourrissent l'économie Suisse avec leurs pertes énormes chez UBS et Crédit Suisse, qui ont dues être sauvées avec de l'argent public.
a écrit le 02/03/2013 à 7:52 :
Quand les Français pourront-ils enfin bénéficier d'un système de vote leur permettant de décider par eux-même les lois qui les concernent sans passer par des intermédiaires, ces élus qui nous coûtent cher, en toute inutilité
Réponse de le 02/03/2013 à 10:27 :
pffff...que de mauvaise foi ...
en france , le gvt a voulu faire pareil , et tous les umpistes ont crié au scandale... quand est ce que le francais arretera de retourner sa veste?? ?
zut !
a écrit le 01/03/2013 à 22:02 :
Il s'agit purement d'un titre très démagogique car au lieu que ce soit le conseil d'administration qui décidera de la rémunération des patrons, on fait passer la compétence aux actionnaires mais il ne s'agit en aucun cas d'une limitation de la rémunération des patrons, comme voudrait le faire croire les socialistes qui ont des démangeaisons au regard des sommes versées au patron qui sont stables dans le temps. Pour la petite histoire le Dr Vasella s'est vu offir 150 millions par une boite concurrente, il est à la tête de Novartis plus de 100'000 employés un cactions de 126 milliards de dollars, un can de 50 milliards un bénéfice net de 9,9 milliards !
a écrit le 01/03/2013 à 19:17 :
Et ont-ils prévu quelque chose pour les rémunération excessives des footballeurs, acteurs de cinéma ou chanteurs de variétés ?
Réponse de le 01/03/2013 à 19:41 :
Non: peu de candidats à des rémunérations excessives dans ces catégories en Suisse...
Réponse de le 03/03/2013 à 18:51 :
Les suisses appliquent un principe pourtant inscrit dans les textes de l'union européenne la subsidiarité lequel veut qu'on s'efforce de décider au niveau local avant de soumettre les choix au niveau plus global , il semble ainsi que les cantons ont des choix fiscaux différents liés bien sur à l'avis des citoyens ; récemment nos jacobins ont élargi leurs ambitions mais cette fois ci ils ont rencontré de la résistance aux augmentations délirantes demandées par la buraucratie européenne provoquant une réaction tout aussi excessive du budget de l'union ; fruit de cette démocratie des petits pas nous pouvons observer comment les suisses gérent leur réseau routier(routes et autoroutes) et comparer ; la différence avec nous c'est que les politiques suisses d'opinions opposées ne défont pas forcément ce qu'ont fait les précédents tout simplement parce qu'ils prennent le temps de débattre et consulter leurs électeurs , alors que chez nous les politiques ne font que nous dire que le référendum n'est pas constitutionnel quand il est demandé ; quand à l'italie maintenant elle est confrontée à cette conception étriquée de la démocratie représentative alors qu'ils ont obtenu des résultats d'élection équilibrés propres à une vraie démocratie ; c'est à leurs politiques de mettre au point des orientations acceptables par toute la population et qui préparent un avenir positif pour le pays , ce qui veut dire ne pas se cantoner aux partis majoritaires et aussi tenir compte des électeurs citoyens ; l'italie a des atouts encore faut il que les politiques retirent leurs oeillères ; le résultat du vote suisse que nous ne pouvions prévoir à l'avance est annonçé et nous ne pouvons que nous en réjouir ; en somme nous avons devant nous la démocratie directe suisse et la démocratie représentative italienne quel va être le prochain épisode , les paris sont ouverts ...
a écrit le 01/03/2013 à 19:05 :
Même les actionnaires sont des communistes qui ne veulent pas qu'on s'enrichisse sans vergogne ! Mais dans quel monde vit-on !
a écrit le 01/03/2013 à 18:21 :
même les suisses, gens posés et raisonnables, s'insurgent contre les salaires exorbitants des grands patrons, on croit rêver. Peut être que ces malheureux patrons, soutenus au demeurant par le parlement suisse, ce qui en dit long sur sa dépendance à la haute finance, vont ils agiter le spectre de la délocalisation de leurs entreprises , menace suprême s'agissant des banques suisses. Comme il est dit dans l'article, peut être de façon ironique, cette décision va avoir des conséquences sur l'économie suisse et l'emploi puisque elle freinerait l'implantation de grands groupes côtés en bourse et les investissements étrangers. Tout ceci est dramatique pour ces "pauvres riches" qui ne pourront plus se gaver en toute tranquilité. Les actionnaires sont à présent devenus des bolchéviques. A quand l'expropriation des biens de ces pauvres malheureux.
Réponse de le 01/03/2013 à 19:46 :
Les cercles dirigeants de la banque et de la grande industrie ont évidemment fait pression sur le parlement pour tenter de bloquer l'initiative Minder... mais une estimation réaliste des chances d'aboutissement de ladite a incité les politiciens responsables à générer le contre-projet qui en est une variante d'application plus aisée. Dans tous les cas, après la date de la votation, les actionnaires verront leur pouvoir augmenter considérablement et les rémunérations abusives se raréfier. Sans que cela ne doive influer sensiblement sur les performances de l'économie helvétique.
Réponse de le 02/03/2013 à 11:03 :
@Celthic
Les propriétaires de toute entreprise cotée en bourse sont les actionnaires.Le dirigeant n'est qu'un employé comme un autre.
Réponse de le 03/03/2013 à 15:25 :
@celthic: Cela me paraît normal de ne pas verser des sommes faramineuses à des dirigeants dont l'entreprise ne gagne pas d'argent, voire en perd !! et comme le dis Jeannot Lapin, "Le dirigeant n'est qu'un employé comme un autre."

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