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Pourquoi le capital-risque français prend de moins en moins de... risques

Christine Lejoux

Publié le 27 mars 2013 à 05:32

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Sur les 351 millions d'euros investis par le capital-risque français, au second semestre 2012, 5% seulement ont été consacrés à du financement d'amorçage, la majorité des capital-risqueurs préférant les sociétés les plus matures, selon l'indicateur Chausson Finance.

Le capital-risque français mérite-t-il encore de s'appeler ainsi ? On peut en douter, à la lecture de l'indicateur publié le 27 mars par la société de conseil en levées de fonds Chausson Finance. Sur les 351 millions d'euros investis par les sociétés françaises de capital-risque, au second semestre 2012, près des trois quarts (71%) sont allés, non pas à de toutes jeunes start-up, mais à des entreprises qui en sont au moins à leur deuxième levée de fonds. Un an plus tôt, cette proportion n'était encore « que » de 64%.

A l'opposé, les investissements d'amorçage, plus risqués car destinés à financer les dépenses préalables à la création d'une société - comme la recherche-développement, les études de marché, etc. -, n'ont pas excédé 18 millions d'euros. Un montant qui représente 5% seulement du total de 351 millions d'euros investi par le capital-risque, contre 8% un an plus tôt.

« Un capital-risque davantage fait pour financer des ETI que de futurs Google »

« Les investissements d'amorçage sont au plus bas depuis dix ans », précise Christophe Chausson, président-fondateur de Chausson Finance. Et de reconnaître : « Les investisseurs privilégient les sociétés les plus matures et celles qui se trouvent déjà dans leurs portefeuilles. Notre industrie française du capital-risque est davantage faite pour financer des ETI (entreprises de taille intermédiaire) que de futurs Google. »

De la même façon, si le secteur de l'Internet concentre 28% des investissements des capital-risqueurs, ce qui en fait le domaine d'activité préféré de ces derniers, pour la deuxième année consécutive, c'est parce qu'il est devenu une valeur sûre. Aujourd'hui, nombre de sociétés Internet ont en effet démontré leur capacité à générer un chiffre d'affaires élevé, à dégager une forte rentabilité et, donc, à offrir aux fonds de « venture capital » de belles perspectives de plus-values, lors de la cession de leurs participations.

La faute à Bâle III et à Solvabilité II

Pourquoi le capital-risque n'ose-t-il plus prendre de risques, précisément ? Parce que, dans un contexte d'assèchement de leurs sources de financement, les sociétés françaises de « venture » sont contraintes de rentabiliser davantage et plus vite leurs investissements. L'objectif : garder leurs actionnaires en leur retournant plus régulièrement du cash, voire en séduire de nouveaux. Ce qui n'est pas une mince affaire, tant les investisseurs - institutionnels comme particuliers - se détournent du capital-risque français, depuis deux ans environ. La faute à Bâle III et à Solvabilité II, d'abord. Ces nouvelles réglementations, qui imposent aux banques et aux assureurs - traditionnels pourvoyeurs de capitaux du « venture » - de détenir davantage de fonds propres en face d'actifs jugés risqués, a porté un rude coup à leurs investissements dans les fonds de capital-risque.

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Ensuite, la fiscalité des FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) et des FIP (fonds d'investissement de proximité) est devenue moins avantageuse pour les particuliers. La réduction d'impôt sur le revenu dont bénéficient les souscripteurs de ces produits a été ramenée de 25% à 22% en 2011, avant d'être de nouveau abaissée, à 18%, l'an dernier. Cerise sur le gâteau, les nouvelles mesures fiscales pour 2013 ont intégré les FCPI et les FIP dans le plafonnement global des niches fiscales, à 10.000 euros.

Les fonds d'entrepreneurs à la rescousse

« A défaut d'une fiscalité stable et attractive, les FIP et les FCPI, qui représentent 50% des ressources du capital-risque en France, seront malheureusement peu à peu asphyxiés. Il en va de la survie du financement de l'innovation », ont alerté Louis Godron, président de l'Afic (Association des investisseurs pour la croissance) et Henri de La Porte du Theil, président de l'AFG (Association française de la gestion financière), le 13 février, à la faveur de la publication de la collecte annuelle des FIP et des FCPI.

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Collecte qui s'est limitée à 646 millions d'euros en 2012, soit une chute de 15%. Dommage car, selon Christophe Chausson, « la vitalité de la création d'entreprises ne se dément pas. » Heureusement, les fonds créés par des entrepreneurs à succès, comme Marc Simoncini ou Xavier Niel, respectivement fondateurs de Meetic et d'Iliad, maison-mère de Free, commencent à prendre le relais du capital-risque.

Christine Lejoux

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