Financement des PME : pas si simple de se passer des banques...

 |   |  652  mots
Les PME françaises se financent à hauteur de 90% auprès des banques. Copyright Reuters
Les PME françaises se financent à hauteur de 90% auprès des banques. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
La désintermédiation, c'est-à-dire le passage d'une économie d'endettement à une économie de marchés financiers, prendra « des années, en Europe », selon Standard & Poor's. Il y a pourtant urgence, la future réglementation dite de Bâle III menaçant le financement bancaire.

La désintermédiation ne va pas de soi. Ce mouvement - qui consiste, pour les entreprises, à se financer sur les marchés de capitaux plutôt qu'auprès des banques - « prendra des années en Europe », estime l'agence de notation Standard & Poor's (S&P), dans un rapport publié ce mardi. Et pourtant, il y a urgence. « Les marchés financiers doivent prendre le relais du financement bancaire, menacé par Bâle III », rappelait Louis Gallois, commissaire général à l'investissement, le 17 avril, lors de la conférence annuelle de l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance).

De fait, en leur imposant de détenir davantage de fonds propres en face d'engagements jugés particulièrement risqués, la future norme dite de Bâle III devrait conduire les banques à consentir moins de crédits. Un enjeu de taille pour les entreprises européennes, qui, contrairement aux sociétés américaines, se financent massivement (à hauteur de 70%) auprès des banques. Une proportion qui grimpe à 90%, dans le cas des PME et des ETI. Ce qui fait dire à S&P que « chercher des financements au-delà du circuit bancaire traditionnel implique une évolution radicale des mentalités (des ETI européennes). »

Des investisseurs trop gourmands

Ces dernières font des efforts. Elles sont de plus en plus nombreuses à expérimenter de nouvelles sources de financement, comme le marché obligataire. « La quasi-totalité des secteurs d'activité émet aujourd'hui sur le marché européen du high-yield (obligations à haut rendement) », indique la société de gestion Edmond de Rothschild Asset Management (Edram).
En février dernier, le français Loxam, une entreprise familiale spécialisée dans la location d'équipement pour le BTP, avait ainsi placé 300 millions d'euros de titres spéculatifs, à un taux de 7,375%, afin de diversifier ses sources de financement. « La demande est là car les investisseurs sont friands de rendement », explique Edram. Tellement friands que, « dans bien des cas, les PME et les ETI européennes considèrent que les taux d'intérêt réclamés par les investisseurs institutionnels sont trop hauts », alerte S&P.

La cherté des opérations

Et, « même lorsque les taux sont acceptables, ils demeurent plus élevés que ceux des crédits bancaires », regrette un patron de PME qui, lui, a récemment procédé à un placement privé, une technique de levée de fonds auprès d'investisseurs institutionnels, sans appel public à l'épargne, très développée aux Etats-Unis, mais encore embryonnaire dans l'Hexagone. A quoi s'ajoutent les frais d'avocats et autres cabinets conseils présents sur ce type d'opérations : « Cela a représenté un surcoût de 0,20 à 0,25 point par rapport au taux d'intérêt du placement », précise Laurent Bernasse, directeur financier du groupe d'agroalimentaire Soufflet, qui avait émis fin 2012 pour 100 millions d'euros d'obligations, au taux annuel de 4,25%, dans le cadre d'un placement privé. Cette opération « nous a coûté cher, trop cher », estime Laurent Bernasse.

La Bourse des PME en question

Un propos qui fait immanquablement songer à la désillusion de nombre de dirigeants de PME et d'ETI à l'égard de la Bourse. « L'opportunité d'une introduction en Bourse, en termes de coûts et de bénéfices, est devenue un véritable sujet d'interrogation pour les chefs d'entreprise », confirme Fabrice Demarigny, président du Comité d'orientation stratégique (COS), mis sur pied par Nyse Euronext pour réfléchir à la création d'une Bourse des PME, souhaitée par le gouvernement. Mais où en est ce projet, après plus des mois de tergiversations ? « J'espère que les Assises de l'entrepreneuriat, la semaine prochaine, seront l'occasion de faire une annonce à ce sujet », indique Fabrice Demarigny. A qui des « éléments d'informations » laissent par ailleurs « croire » que le projet de PEA PME, également promis par le gouvernement pour faciliter l'accès des PME et des ETI aux marchés financiers, « se fera. »

 


 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/04/2013 à 15:43 :
Le comble de turpitude est aux commandes. La désintermédiation n'est rien d'autre que la défausse du Risque par ceux dont cela a été le métier traditionnel depuis des lustres. Cette défausse est fondamentalement turpide, même si l'a-moralisme remplace l'immoralisme dans les affaires. Les Banques ont évolué en mal au motif d'une rentabilité attaquée par la politique de l'argent facile des politiques. C'est le big bang de Reagan et Thatcher pour la création de valeur et de croissance. Les dérégulation et désintermédiation ont gonflé et disséminé la liquidité, remplaçante de la solvabilité. La cavalerie financière institutionnalisée a produit d'abord des cycles de bulles puis le krach de mi-2007 et la crise, toujours à l'oeuvre 6 ans après. Désintermédier, c'est mutualiser dans le public les risques que montent et sortent de leur bilan les banques, en les titrisant en produits fourgués à leurs déposants dans une opacité glauque diabolique. S'inquiéter des bilans des banques taît les milliards ou trillions d'actifs, hors bilan, ( fonds et véhicules dérivés ) "vendus" à la commission au chaland abusé. C'est le règne de la shadow banking. Etats et banques, dont banques centrales, tournent en rond en se mordant la queue, autour de l'issue à la crise et aux pertes phénoménales contenues dans les produits sophistiqués creux ou pourris ou toxiques qui circulent dans les marchés financiers. Les PME figurent bel et bien parmi les victimes de la désintermédiation provoquée par les dérégulation et désintermédiation, trentenaires déjà. Les banques bottent en touche après s'être défaussées du boulot.
a écrit le 23/04/2013 à 23:32 :
De toute façon même si une bourse des PME est créée qui ira y investir alors que maintenant, dividendes et plus values peuvent être taxés jusqu'à 60%. Les banques ne financent plus ou alors à des taux trop élevés, les particuliers ne placent plus leur argent en bourse car trop taxé (la prime de risque a disparu). Ne reste en effet plus que le marché obligataire, mais à quel prix? Pauvres PME qui représentent pourtant le tissu économique de la France.
a écrit le 23/04/2013 à 22:27 :
Pas si simple de se passer des banques, ce qui n'empêche pas les états de soutenir en permanence ces dernières sans qu'elles financent le moins du monde l'économie. Là encore, ça finira mal si nos politiques ne prennent pas leurs responsabilités.
Réponse de le 24/04/2013 à 10:05 :
L'Etat préfère avoir des banques florissantes (potes aux commandes) que des individus (anonymes) récompensés pour leurs investissements.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :