Enlèvements contre cryptos : les acteurs du secteur formés par le Raid et la BRI

Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a échangé vendredi 16 mai avec les professionnels des cryptoactifs.
LTD/Thomas Baron / Hans Lucas via Reuters Connect

Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a échangé vendredi 16 mai avec les professionnels des cryptoactifs.
LTD/Thomas Baron / Hans Lucas via Reuters Connect
« La réunion a été extrêmement concrète et efficace. » Les professionnels français des cryptoactifs sont sortis satisfaits de leur colloque extraordinaire, organisé par le ministère de l'Intérieur ce vendredi 16 mai à la suite de la série d'agressions, tentatives d'enlèvements et séquestrations sanglantes qui ont défrayé l'actualité ces cinq derniers mois en France.
Tandis que les détenteurs de cryptomonnaies — et leurs proches — sont devenus les cibles de bandits exigeant une rançon en cryptomonnaie en échange de leur libération, les pouvoirs publics se devaient de réagir. La dernière tentative d'enlèvement, avortée mais spectaculaire, mardi en pleine rue à Paris, a visé la fille et le petit-fils, mineur, du PDG de la plateforme d'échanges Paymium.
L'entretien, qui a duré 1 h 30, a donc réuni une quinzaine d'acteurs français représentés notamment par la principale association (Adan) ou encore Ledger frappé par l'affaire David Balland fin janvier, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau (en visioconférence), Laurent Nuñez, préfet de police de Paris, et les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie.
« Le ministre s'est montré très concerné, mobilisé, et très affecté par ce qu'il s'est passé. Il nous a affirmé qu'il voulait que la réponse à ce type de criminalité soit "intraitable", semblable à celle des dernières affaires retentissantes dans le trafic de drogues », relate l'Adan à La Tribune.
La réponse de l'État va s'organiser en plusieurs étapes. Le ministère de l'Intérieur a d'abord annoncé la mise en place d'un groupe de travail avec les acteurs de la filière crypto, en vue d'un plan d'action destiné à renforcer la sécurité d'un secteur en pleine croissance, mais encore vulnérable - notamment lors des pics de valorisation de la star des cryptos, le bitcoin.
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Sans donner de détails sur ces mesures, le ministère a évoqué une « collaboration renforcée » entre forces de l'ordre et professionnels du secteur avec notamment « un accès prioritaire au numéro d'appel d'urgence 17 » et une « consultation de sûreté de leurs domiciles par les référents sûreté de la police et de la gendarmerie nationales ».
Il sera proposé aussi aux professionnels de la filière ainsi qu'à leurs familles un « briefing sécurité » assuré par les unités d'élite d'intervention de la gendarmerie (GIGN) et de la police (Raid et BRI).
Autre besoin identifié par le secteur, celui d'augmenter les effectifs de forces de l'ordre dans le domaine de la cybersécurité. « L'enjeu se joue aussi sur la saturation des services d'enquête », expliquait un expert sécurité à La Tribune. Est ainsi prévue « une formation à la lutte contre le blanchiment des cryptoactifs délivrée aux policiers et gendarmes par le centre de formation cyber du ministère de l'Intérieur », écrit le communiqué du ministère. Aussi, il est prévu « la mise en place d'un double point de contact, avec le numéro 17 pour toute forme d'urgence et le commandement du ministère de l'Intérieur dans le cyberespace (ComCyberMI) ».
L'autre volet de la réponse judiciaire se déroulera à plus longue échéance. « C'est un premier jalon. Nous allons continuer de travailler dans les prochains mois avec les services des ministères de la Justice et Bercy. L'enjeu est de modifier certaines dispositions judiciaires et financières pour les élargir à notre profession », indique l'Adan. L'association participera aux travaux du groupe de travail piloté par le ComCyber MI, lancé à cet effet, afin d'élaborer un « plan d'action national ».
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Pour l'heure, de nombreux entrepreneurs sont plongés dans l'inquiétude. « La sécurité rapprochée, tels les gardes du corps, étaient autrefois réservés à une élite. Ce n'est plus une exception. C'est désormais une nécessité pour certains profils à haut risque dans la DeFi ou les grandes fortunes du Web3 », confie Sébastien Martin, fondateur de Raid Square. « On est dans un contexte en France où les données sensibles sont disponibles et où l'impunité règne. Il faut s'attendre à subir d'autres tentatives », prévient une autre figure du secteur.