L'or dépasse 3 500 dollars l’once, confirmant son statut de valeur refuge. La Fed pourrait baisser les taux, rendant l’or plus attractif. L’incertitude géopolitique et l’inflation renforcent encore l’achat d’or comme couverture.
L'or a franchi un nouveau seuil psychologique s'échangeant au-delà des 3 500 dollars l'once sur les marchés asiatiques ce mardi. Il confirme son statut de valeur refuge dans un climat économique et géopolitique mondial anxiogène.
Cette envolée spectaculaire, qui pulvérise notamment le record d'avril dernier, est la conséquence directe d'une accumulation d'incertitudes qui poussent les investisseurs à fuir le risque. Au cœur de cette ruée vers l'or se trouve la politique monétaire américaine. Les marchés financiers anticipent désormais avec une quasi-certitude une baisse des taux d'intérêt de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) lors de sa prochaine réunion des 16 et 17 septembre.
Le discours de son président, Jerome Powell, à Jackson Hole, a été interprété comme un signal en faveur d'un assouplissement monétaire pour soutenir un marché de l'emploi donnant des signes de ralentissement. Cette perspective affaiblit le dollar et réduit le coût d'opportunité de la détention d'or, le rendant mécaniquement plus attractif que les bons du Trésor dont les rendements baissent.
Cette anticipation est renforcée par un climat de défiance croissant quant à l'indépendance même de la banque centrale. Les pressions exercées par Donald Trump sur la Fed, notamment les tentatives de révoquer un de ses gouverneurs, sèment le doute sur l'autonomie de l'institution, considérée comme un pilier de la stabilité financière mondiale. Une Fed perçue comme politisée pourrait miner la confiance dans le dollar et, par ricochet, renforcer davantage le rôle de l'or comme ancre monétaire de dernier recours.
Un climat géopolitique et commercial qui incite à la prudence
Au-delà des considérations monétaires, le contexte international reste une source majeure d'inquiétude. Les conflits persistants en Ukraine et à Gaza, avec les risques de chocs énergétiques qu'ils sous-tendent, maintiennent un niveau de tension élevé. Les investisseurs intègrent dans leurs modèles un risque géopolitique durable qui favorise structurellement les actifs tangibles et décorrélés des marchés actions. Les performances en dents de scie des grands indices boursiers, que ce soit en Europe ou aux États-Unis, témoignent de cette frilosité ambiante.
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L'incertitude entourant la politique commerciale des États-Unis ajoute une couche de complexité. Une récente décision d'une cour d'appel fédérale, remettant en cause la légalité de certaines surtaxes douanières imposées par l'administration Trump, a ouvert une nouvelle boîte de Pandore. La perspective d'une bataille judiciaire qui pourrait remonter jusqu'à la Cour suprême prolonge une période d'instabilité pour le commerce mondial, pénalisant les entreprises exportatrices et favorisant les stratégies de couverture, dont l'achat d'or fait partie.
La persistance de l'inflation aux États-Unis et dans plusieurs grandes économies mondiales agit également comme un puissant catalyseur. Face à une érosion continue du pouvoir d'achat des monnaies fiduciaires, l'or joue pleinement son rôle historique de rempart contre la hausse des prix. Les investisseurs, qu'il s'agisse de grandes institutions ou de particuliers, cherchent à préserver la valeur réelle de leur patrimoine, et le métal jaune offre cette garantie séculaire.
Des impacts contrastés pour les entreprises et les épargnants
Cette flambée du cours de l'or n'est pas sans conséquences pour l'économie réelle. Pour les entreprises du secteur minier, l'heure est à l'euphorie. L'augmentation des prix de vente se traduit par une expansion spectaculaire de leurs marges bénéficiaires, une aubaine pour leurs actionnaires.
À l'opposé, les industries qui utilisent l'or comme matière première, telles que la joaillerie de luxe ou les fabricants de composants électroniques de pointe, subissent une forte pression sur leurs coûts de production. Cette hausse pourrait à terme être répercutée sur les consommateurs finaux.
Pour les particuliers, cette nouvelle poussée de fièvre aurifère met en lumière la pertinence de la diversification des portefeuilles d'investissement. La détention d'or physique (pièces, lingots) ou « papier » (via des fonds négociés en bourse ou ETF) est de plus en plus considérée non plus comme une simple spéculation, mais comme une assurance fondamentale contre les crises systémiques.
Toutefois, les experts appellent à la raison : bien que soutenu par des tendances de fond solides, le marché de l'or reste sujet à une forte volatilité et n'est pas à l'abri de corrections brutales si le sentiment de marché venait à s'inverser.