Comment les droits de douane de Trump poussent l'or vers de nouveaux records

L'or a dépassé un nouveau record la semaine dernière à 2 942,68 dollars.
Umit Bektas

L'or a dépassé un nouveau record la semaine dernière à 2 942,68 dollars.
Umit Bektas
Le précieux métal doré va-t-il enfin franchir la barre des 3 000 dollars ? Ce lundi, l'or s'échange autour des 2 900 dollars (2 903,42 à 16 heures), après avoir dépassé un nouveau record la semaine dernière à 2 942,68 dollars l'once.
« Nous sommes sur des performances assez inhabituelles, avec une augmentation de 32 % de l'once d'or entre le 1er janvier 2024 et la fin d'année. C'est rarement arrivé », commente Antoine Fraysse-Soulier, analyste des marchés chez eToro. Les raisons de l'ascension de la pépite dorée tiennent notamment à l'instabilité économique et géopolitique.
Un climat d'incertitude accentué ces derniers mois par les droits de douane de Donald Trump. Après avoir imposé des taxes de 10 % supplémentaires sur les produits chinois, le président américain a mis en place des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium pour tous les pays, effectifs à partir du 12 mars. Il souhaite également instaurer des droits de douane réciproques sur toutes les marchandises importées aux États-Unis. La date reste encore incertaine, mais l'administration américaine évoque le mois d'avril.
De quoi pousser les investisseurs à se ruer vers une valeur sûre. L'or est ainsi « soutenu par la demande de valeur refuge dans un contexte d'incertitude concernant les projets de tarifs douaniers du président Donald Trump et de crainte de guerres commerciales », commente dans une note John Plassard, spécialiste en investissement auprès de la banque privée Mirabaud.
D'autant que les tarifs douaniers américains devraient alimenter l'inflation, notamment aux États-Unis. Raison de plus pour pousser les investisseurs vers le métal jaune. « L'or est une couverture à long terme éprouvée contre l'inflation », commente John Plassard. Et c'est aussi un actif de diversification, ce qui permet de réduire les risques de perte. « De nombreux investisseurs diversifient leur portefeuille avec de l'or via des ETF ou de l'or en CFD [produit dérivé permettant de spéculer sur le prix de l'or, sans être propriétaire de la marchandise, NDLR] », complète Antoine Fraysse-Soulier.
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Pour se prémunir face aux droits de douane et à l'instabilité plus globalement, il n'y a pas que les investisseurs qui trouvent refuge vers l'or, les banques centrales également. En 2024, leurs avoirs en or ont atteint plus de 1 000 tonnes, pointe les chiffres du World Gold Council.
« Entre 2000 et 2024, elles ont accumulé 27 000 tonnes d'or. C'est le rythme d'accélération le plus rapide de l'histoire », note Antoine Fraysse-Soulier. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2025 : « La demande d'or des banques centrales, actuellement supérieure à la moyenne, ne semble pas près de s'arrêter », indique John Plassard.
Mais ce sont surtout les banques centrales émergentes qui se prémunissent contre l'instabilité géopolitique. « Le regain des tensions géopolitiques peut inciter certaines banques centrales émergentes à rechercher une diversification de leurs réserves de change en faveur de l'or et au détriment des actifs libellés en dollars », pointe dans une note la Banque de France. Parmi celles qui en achètent le plus : la Banque populaire de Chine. Pékin a ainsi augmenté ses réserves de 44,17 tonnes en 2024, toujours d'après le World Gold Council.
« La banque centrale chinoise est celle qui achète le plus d'or parmi toutes les banques, elle veut être moins exposée au dollar dans ses réserves », explique l'expert d'eToro. Une envie de moins dépendre du dollar partagée par de plus en plus de pays émergents, comme l'Inde ou encore le Brésil. D'après les chiffres du FMI, la part du dollar dans les réserves des banques centrales a diminué de 58,2 % rien qu'au deuxième trimestre 2024.
Pékin a par ailleurs autorisé les assureurs chinois à placer 1 % de leurs actifs dans l'or. Ce qui représente 27 milliards de dollars américains. « Aux prix actuels, cela représenterait environ 290 tonnes d'or et pourrait accroître les pressions à la hausse sur les prix de l'or d'environ 15 % », pointe une note d'Allianz Trade parue vendredi dernier.
À la question de savoir si le cours de l'or va bientôt dépasser les 3 000 dollars l'once, la réponse reste cependant tempérée. « La hausse initiée mi-décembre pourrait se poursuivre pour atteindre » ce seuil, avance John Plassard dans sa note, en précisant qu'il reste difficile de donner une prévision exacte. « Une escalade militaire et/ou dans la rhétorique du président Trump pourrait bien évidemment doper ces prévisions », ajoute-t-il.
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Pour Antoine Fraysse-Soulier, les 3 000 dollars représentent un « seul psychologique ». « Nous pouvons les atteindre, mais excéder ce niveau de manière franche à court terme sera plus difficile. La barre autour des 2 000 dollars avait déjà été difficile à dépasser », note-t-il. L'expert souligne d'autre part que des accords de paix au Moyen Orient ou en Ukraine pourraient également freiner cette dynamique : « Le statut valeur refuge du métal en prendrait alors un coup. »