En moins de deux mois, l’environnement économique a radicalement changé aux Etats-Unis, passant d’un atterrissage en douceur à un risque de récession. La Réserve Fédérale devra intégrer cette nouvelle donne alors même que l’inflation reste élevée et que la guerre commerciale risque de créer de nombreuses perturbations.
Le président des États-Unis, Donald Trump, et le président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell sont au moins d'accord sur un point : pas question de sacrifier leur cap respectif pour sauver les marchés. Ces derniers l'ont bien compris, en clôturant mardi en baisse à Wall Street, les principales valeurs Tech en tête, comme Nvidia ou Tesla. En un mois, l'indice S&P 500 a baissé de 7 % et l'indice Nasdaq des valeurs technologiques de 12,6 %. Ce n'est pas un krach, mais la correction est sévère. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a tenté de rassurer lundi par un « détendez-vous, les corrections sont saines ! ».
Après avoir décidé une pause dans son cycle de baisse des taux en janvier, la Fed devrait donc opter à nouveau pour un statu quo ce mercredi à l'issue de son comité de politique monétaire (FOMC). Les raisons en sont toujours les mêmes : des chiffres d'inflation mitigés, au-dessus de la cible de 2 %, et une impossibilité de se faire une idée sur les conséquences de la politique commerciale de Donald Trump.
Trois baisses de taux en 2025
De l'avis général, il n'y a que peu de chances d'un « Powell put » en référence à l'idée qu'une chute brutale de Wall Street inciterait la Fed à baisser ses taux plus rapidement que prévu. C'est notamment ce qu'avait fait Alan Greenspan alors patron de la Fed lors du krach d'octobre 1987. Dans les « dots » de janvier, la Fed avait cependant indiqué qu'elle pourrait ralentir son rythme de réduction de son bilan (« resserrement quantitatif » ou QT).
Quant à Donald Trump, il a balayé d'un revers de la main sur le plateau de Fox News la moindre inflexion de sa politique tarifaire pour éviter une récession, laissant donc les investisseurs individuels livrés à eux-mêmes. Pourtant, de nombreux commentateurs avaient longtemps estimé que le principal garde-fou du président Trump était l'indice S&P 500.
Ce statu quo de la Fed attendu par les marchés ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé depuis la dernière réunion du 29 janvier. Au contraire. L'environnement économique aux États-Unis s'est singulièrement dégradé et le récit des marchés s'est brutalement assombri, passant d'une croissance toujours résiliente en 2025 à un risque de récession ou de stagflation. Du coup, en l'espace d'un mois, les anticipations des marchés sont passées d'une seule baisse des taux de la Fed en 2025 (voire aucune baisse) à désormais trois baisses de taux de 25 points de base pour atterrir sur une fourchette comprise entre 3,5 % et 3,75 % en fin d'année. L'ajustement n'est pas anodin.
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