Les énergies fossiles ont coûté 90 milliards à BlackRock

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(Crédits : Shannon Stapleton)
Pour avoir trop misé sur le pétrole et le gaz, le premier gestionnaire d’actifs au monde a perdu 90 milliards de dollars en 10 ans.

« Les cordonniers sont les plus mal chaussés », rappelle le dicton populaire. BlackRock, premier gestionnaire d'actifs au monde, dont le portefeuille représente 5.500 milliards de dollars, alerte régulièrement sur la médiocre prise en compte par les investisseurs du risque climat. Son patron Larry Fink se présente d'ailleurs comme un financier progressiste, comme en témoigne la lettre qu'il avait adressée en janvier 2018 aux dirigeants des entreprises dont BlackRock était alors actionnaire, les invitant à travailler plus activement pour le bien de la société.

La "tragédie des horizons", ou l'opposition entre court et long termes

Son souci quant à la prise en compte du risque climat est partagé de longue date par le gouverneur de la Banque d'Angleterre et président du Conseil de stabilité financière Mark Carney, qui avait le premier pointé ces risques dans un discours resté célèbre intitulé : « Briser la tragédie des horizons », prononcé en septembre 2015 en amont de la COP21.

Il y préconisait de jeter un pont entre les intérêts de la finance à court terme et à long terme, aujourd'hui opposés. Mark Carney a récemment estimé à 20.000 milliards de dollars la valeur des « actifs échoués » (stranded assets), qui ne trouveront jamais leur rentabilité, en raison du changement climatique.

Mais, à en juger par les enseignements d'une récente étude de l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), BlackRock ne semble pas s'être suffisamment appliqué ce conseil à lui-même...

La faute aux fonds indiciels ?

Investisseur numéro un dans le charbon et numéro trois pour le pétrole et le gaz du fait de son poids, il a notamment souffert des déboires de General Electric et plus encore de la faillite du géant du charbon, Peabody. Au total, les pertes liées à ses investissements dans des entreprises telles que Exxon, Chevron, Shell ou BP auraient fait perdre au gestionnaire d'actifs pas moins de 90 milliards de dollars.

À l'inverse, seulement 0,8% de son portefeuille (52 milliards de dollars) sont aujourd'hui placée sur des fonds sociaux ou environnementaux.

L'IEEFA voit plusieurs causes à cette contre-performance : pour la majorité de ses actifs sous gestion (4.300 milliards sur un total de 6.500), BlackRock investit via des fonds indiciels et n'a donc pas de relation directe avec les entreprises concernées.

Actionnaire de la moitié du CAC 40

Par ailleurs, 6 des 18 membres de son Conseil d'administration sont d'anciens dirigeants d'entreprises de ce secteur telles qu'Halliburton, General Electric ou BP. Mais l'étude note également que le gestionnaire d'actifs n'a soutenu que 10% des résolutions portant sur le climat qui ont été présentées lors des assemblées générales des entreprises dont il est actionnaire. Présent au capital de 40% des entreprises américaines et de près de la moitié de celles du CAC 40, il pourrait pourtant jouer un rôle de sensibilisation essentiel sous le mode de l'activisme actionnarial.

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Commentaires
a écrit le 12/08/2019 à 0:30 :
Les 90 milliards doivent rentrer dans les 20000 milliards d'actifs échoués de Carney.Black Rock accuse les pertes peu à peu.
a écrit le 11/08/2019 à 1:05 :
Pour un peu, on en pleurerait d'émotions. Pensez donc, le PDG un financier progressiste. C'est pas bien ce que vous faites au climat. Un jour vous serez puni. Ça fait bien, ç'est tendance...
Et surtout faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais en continuant ss vergogne à financer les pires car sinon leurs copains du CA me remonteraient les bretelles. Tout ça vaut bien qcqs dizaines de mds, une paille comme le montre Churchill. Bref Black Rock ç'est pas encore Green Valley...
a écrit le 11/08/2019 à 0:25 :
IMHO, la stratégie de BlackRock mérite un petit détour par 1973 (et sa "crise du pétrole").
Pour mémoire, les membre de l'OPEP ont, après une période d'embargo, quadruplé le prix du pétrole brut. Grosse panique dans les économies… Puis…. les choses se sont tassées. En partie parce que des sources "non OPEP" sont devenues rentables, et en partie parce que les industries et leurs produits sont devenus plus économes en pétrole. La panique a changé de sens, et les prix du pétrole ont baissé. Dans le but de nous rendre à nouveau "accros".
De nouveau, l'évolution technique menace les "marchands d'énergie", entre éclairage à led (en attendant les lasers à point quantique), panneaux solaires (au silicium, en attendant les perovskites) et batteries (au lithium, en attendant le sodium ou l'aluminium). Plus les progrès potentiels sur les véhicules hybrides ( les vrais, à récupération d'énergie - mais pas les voitures électriques, qui ne font que délocaliser la pollution comme la consommation d'énergie fossile). C'est un mouvement de masse qui commence (et les gouvernements n'en sont guère que les mouches du coches, et font leur possible pour y injecter de la centralisation).
En investissant, ils espèrent probablement nous noyer sous l'énergie fossile, et arrêter le mouvement qui réduirait notre dépendance. Mais visiblement, cette fois ci c'est en train de rater.
Tant mieux.
a écrit le 09/08/2019 à 14:05 :
grâce à ce genre de personnes, ne soyez plus inquiets, la transition écologique est arrivée, la bourse va flamber et nous finirons tous en poulets grillés, y compris le mutileur macron et tous ses sbires, ainsi que ses petits amis financiers....
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a écrit le 08/08/2019 à 21:45 :
Blackrock doit plus inciter ces entreprises qu il contrôle à investir dans les énergies renouvelables surtout en Afrique,là où tout reste à faire,cela évitera probablement une industrialisation polluante comme celle des pays développés
a écrit le 08/08/2019 à 16:47 :
Black Rock, c'est le financement des retraités Américains sur le dos des travailleurs à travers le Monde.
C'est une société qui investit pour obtenir des rendements si possible à 2 chiffres. Pour les entreprises sous contrôle Black Rock, c'est la saignée assurée et pour les personnels des conditions de travail qui ont à voir avec l'esclavage et le chômage.
a écrit le 08/08/2019 à 15:55 :
100/5500 = 2% de perte sur 10 ans
euh, sur un portefeuille equilibre, ca reste raisonnable, avec des coupons a 4%/an !
Réponse de le 08/08/2019 à 16:33 :
BIenvenu en UERSS, empire prévu pour durer mille ans dans lequel perdre 90 milliards ben "c'est pas bien grave hein..."
a écrit le 08/08/2019 à 15:54 :
Le pétrole de schiste américain est une pyramide de Ponzi. Tout le monde s'étonne de voir les prix du pétrole rester à des niveaux aussi raisonnables, alors que la ressource se raréfie. C'est parce que le pétrole américain est subventionné. Quand tout cela va s'écrouler, les prix de l'énergie risquent de remonter brutalement, entrainant une crise économique majeure.

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