Vers une bataille à 3 milliards d'euros pour la Bourse de Madrid ?

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(Crédits : Reuters)
L'opérateur de la Bourse de Zurich, SIX Group, a pris de vitesse celui de la Bourse de Paris en lançant une offre publique d'achat à 2,8 milliards sur l'espagnol BME. Une OPA jugée amicale sur laquelle Euronext pourrait surenchérir.

[Article mis à jour à 17h50]

Le Suisse a coupé l'herbe sous le pied du Français. L'opérateur de la Bourse de Zurich, SIX Group, a dévoilé ce lundi 18 novembre le lancement d'une offre publique d'achat à 2,8 milliards d'euros sur celui de la place de Madrid, BME. Ceci, quelques minutes après l'annonce par Euronext, l'opérateur, entre autres, de la Bourse de Paris, de discussions en cours avec BME. Il y a dix jours, le 7 novembre, le Pdg d'Euronext, Stéphane Boujnah, avait affirmé que le groupe ne discutait avec aucun autre opérateur boursier en Europe et n'avait soumis aucune offre, alors que des rumeurs de marché lui prêtant l'intention de lancer une offre sur BME avaient fait grimper le cours de l'action de l'opérateur espagnol.

L'action BME a bondi de près de 38% ce lundi à 35 euros, légèrement au-dessus du prix proposé par SIX (100 millions d'euros de plus), le marché semblant croire à ce stade à une faible probabilité de surenchère.

Euronext, l'opérateur paneuropéen qui exploite aussi les Bourses d'Amsterdam, de Bruxelles, de Dublin, de Lisbonne et d'Oslo, peut-il encore entrer dans le jeu ? La marge de manœuvre semble étroite. Le conseil d'administration de BME a déjà fait savoir qu'il considérait, de manière unanime, que l'offre était « amicale » et pourrait « refléter raisonnablement la valeur actuelle, d'un point de vue financier, des activités » du groupe espagnol. Le prix de 34 euros par action, entièrement en cash, représente une prime de 33,9% par rapport au cours de clôture du vendredi 15 novembre, de 44% et 48% par rapport à la moyenne pondérée des cours des trois et six derniers mois. C'est un milliard d'euros de plus que sa capitalisation de la mi-octobre, lorsqu'Euronext a dévoilé son plan stratégique comprenant un volet de croissance externe, avec la capacité de mobiliser « plusieurs milliards, plus de 2 milliards d'euros. »

Garanties sur l'emploi et la stratégie

Il n'y a pas que l'aspect financier qui séduit BME : les autres aspects cruciaux sont « industriels », à la fois stratégiques, opérationnels et sociaux. Le groupe suisse, non coté en Bourse et détenu par un pool de 125 banques, a pris de nombreux engagements, garantissant à BME de continuer à fonctionner « avec un degré suffisant d'indépendance » et de « conserver ses marques, son siège, ses bureaux et sa stratégie en Espagne pendant au moins une durée de transition de quatre ans », explique SIX dans son communiqué. L'opérateur de Zurich, qui a perdu son accès direct au marché de l'Union européenne cet été faute de reconduction d'un accord « d'équivalence directe » entre la Suisse et l'UE, le retrouverait grâce à BME, dont il veut faire son « hub de l'UE » pour le vaste marché de capitaux et de gestion d'actifs suisse, mais aussi sa plateforme vers l'Amérique latine. BME, qui opère aussi les Bourses de Barcelone, Bilbao et Valence, détient sa propre activité de compensation et des participations dans la Bourse du Mexique et la chambre de compensation colombienne.

« BME et SIX ont des modèles économiques comparables, intégrés verticalement, diversifiés et rentables, fonctionnant tout au long de la chaîne de valeur (pré-trade, trade, post-trade). Grâce au rapprochement proposé, BME et SIX deviendraient ensemble le 3ème groupe d'infrastructures de marché financier en Europe, créant une entité capable de poursuivre des opportunités de croissance et des initiatives stratégiques plus ambitieuses », fait valoir le groupe suisse dans son communiqué.

À l'inverse, BME, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 304 millions d'euros et un bénéfice net de 136 millions l'an dernier, risquerait d'être dilué dans un ensemble plus vaste chez Euronext (plus de deux fois plus gros). L'opérateur, de droit néerlandais mais dont le siège est à La Défense, insiste sur son modèle fédéral paneuropéen, où l'Espagne est clairement une des pièces manquantes, avec l'Allemagne (dominée par le géant Deutsche Börse) et l'Italie (la Bourse de Milan fait partie du London Stock Exchange Group).

Euronext a précisé ce lundi matin que les discussions « pourraient aboutir ou non à une offre ». Le groupe capitalise plus de 5 milliards d'euros et se targue d'être « la place boursière leader en Europe continentale, représentant une capitalisation totale de plus de 4.000 milliards d'euros », contre 1.460 milliards d'euros environ pour le marché suisse. Il vient de finaliser l'acquisition de la Bourse d'Oslo pour 700 millions d'euros à l'issue d'une rude bataille face à l'Américain Nadasq.

« La combinaison de BME [avec SIX] apportera des avantages directs et immédiats aux parties prenantes de nos deux institutions, à un moment où la consolidation des infrastructures de marchés financiers mondiaux s'accélère », a mis en avant le président du conseil d'administration de SIX, Romeo Lacher.

Les investisseurs sont pour le moment dans l'expectative : l'action Euronext a progressé de 0,9% ce lundi.

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Commentaires
a écrit le 19/11/2019 à 9:56 :
Et hop ! encore une guerre pichrocholine entre bureaucraties parasitaires.
Les marchés d'actions ne devraient pas être privatisés et cotés : ce sont des outils de place, pas des rentes.
Et ils devraient encore moins être en concurrence entre eux, avec des plates-formes parallèles, pardon ! alternatives, comme Turquoise ou Chi-x, qui sont quelque part la négation du système.
Pas étonnant que les entreprises se fassent de moins en moins coter, et que les investisseurs s'en détournent aussi.
Notamment les particuliers, qu'on n'est pas près de revoir à la bourse : ils ne sont pas fous, eux, au moins.

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