L'IPO historique du chinois Ant Group parasitée par Washington  ?

La fintech Ant Group, éditrice de la très populaire application Alipay, pourrait s'introduire en Bourse d'ici à la fin du mois. Elle cherche à lever 35 milliards de dollars, soit de très loin la plus importante opération de ce type de l'histoire. Mais l'administration Trump, qui considère cette plateforme de paiement comme une menace pour la sécurité des États-Unis et étudie de possibles restrictions, pourrait perturber ses plans.

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La fintech chinoise Ant Financial, rebaptisée récemment Ant Group, pourrait s'introduire en Bourse d'ici à la fin du mois d'octobre et lever jusqu'à 35 milliards de dollars. Elle battrait alors, haut la main, le record du géant pétrolier Saudi Aramco.
La fintech chinoise Ant Financial, rebaptisée récemment Ant Group, pourrait s'introduire en Bourse d'ici à la fin du mois d'octobre et lever jusqu'à 35 milliards de dollars. Elle battrait alors, haut la main, le record du géant pétrolier Saudi Aramco. (Crédits : Ant)

L'affrontement économique et politique entre Washington et Pékin est loin d'être fini. Après Huawei, puis TikTok et la messagerie WeChat, c'est au tour des applications chinoises de paiement Alipay et WeChat Pay de se trouver dans le collimateur de l'administration Trump, qui a lancé cet été le programme "Clean Network" ("réseau propre"). Objectif du dispositif : exclure les acteurs chinois des services en ligne accessibles aux États-Unis.

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Escalade dans les tensions sino-américaines

Selon les informations de Bloomberg, qui s'appuie sur des sources proches du dossier, des responsables américains étudient actuellement la possibilité d'imposer des restrictions à l'encontre des entreprises chinoises Ant Group (anciennement Ant Financial) et Tencent, derrière ces deux applications. Des hauts fonctionnaires estiment en effet que leur plateforme de paiement pourrait constituer une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. Ils s'inquiètent notamment que la Chine puisse accéder aux données bancaires et personnelles de centaines de millions de personnes.

Cette démarche pourrait non seulement exaspérer la Chine, qui est dernièrement parvenue à empêcher in extremis l'interdiction de TikTok aux États-Unis, mais surtout venir perturber ce qui pourrait être la plus importante entrée en Bourse de l'histoire, souligne Bloomberg.

Lire aussi : Un juge empêche in extremis l'interdiction de TikTok aux États-Unis

Une IPO à 35 milliards de dollars

En effet, derrière la très populaire application de paiement Alipay, se cache Ant Group, mastodonte de l'écosystème fintech chinois. Celui-ci prévoit une double cotation au Star Market de Shanghaï (souvent baptisé le Nasdaq chinois) et à Hong Kong. Le groupe a déjà obtenu le feu vert de la Bourse de Shanghaï fin septembre et doit discuter de ce projet avec la Bourse de Hong Kong, alors que l'introduction en Bourse pourrait intervenir d'ici à la fin du mois d'octobre.

Affilié à Alibaba, géant du e-commerce chinois, Ant Group espère lever 35 milliards de dollars (environ 30 milliards d'euros) pour développer ses systèmes de paiement transfrontalier et accélérer ses investissements en recherche et développement. Cette levée d'argent public le valoriserait à hauteur de 250 milliards de dollars. C'est cinq fois plus que la capitalisation boursière de BNP Paribas, qui dépasse tout juste les 42 milliards d'euros (environ 49 milliards de dollars).

Cette IPO (Initial Public Offering) serait alors, de très loin, la plus importante de l'histoire. Pour l'heure, le record est détenu par le géant du pétrole Saudi Aramco, qui a levé 25,6 milliards de dollars en décembre dernier.

Lire aussi : Aramco lève 25,6 milliards de dollars, la plus grosse entrée en Bourse de l'histoire

700 millions d'utilisateurs actifs par mois

Les chiffres d'Ant Group sont vertigineux. La fintech chinoise revendique plus de 700 millions d'utilisateurs actifs mensuels de son système Alipay et un volume annuel de transactions supérieurs à 14.000 milliards d'euros en Chine continentale.

Lancé en 2004, ce portefeuille numérique a progressivement évolué vers une application couteau suisse, agrégeant une multitude de services. L'appli mobile permet ainsi aux utilisateurs de commander un taxi, réserver un hôtel, acheter des billets de cinéma, payer des factures de services publics, prendre rendez-vous avec des médecins ou encore acheter des produits de gestion de patrimoine.

Même si Ant Group tire aujourd'hui moins de 5% de ses revenus de son activité à l'étranger, le développement à l'international d'Alipay (axé sur l'accompagnement des touristes chinois à travers le monde) est beaucoup plus avancé que celui de son premier concurrent WeChat Pay (édité par Tencent). Outre une stratégie partenariale avec les enseignes et les banques européennes et américaines, Ant Group s'est aussi attaqué à l'Inde et à de nombreux pays asiatiques comme la Thaïlande, le Viêtnam, les Philippines ou encore la Corée du Sud.

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L'engouement des investisseurs freiné ?

En optant pour Hong Kong, Ant Group a répondu à l'appel de Pékin, qui souhaite voir les fleurons nationaux du secteur des technologies se coter sur les places boursières nationales, dans une période de rivalité économique et politique acérée avec les États-Unis.

Toutefois, même si elles n'aboutissent pas à une restriction, les discussions américaines pourraient porter préjudice à la vente des actions du géant des paiements. Bloomberg rappelle ainsi que de nombreux investisseurs font d'ores et déjà la queue pour investir des milliards de dollars dans la pépite de la finance. Parmi eux, les fonds souverains singapouriens GIC et Temasek.

Les éventuelles restrictions pourraient aussi avoir des conséquences négatives sur les investisseurs américains qui ont déjà mis des millions de dollars dans la fintech. En 2018, Silver Lake Management LLC, Warburg Pincus LLC et Carlyle Group Inc. ont chacun investi au moins 500 millions de dollars dans Ant Group.

Un premier blocage

Ce n'est pas la première fois que les États-Unis viennent freiner l'appétit XXL d'Ant Group. En 2018, les autorités américaines s'étaient opposées au rachat de l'entreprise texane MoneyGramnuméro deux mondial du transfert d'argent, par la fintech chinoise. Le Comité sur les investissements étrangers aux États-Unis n'avait pas donné son feu vert au mariage des deux entreprises car il s'inquiétait précisément de "la sécurité de données pouvant servir à identifier des citoyens américains", avait rapporté l'agence Reuters.

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 08/10/2020 à 21:57
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Les américains, et donc l'administration Trump, sont bien les seuls à s'opposer aux chinois et à riposter au déclenchement de la troisième guerre mondiale par le PCC et Monsieur Xi.

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