La Banque de France se met (un peu) à l'open data

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François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, et Jacques Fournier, le directeur général de la statistique de l'institution, jeudi soir, à l'inauguration de l'Open Data Room.
François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, et Jacques Fournier, le directeur général de la statistique de l'institution, jeudi soir, à l'inauguration de l'Open Data Room. (Crédits : DC)
Plus de 400 millions de données anonymisées seront accessibles à des chercheurs de manière sécurisée, sur place et sur demande. Une révolution culturelle quoique encore timide pour cette institution habituée au secret.

C'est un bureau d'angle avec vue sur le Sacré-cœur, au 8e étage de l'immeuble de la Banque de France, rue du Louvre. Trois grands écrans et des ordinateurs dotés de logiciels et d'une puissance de calcul "adaptés au traitement de fortes volumétries" : voici l'Open Data Room de la Banque de France. Cette pièce sécurisée accueillera bientôt des chercheurs en économie et en finance qui pourront se plonger dans plus de 400 millions de séries de données individuelles anonymisées, portant sur les établissements financiers, les entreprises et les particuliers.

Il faudra en effet être un chercheur, déposer une demande motivée et obtenir le feu vert d'un comité d'examen pour accéder à cette profusion de données brutes, sur le surendettement des ménages ou les crédits aux entreprises, collectées ou agrégées par la Banque de France. Il ne s'agit pas encore d'une ouverture en grand des données au public, à tout citoyen, mais d'un premier pas vers l'open data qui constitue déjà une forme de petite révolution au sein de cette institution.

Révolution culturelle

Cette "bibliothèque ouverte de données", comme l'appellent en interne certains peu portés sur les anglicismes, est une version augmentée, démultipliée, de son portail statistique Webstat de séries chronologiques. L'outil a d'abord été développé pour des usages internes (la base de données "Muse"), mais il a fallu ensuite les rendre anonymes pour préserver la confidentialité des informations, en les chiffrant avec "des codes incassables, très longs", explique Jacques Fournier, le directeur général des statistiques. Il nous confie :

"C'est un changement culturel : nous passons de la donnée propriétaire à la donnée commune".

Lors de l'inauguration, jeudi soir, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a fait valoir que

"Ce projet est la pierre angulaire d'une Banque de France ouverte et innovante: c'est le visage que nous voulons montrer".

Tout en faisant remarquer que la Banque de France est implantée dans un quartier qui bouge, "juste en face d'un des plus grands incubateurs de startups de la capitale, le Partech Shaker".

Il s'agit donc de moderniser l'institution mais aussi peut-être de se rabibocher avec les milieux universitaires : un collectif de 150 économistes, universitaires et personnalités, de Michel Aglietta à Jacques Le Cacheux en passant par Thomas Piketty, s'était mobilisé contre sa nomination il y a un an, dénonçant "un grave problème de conflit d'intérêts" pour l'ancien directeur général délégué du groupe BNP Paribas.

Mieux comprendre et même prévoir les crises

L'objectif revendiqué de la démarche est d'ailleurs de "faire avancer la recherche dans le domaine bancaire et financier" a déclaré François Villeroy de Galhau :

"Il ne suffit plus de décrire les grands mécanismes macroéconomiques : il faut aussi analyser les interactions entre agents au niveau micro-économique. [...]

Avant septembre 2008, de nombreux indicateurs auraient pu jouer un rôle d'alerte précoce. Il n'y a pas eu suffisamment d'analyse en temps réel. Il serait cependant exagéré de croire que la prochaine crise sera évitée grâce à l'open data room."

Il a reconnu que les chercheurs n'avaient jusqu'ici "pas d'autre choix que de travailler sur des données américaines", les Etats-Unis étant bien plus en avance en matière d'open data. La banque centrale allemande, la Bundesbank, a déjà ouvert une salle d'accès aux données mais les séries consultables ne seraient pas de la même ampleur, en raison des missions spécifiques de la Banque de France en matière de surendettement notamment.

"La richesse des informations granulaires ainsi disponibles est unique en Europe" affirme la Banque de France.

Banque de France open data

Mission de service public

Une dizaine de demandes d'accès de chercheurs sont déjà en cours d'examen, portant sur des sujets divers, tels que l'impact de la taxe sur les transactions financières. Présent à l'inauguration, le directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), Sébastien Jean, a salué cette initiative et rappelé que "la transparence bancaire est une exigence démocratique", invitant l'institution à "passer d'une culture du secret à une culture de l'accès", en faisant référence au plaidoyer du groupe de travail du Conseil national de l'information statique (CNIS) dans son rapport sur l'accès aux données bancaires et financières l'an dernier :

"Permettre l'accès le plus large possible aux données doit devenir une mission de service public. Cela suppose qu'on passe d'une culture du secret à une culture de l'ouverture".

La Banque de France est cependant encore loin de suivre les recommandations beaucoup plus ambitieuses de ce rapport, en particulier que l'institution « mette librement à disposition du public, dans un format uniformisé et facilement exploitable, les données non confidentielles sur les banques qu'elle collecte, à l'instar de ce qui existe aux États-Unis avec les  "call reports" », de l'agence fédérale américaine garantissant les dépôts bancaires (FDIC). Le CNIS soulignait ainsi que "plus de 2.000 articles académiques" ont pu être publiés à partir des des « call reports », contre près d'une centaine d'après les données issues de la Bundesbank, et "à peine cinq articles ont pu être réalisés à partir de données bancaires individuelles collectées par la Banque de France".

François Villeroy de Galhau a assuré qu'il ne s'agit "que d'une première étape". L'institution réfléchit à la possibilité d'un accès à distance, compatibles avec ses normes de sécurité, mais toujours uniquement pour les chercheurs.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2016 à 13:55 :
Ah !?

On va enfin pouvoir connaitre tous les fils de et les copains de placés par l'oligarchie financière et autre aux postes de hauts cadres ?

Non je déconne pas de panique...
Réponse de le 04/11/2016 à 17:26 :
Prend n'importe quel Français , il aimerait avoir même le 1/10 de leur richesse, et si il était à leur place, il serait pareil, ou bien pire. Je pense que même pire, car y a pas pire qu'un parvenu. Être pauvre ne fait pas de quelqu'un une personne honnête ! Bien au contraire, être pauvre n'a jamais empêché d’être mauvais. Au contraire, puisqu'ils forment la majorité de la population, et que les choses vont mal, c'est de leur faute.
Réponse de le 05/11/2016 à 11:44 :
Vous proposez donc logiquement une éradication des pauvres plutôt que de la pauvreté je suppose ?

C'est bien vous êtes plein d'idées dites moi.

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