Exclusion : 3 millions de clients bancaires en situation fragile

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96,3% des plus de 10 ans et plus possèdent un compte chèque ou un actif financier dans une banque.
96,3% des plus de 10 ans et plus possèdent un compte chèque ou un actif financier dans une banque. (Crédits : © Suzanne Plunkett / Reuters)
Si 96,6% des Français ont un compte bancaire, la Banque de France estime à 2,5% la part d'entre eux qui rencontrent des soucis d'interdiction de chéquier, d'incidents de paiement ou d'accès au crédit. Le microcrédit poursuit son développement.

Dans le monde, l'exclusion bancaire, facteur aggravant de l'exclusion sociale, toucherait 2 milliards d'adultes, principalement dans les pays en développement, selon la Banque mondiale. En France, grâce à la loi qui prévoit le "droit au compte" (depuis 1984) et à un système bancaire historiquement développé, la population a "un accès quasi universel aux produits bancaires" souligne la Banque de France dans son deuxième rapport annuel de l'inclusion bancaire, présenté ce mardi matin.

"La quasi-totalité des Français de plus de 15 ans ont un compte de dépôt auprès d'un établissement bancaire (96,6 % en 2014 selon la Banque mondiale)."

Le chiffre publié l'an dernier était celui de l'enquête patrimoine de l'Insee de 2010, évaluant à 96,3% le nombre d'habitants de 10 ans et plus possédant un compte chèque ou un actif financier dans une banque.

Inclusion bancaire BdF monde

Le droit au compte, plus facile d'accès depuis la loi bancaire de 2013, est d'ailleurs de plus en plus utilisé : la Banque de France a contraint à 69.000 reprises un établissement désigné d'office après le recours d'un particulier (dans les trois quarts des cas) auquel on a refusé l'ouverture d'un compte (+14% par rapport à 2014). Il s'agit le plus souvent de demandes faisant suite à la clôture d'un compte après des découverts non autorisés persistants, et émanant à 38% de demandeurs d'emploi.

Les mineurs et le reste du foyer sous-estimés

Un taux élevé de bancarisation ne signifie pas pour autant un accès universel à tous les services financiers, en particulier au crédit, ou au chéquier, même si les interdits bancaires sont en baisse (de 3,7% à 1,25 millions de personnes physiques), du fait du recul de l'utilisation du chèque.

La Banque de France note que l'Hexagone est en retrait pour ce qui est du taux de bancarisation des jeunes : seuls 78,9% des 15-24 ans ont un compte bancaire, du fait de l'âge minimum légal de 16 ans pour en ouvrir un. D'où le succès sans doute auprès de cette cible des cartes de paiement prépayées et autres Compte Nickel. D'ailleurs, la Banque de France consacre un petit encadré dans son rapport à ce compte sans banque et sans découvert que l'on ouvre en quelques minutes dans un bureau de tabac, "pouvant constituer une solution pour les populations ayant des difficultés à accéder aux services bancaires".

Si environ 8,8 millions de personnes en France vivent en dessous du seuil de pauvreté monétaire selon l'Insee (1.088 euros mensuels pour une personne seule, en 2014), la Banque de France n'estime qu'à 3 millions les "clients en situation de fragilité bancaire", soit 2,5% du nombre de comptes. Mais l'institution reconnaît que ce chiffre sous-estime le nombre de personnes touchées par la fragilité financière "dans la mesure où les personnes n'ayant pas accès au système financier ne sont pas recensées et notamment les mineurs" vivant dans des foyers en précarité. Il ne prend pas non plus en compte, bien sûr, les 500.000 personnes sans compte bancaire.

François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a relevé en présentant cet observatoire que

"Toutes les personnes en situation de pauvreté monétaire ne sont pas en situation de fragilité bancaire, car elles n'ont pas nécessairement d'incidents répétitifs de paiement."

Accès au crédit inégal

Pour autant, les populations à faible revenu sont évidemment "plus exposées aux risques économiques et financiers".

Le succès des cartes de paiement à autorisation systématique (8,6 millions de cartes en circulation à fin 2015, dont 2,4 millions émises l'an dernier), qui prévoit une vérification de la provision du compte avant tout achat ou retrait, est aussi "une indication de la taille de la population qui a choisi ou qui est contrainte de ne pas recourir aux banques traditionnelles" relève la Banque de France.

L'observatoire de l'inclusion bancaire note que l'accès au crédit reste inégal en France. En particulier, "les prêts à l'immobilier s'adressent plutôt aux populations disposant d'une certaine aisance financière" relève la Banque de France : l'analyse de la distribution des nouveaux prêts montre ainsi que la médiane du revenu des emprunteurs se situe au-dessus du revenu médian des ménages français, "suggérant qu'il est difficile aux ménages disposant de contraintes financières fortes d'avoir accès la propriété", et ce malgré les taux d'intérêt très bas et le taux à prêt zéro étendu. Et depuis l'encadrement du crédit renouvelable, le crédit à la consommation est "en recul continu et marqué".

Le microcrédit, pas non plus la solution miracle

A contrario, le microcrédit, qui est une réponse pour donner accès au crédit "responsable", continue de progresser : ses encours ont atteint 1,28 milliard d'euros en 2015 (+8%, en ralentissement par rapport aux +15% de 2014). Les microcrédits pour des projets professionnels dominent largement en valeur et en volume, tandis que les prêts pour des projets personnels destinés à améliorer la situation professionnelle de l'emprunteur (achat d'un véhicule, financement d'une formation) ont bondi de 20% l'an dernier, pour atteindre le montant encore très modeste de 165 millions d'euros. Il s'agit de crédits de 2.200 euros en moyenne, d'une durée de moins de 36 mois dans les trois quarts des cas, auxquels sont appliqués des taux libres, en moyenne entre 2,8% et 4%.

Inclusion bancaire BdF

 La Banque de France, qui estime que les besoins potentiels paraissent plus élevés que les encours, conclut :

"Les effets positifs du microcrédit personnel sont largement reconnus et militent pour un développement du modèle, même s'il ne s'agit pas d'une solution miracle pour tous les problèmes de l'inclusion bancaire".

(Article mis à jour à 12h50 avec la citation du gouverneur)

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Commentaires
a écrit le 04/10/2016 à 19:26 :
6 millions de chômeurs, 15 millions de personnes sont dans la précarité, il n' est pas étonnant que parmi elles 3 millions ont des problèmes bancaires....sans compter que d'autres sont soutenues par leurs parents lorsqu' ils le peuvent....le changement c'est maintenant!
a écrit le 04/10/2016 à 15:56 :
Notre Président distribue tous les jours des millions d'euros. Actuellement il achète des TGV. Si vous vous dépêchez avant les élections, il peut si vous le lui demander abonder les comptes des 3 millions de clients bancaires en situation fragile
a écrit le 04/10/2016 à 15:33 :
Un revenu universel de 1500 euros par mois, indexée sur l'inflation, pour tous avec accès gratuits à tous les soins. Non seulement cela serait une réforme sociale indispensable, vitale même mais en plus cela relancerait l'économie.

Et pourquoi pas 5 heures par semaine de travaux d'intérêt général au choix dans l’environnement, le social ou la santé, même si ces deux derniers domaines verraient leurs besoins se réduire considérablement, afin d'alléger la charge des fonctionnaires et de pouvoir en réduire le nombre de façon drastique sans que cela ne choque qui que ce soit.

En ce qui concerne le privé aucune contrainte supplémentaire, on pourrait même les diminuer surtout pour les PME et indépendants bien entendu, le revenu universel leur imposerait d'emblée de respecter leurs salariés. Tiens plutôt que de vouloir à tout prix nous faire crever elle pourrait nous proposer cela l'europe pour qu'on l'aime et on l'aimerait c'est certain du coup, elle deviendrait même carrément hyper sexy.
Réponse de le 04/10/2016 à 18:54 :
@citoyen blasé: et tu finances comment ton revenu universel ? Tu escomptes sans doute que la bonté et l'exemplarité de l'être humain vont financer le système ? Bon, défaut de jeunesse probablement :-)

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