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"On a le droit d'être banquier, ça n'est pas une faute morale" (Comte-Sponville)

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 28 avril 2017 à 09:30 - Mis à jour le 28 avril 2017 à 11:14

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Alors qu'Emmanuel Macron est attaqué par ses adversaires sur son passé professionnel chez Rothschild, le philosophe André Comte-Sponville regrette une campagne présidentielle dominée par les "passions tristes", estimant qu'"il n'y a rien dans cet homme de haïssable". Les syndicats du secteur sont choqués par les propos du député FN Gilbert Collard sur les banquiers.

L'étiquette de banquier colle à la peau d'Emmanuel Macron, et c'est peu de dire qu'elle est perçue comme péjorative, synonyme de proximité avec les puissances de l'argent. Banquier d'affaires qui plus est, chez Rothschild, conseiller en fusions et acquisitions de grands groupes, et pas le directeur d'agence du coin qui a aidé les commerçants du quartier à se développer. Surnommé « le banquier » par ses opposants dans la campagne présidentielle, du candidat du Nouveau parti anticapitaliste Philippe Poutou à Marine Le Pen, l'ex-ministre de l'Economie a reçu un soutien assez inattendu, celui du philosophe André Comte-Sponville. Interrogé sur France Inter ce vendredi matin, l'auteur du « Petit traité des grandes vertus » a pris la défense du candidat d'En Marche ! sur ce terrain face à ceux qui refusent l'alternative du second tour en clamant « ni banquier ni fasciste, ni patrie ni patron » :

« Mettre sur le même pied un banquier et un fasciste, soyons clair : ou bien on interdit, on supprime les banques, personne ne le propose, ou dès lors qu'il y a des banques, on a le droit d'être banquier. Qu'est-ce que c'est que ce racisme absurde, qui juge de la valeur d'un homme au nom du métier qu'il exerce ? Si on faisait cela pour des plombiers ou des électriciens, on dirait qu'on est devenu fou. On a le droit d'être banquier, ça n'est pas une faute morale. Pompidou était banquier aussi, on le lui reprochait dans ma jeunesse, on avait tort de se rabaisser à de si faibles arguments. »

« L'insensibilité du banquier »

L'ancien Président de la République de 1969 à 1974 a travaillé lui aussi à la banque  Rothschild, pendant quatre ans, de 1954 à 1958, au moment où il a rejoint comme directeur de cabinet le général de Gaulle, dont il deviendra Premier ministre en 1962.

En meeting à Nice, jeudi soir, la candidate du FN a de nouveau appuyé sur ce ressort :

« Emmanuel Macron est un banquier d'affaires. Il a le caractère pour cela, l'insensibilité qu'il faut à ce métier. Cette capacité à prendre des décisions dans le seul objectif du profit, de l'accumulation d'argent, sans aucune préoccupation pour les conséquences humaines de ses décisions », a lancé Marine Le Pen.

Interrogé sur TF1 jeudi soir, Emmanuel Macron a répondu sur les critiques à son égard de candidat « un peu hors sol » :

« Pendant des mois, on m'a qualifié d'ancien banquier. J'ai eu beaucoup de qualificatifs qui ne me rapprochent pas des citoyens. Je sais d'où je viens, je sais qui je suis. Je veux dès les premiers jours aller au contact des gens qui sont en colère, qui pensent que je suis loin d'eux. »

Après son déplacement à Amiens à la rencontre des salariés de l'usine Whirlpool, le favori des sondages s'est rendu jeudi à Sarcelles, des images le montrant en train de jouer au foot avec des jeunes de la ville.

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Les syndicats du secteur choqués

Le député RBM-FN Gilbert Collard a choqué jusque dans les rangs des syndicats du secteur bancaire, lorsqu'il a lancé jeudi sur LCI, en parlant des ouvriers de Whirlpool :

« Depuis quand achète-t-on des militants, des ouvriers, avec des croissants ? [Macron]  va aller jusqu'où dans l'insulte envers le monde ouvrier ? Il ne sait pas ce que c'est un homme qui travaille ? Il se fait quelle idée du monde du travail ? Ce ne sont pas des putes comme les banquiers ! »

Sur Twittter, le syndicat FO Banques a réagi vendredi :

« FO Banques condamne les propos de Me Collard qui traite les "banquiers de putes." Les salariés des banques sont pas des banquiers ! Si l'image des banques est tant dégradée c'est le résultats d'égarements patronaux: Panama papers, subprime #salariéspasbanquiers! »

Le président du SNB/CFE-CGC (devenu la première formation syndicale du secteur, hors banque mutualiste), Régis Dos santos s'offusque lui aussi :

« L'avocat député Gilbert Collard a tenu des propos particulièrement insultants pour les 370.000 salariés de la profession bancaire. Imaginez-vous les conséquences en termes d'incivilités, voire de violences dans les guichets après de tels propos ? » nous confie-t-il.

Penseur matérialiste

André Comte-Sponville juge cette campagne « à la fois fascinante et inquiétante ».

« Je m'étonne de cette haine dont est victime le malheureux Macron, si j'ose dire, ou le gentil Macron, l'intelligent Macron. Il n'y a rien dans cet homme de haïssable. Qu'on ne vote pas pour lui, ça fait partie des libertés démocratiques mais que le débat soit à ce point perverti par les passions tristes comme dirait Spinoza, la haine, la colère, l'envie je trouve cela lamentable. »

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Se déclarant ouvertement en faveur du candidat d'En Marche !, il a déclaré « le seul qui tienne un discours positif, de confiance, de volonté, c'est Macron. » Le philosophe, qui a consacré l'essentiel de son travail à l'éthique et la morale, trouve justement que les enjeux moraux ont pris trop d'importance dans la campagne :

« Parlons un peu moins de morale, un peu plus de politique. Si on compte sur la morale pour résister à la montée du populisme et de l'extrême droite, on se raconte des histoires. »

[Article mis à jour à 13h]

Delphine Cuny

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