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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Orange Bank sera 100% mobile et (presque) 100% gratuite

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 20 avril 2017 à 11:13 - Mis à jour le 20 avril 2017 à 15:39

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L’opérateur télécoms lancera le 6 juillet son offre bancaire pour le grand public, avec compte, carte et chéquier sans frais. Entièrement sur mobile, de l’ouverture du compte au virement, dopée à l’intelligence artificielle, ce sera la "première banque apprenante".

[Papier mis à jour à 17h35]

Ce devait être avant l'été, ce sera finalement le 6 juillet que sera lancée l'offre bancaire d'Orange. Dès le 15 mai, l'opérateur télécoms va toutefois tester grandeur nature son Orange Bank auprès de ses salariés (qui le souhaitent) - ils sont 96.000 en France. Le PDG de l'opérateur, Stéphane Richard, l'a présentée jeudi lors de son show Hello sur l'innovation comme « la première banque pensée par des experts du numérique, nativement digitale, prioritairement mobile. » Et « accessible à tous » : cette banque de plein exercice, qui a hérité de la licence de Groupama Banque, dont Orange a racheté 65% du capital en octobre dernier, sera « entièrement gratuite », a-t-il assuré.

« Il n'y aura pas de cotisation pour la carte bancaire, ni la première année, ni les suivantes, pas de frais de tenue de compte, pas de conditions de revenus », a insisté Stéphane Richard.

Se démarquer des banques en ligne

L'opérateur cherche à se démarquer des banques en ligne qui ont fait de la carte bancaire gratuite un argument marketing, mais avec un minimum de revenu mensuel net ou d'encours requis (sinon la carte est payante, par exemple 1,50 euro par mois chez Boursorama). Orange Bank avait en effet promis une « offre de rupture » sur le plan tarifaire, s'auto-proclamant le « Free de la banque », moins cher que les banques en ligne et avec l'atout d'un vaste réseau de boutiques (140 auront un espace dédié à Orange Bank).

Tout ne sera pas intégralement gratuit. On ne connaît pas encore tous les détails, où se loge souvent le diable. Par exemple, des frais de tenue de compte de 5 euros par mois seront facturés uniquement si le client réalise moins de trois retraits ou paiements (par carte ou par mobile) par mois, afin d'éviter les coûts de comptes inactifs. André Coisne, le directeur général d'Orange Bank (ex-patron de BforBank, du groupe Crédit Agricole, et ex-ING Direct France), confirme que certaines opérations entraîneront bien le paiement de commissions (les traditionnels rejets de prélèvement ou de chèque, les opérations avec un conseiller en boutique ou au téléphone plutôt qu'en ligne, comme chez Boursorama).

« Nous ferons tout pour que nos clients évitent ces frais. Nous leur permettrons de paramétrer des alertes, par SMS ou par mail, si leur compte approche de la zone rouge, et de changer le plafond d'utilisation de leur carte », confie André Coisne.

A la différence du Compte Nickel, souscrit chez un buraliste - récemment racheté par BNP Paribas - ou du compte C-zam (1 euro par mois) lancé il y a deux jours par Carrefour Banque, le compte Orange Bank viendra avec un découvert autorisé, ainsi qu'un chéquier.

Crédit conso, épargne et assurance

Au lancement, l'offre comprendra aussi un livret d'épargne rémunéré. D'autres services seront proposés dans les mois suivants, notamment du crédit à la consommation et de l'assurance, des prêts immobiliers par la suite. Il y aura aussi des offres combinées télécoms et banque, par exemple pour le financement du smartphone. Une offre conçue spécialement pour les moins de 18 ans est également prévue plus tard.

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«On proposera tout ce que les banques font aujourd'hui d'utiles, plus si possible, et sans les contraintes» a déclaré Stéphane Richard.

Le PDG d'Orange a expliqué l'objectif de cette diversification :

« Notre modèle économique est complètement différent de celui des banques traditionnelles. Nous avons déjà nos infrastructures, nos boutiques, nos personnels, nous raisonnons en termes marginal pour tout nouveau revenu ou nouvelle relation nouée. Ce projet n'est pas destiné à grossir les bénéfices d'Orange, il va même générer des pertes pendant quelques années [100 millions d'euros la première année ndlr]. Nous voulons enrichir la relation avec nos clients, apporter un nouveau service utile et accessible à tous ».

Le point mort devrait être atteint  « d'ici quatre à cinq ans. On s'est donné dix ans pour conquérir 2 millions de clients, j'espère qu'on fera beaucoup mieux » a précisé le patron de l'opérateur. Il compte réaliser 400 millions d'euros de chiffre d'affaires dans les services financiers en 2018, la moitié en Afrique, l'autre moitié en Europe, où Orange Bank sera lancée en Espagne et en Belgique prochainement. La nouvelle banque espère profiter d'une remontée des taux d'intérêts dans les années à venir: « notre métier c'est d'être prêteur » souligne une source interne.

Entièrement pilotable sur appli

L'ouverture du compte pourra se faire en boutique ou bien 100% depuis l'appli (mobile ou Web) « simplement en photographiant sa carte d'identité avec son smartphone » fait valoir Stéphane Richard. La carte sera entièrement pilotable depuis l'application (la bloquer temporairement en cas de perte par exemple) et « 100% des opérations pourront être réalisées depuis notre appli Orange Bank » ajoute-t-il. Le solde sera mis à jour en temps réel, il n'y aura plus les fameuses dates de valeur des opérations. On pourra virer de l'argent par SMS avec le seul numéro de mobile d'un proche (qui devra ensuite cliquer sur un lien vers un espace en ligne sécurisé pour entrer son code Iban s'il n'est pas client d'Orange Bank), gratuitement là aussi, comme le permettent l'appli de la startup Lydia ou le géant PayPal.

« Avec un téléphone, on envoie des mots, des photos, des vidéos et maintenant des euros » résume le PDG d'Orange, dans une formule qui fleure la future campagne publicitaire. Et d'ajouter dans la même veine : « Quand on oublie sa carte, on paie avec son mobile, quand on oublie son mobile, on paie avec sa carte ».

Le paiement sans contact est en effet intégré dans l'appli et dans la carte Visa. Le patron d'Orange prédit que l'on se dirige « vers une économie sans cash, et même vers la disparition de la carte ».

[L'appli Orange Bank s'ouvre en présentant le solde en temps réel]

Dopée à l'intelligence artificielle

Du côté de la relation client, Orange a prévu « un conseiller virtuel disponible 24h sur 24, 7 jours sur 7, par chat », comme cela se fait chez les néobanques sans agence comme l'allemande N26 ou la britannique Atom Bank. Ce ne sera pas un vrai conseiller répondant derrière son écran : « Orange Bank sera la première banque apprenante » a lancé Stéphane Richard.

« Derrière ce conseiller virtuel, il y a une intelligence artificielle apprenante, ce qui veut dire que plus vous lui parlez, plus il apprend à vous connaître et plus ses réponses et actions sont pertinentes. D'ici la fin de l'année, il saura même effectuer des tâches à la demande des clients comme faire des virements ou épargner. Cette intelligence artificielle est le premier point de contact de tous les clients de la banque » explique le communiqué d'Orange.

Orange s'est associé à IBM Watson, le programme d'intelligence artificielle (IA) du groupe informatique. Le Crédit Mutuel va également déployer la technologie cognitive d'IBM mais pour aider les conseillers dans l'analyse de leurs mails et à fournir des réponses plus pointues en assurance et en épargne.

«L'avenir c'est l'IA. Je ne sais pas ce qu'il restera du conseiller bancaire dans dix ou vingt ans» s'est interrogé Stéphane Richard. «Nous sommes précurseurs, défricheurs dans ce domaine, c'est l'aspect avant-gardiste du projet. Watson ne fait pas le pont ni les 35 heures.»

Objectif : 400.000 clients par an

Il y aura tout de même des conseillers en boutique et au téléphone, environ 250 sur les 650 salariés d'Orange Bank, disponibles de 8 heures à̀ 20 heures du lundi au samedi. La banque de l'opérateur, qui a été « pensée et réfléchie par des équipes mixtes, venant du digital et de la banque » a souligné Stéphane Richard, prétend offrir « le meilleur des deux mondes », physique et digital.

« Le secteur bancaire, qui compte de nombreux acteurs anciens et respectables, n'a pas encore fait sa vraie transformation numérique. Il s'est contenté de transférer son offre sur Internet ou sur mobile. Il manquait une banque à la banque » ironise Stéphane Richard.

Comme les acteurs du numérique, Orange Bank a « d'abord pensé à l'usage et pas seulement à la dématérialisation » et entend faire évoluer et améliorer régulièrement son offre « grâce à ses clients » en fonction des besoins de ces derniers. Elle va aussi travailler avec des startups pour enrichir son offre. Si la cible est officiellement très large, toute la communication est dirigée vers les jeunes, utilise un langage cool et les codes des réseaux sociaux, comme sa marque mobile low-cost Sosh. Orange dispose d'un gisement de choix avec ses 28 millions de clients dans le mobile. Il va aussi profiter de la loi Macron sur la mobilité bancaire, dispositif qui facilite le changement de banque, en vigueur depuis février.

La nouvelle banque espère séduire 400.000 nouveaux clients par an, ce qui devrait lui permettre d'atteindre les 2 millions de clients dès 2022-2024. André Coisne est confiant qu'environ 30% des clients en feront leur banque principale.

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En réalité, Orange Bank ne part pas de zéro : elle compte déjà 540.000 clients hérités de Groupama Banque, rebaptisée temporairement Gbanque. Ces clients, au profil plus âgé que la cible visée par Orange Bank, pourront souscrire à la nouvelle offre s'ils le souhaitent, ou dans les agences Groupama ou Gan à la fin de l'année.

Delphine Cuny

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