Pourquoi les banques européennes ont renoncé à rivaliser avec les géants de Wall Street
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Traders work at frankfurt's stock exchange in frankfurt
Ralph Orlowski
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« C'est un choc », réagit un grand banquier de la place. « Un choc qu'un groupe comme BNP Paribas annonce réduire la voilure dans la banque de financement et d'investissement [BFI, pour les grandes entreprises, les institutions financières et le secteur public, ndlr]. Et qu'il se pose des questions sur l'avenir de ses activités et sa capacité à concurrencer Citi ou JPMorgan », confie ce spécialiste des marchés.
La première banque européenne par les actifs, une des rares pouvant se prétendre d'envergure mondiale dans ce domaine, a annoncé le 6 février une perte de 225 millions d'euros au quatrième trimestre dans son activité « Global Markets », ce qui n'était pas arrivé à BNP Paribas depuis la crise de 2008. Les turbulences sur les marchés, fin 2018, se sont soldées par la pire performance boursière depuis dix ans pour les principaux indices mondiaux et une chute de 18 % à 20 % des revenus des sept principales banques d'investissement européennes ce trimestre selon l'agence de notation Moody's.
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La banque de la rue d'Antin a diagnostiqué un mal plus profond qu'un trou d'air conjoncturel : « une baisse structurelle » des revenus de tout le secteur, selon Yann Gérardin, le directeur général adjoint, chargé du Corporate and Institutional Banking (CIB), qui a identifié deux phénomènes concomitants. D'une part, la politique de taux bas de la Banque centrale européenne (BCE), qui a rendu inutiles les instruments de couverture comme les swaps de taux notamment. D'autre part, la directive européenne Mifid 2, dont l'objectif est de renforcer la transparence sur les marchés, a conduit les grands gérants d'actifs à passer leurs plus gros ordres « sur des systèmes électroniques sans marge », ce qui a « considérablement accéléré la digitalisation des marchés ». BNP Paribas, qui emploie 30.000 personnes dans sa division CIB (10,8 milliards d'euros de revenus), a dû abaisser ses objectifs et préparer « des actions structurelles pour redresser sa rentabilité » et « amplifier sa transformation » : des segments d'activités « non-stratégiques, sous-dimensionnés ou non-profitables » seront fermés, représentant 200 à 300 millions de revenus et 5 milliards d'euros d'actifs.