La BCE choque les marchés en repoussant la hausse des taux

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Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), ce jeudi 7 mars.
Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), ce jeudi 7 mars. (Crédits : BCE)
La Banque centrale européenne a pris de court les observateurs en reportant de six mois à 2020 au plus tôt une éventuelle remontée des taux d'intérêt, qu'elle a maintenus à un niveau historiquement bas. Elle a abaissé sa prévision de croissance pour la zone euro à 1,1% pour 2019, contre 1,7% prévu en décembre, et lancé une nouvelle vague de prêts bon marché pour les banques.

"BCE déprimante, marchés déprimés" résume la société de gestion Pictet AM. Les marchés financiers ont été pris de court par les annonces de la Banque centrale européenne (BCE) ce jeudi 7 mars et la tonalité du discours, plus pessimiste : l'institution de Francfort a indiqué qu'elle repoussait de six mois la perspective d'une éventuelle remontée des taux d'intérêt, qu'elle avait prévu de maintenir à un niveau historiquement bas depuis 2016 "au moins jusqu'à l'été 2019".

"Le Conseil des gouverneurs prévoit désormais que les taux d'intérêt directeurs de la BCE resteront à leurs niveaux actuels au moins jusqu'à la fin de 2019 et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire pour assurer la poursuite de la convergence durable de l'inflation vers des niveaux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme" indique la BCE dans son communiqué.

En réalité, les investisseurs ne s'attendaient pas à un relèvement des taux cette année. Mais le fait que la BCE l'annonce officiellement a été perçu comme un mauvais signal.

"La BCE est clairement devenue plus "dovish" [accommodante]. L'ajustement de la prévision est surprenant" a réagi Johannes Muller, le responsable de la recherche macro-économique chez DWS.

Et ce d'autant plus que la banque centrale a abaissé ses prévisions d'inflation (seulement 1,6% en 2021) et de croissance économique pour la zone euro à 1,1% pour 2019, contre 1,7% prévu en décembre et prend cette décision pour venir au chevet de la croissance de la zone.

"[Les] projections [des services de la BCE] prévoient une augmentation annuelle du PIB réel de 1,1% en 2019, de 1,6% en 2020 et de 1,5% en 2021. Par rapport aux projections macroéconomiques des services de l'Eurosystème de décembre 2018, les perspectives de croissance du PIB réel ont été sensiblement revues à la baisse en 2019 et légèrement en 2020" a déclaré Mario Draghi, le président de la BCE, lors d'une conférence de presse ce jeudi.

"Les risques liés aux perspectives de croissance de la zone euro sont toujours orientés à la baisse, en raison de la persistance d'incertitudes liées aux facteurs géopolitiques, à la menace de protectionnisme et aux vulnérabilités des marchés émergents" a-t-il ajouté.

La BCE, qui a mis un terme à son programme d'achats de dettes (souveraines et d'entreprises) sur les marchés, a indiqué qu'elle entend "poursuivre les réinvestissements, en totalité, des remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance acquis dans le cadre du programme d'achats d'actifs" et ce "pendant une période prolongée après la date à laquelle [elle] commencera à relever les taux d'intérêt directeurs".

L'euro et les banques décrochent

L'euro a décroché, tombant à son plus bas niveau depuis novembre face au billet vert à 1,1231 dollar. Les valeurs bancaires ont aussi tangué, le maintien des taux bas étant mauvais pour leur marge d'intérêt et leurs dépôts : l'action Société Générale a enregistré la plus forte baisse (-4,3%), suivie de Natixis (-3,95%) et BNP Paribas (3,38%) et Crédit Agricole (-3,16%). À Francfort, Deutsche Bank a cédé plus de 4% comme Commerzbank.

La BCE va renforcer son soutien à l'économie de deux autres manières. Elle va lancer une troisième vague de prêts de grande ampleur aux conditions très favorables pour les banques, les TLTRO (Targeted longer-term refinancing operations), des opérations trimestrielles d'une échéance de deux ans qui seront menées entre septembre 2019 et mars 2021.

"Ces nouvelles opérations contribueront à préserver des conditions de prêts bancaires favorables et une transmission harmonieuse de la politique monétaire" justifie la BCE. "Les mesures politiques décidées aujourd'hui, et en particulier la nouvelle série de TLTRO, contribueront à garantir que les conditions de prêt des banques restent favorables".

L'annonce, attendue depuis plusieurs semaines, est perçue comme une bonne nouvelle pour les banques italiennes et espagnoles, principales bénéficiaires des précédents programmes TLTRO, même si les conditions seront un peu moins favorables que la précédente vague. Ces opérations ont été décidées "en raison de l'arrivée à échéance des prêts, du niveau élevé des créances irrécouvrables dans certains pays et du besoin d'aider les banques européennes à rester conformes aux ratios réglementaires" a analysé Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.

"Le fait que les TLTRO soient encore nécessaires 10 ans après le pic de la crise financière montre que le système financier est encore loin d'être « normal »" a toutefois relevé Johannes Muller, de DWS.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2019 à 19:17 :
Heureusement qu'elle est la la BCE avec Draghi.
C'est la BCE qui tient l'Europe à bout de bras.
Sans la BCE il y a longtemps que l'UE n'existerait plus.
Ce que la politique n'est pas capable de faire, la BCE le fait.
Mais combien de temps encore?
a écrit le 10/03/2019 à 17:10 :
L'euro est une monnaie administrative que ne repose sur rien de concret et s'agite dans un monde virtuel en prélevant sur le monde réel! C'est du parasitisme!
a écrit le 10/03/2019 à 13:09 :
Les banques centrales impriment à tout va, réduisant la valeur de l'argent qu'elles émettent.

Temps de faire le plein de Bitcoin et d'éther.

Bien à vous,
A
a écrit le 10/03/2019 à 12:54 :
On peut lire les communiqués: la BCE n'a jamais dit et écrit quelle augmenterait ses taux.
Le message de la BCE est clair: nous maintiendrons les taux bas jusqu'à ce que l'inflation soit inférieure et voisine de 2%.
A 1.5% fin février (HIPC), on est loin du compte.
Cordialement
a écrit le 09/03/2019 à 13:11 :
Il faut créer une banque centrale mondiale Sociale.
L'argent a détruit tout savoir vivre et il faut combattre l'égoïsme sans relâche.
a écrit le 09/03/2019 à 12:46 :
Grâce à l´alibi acquis à l´unanimité? le currency dumping va se poursuivre, Trump et Merkel vont apprécier...!
a écrit le 09/03/2019 à 12:18 :
La BCE suit le FED, c'est rassurant. Quand à l'éventuelle politique de l'euro fort, elle est provisoirement dans les choux. Tant pis pour les franco-germains.
a écrit le 09/03/2019 à 12:12 :
L'euro sera toujours une monnaie artificielle, administré, ne reposant sur rien pour un marché virtuel!
a écrit le 09/03/2019 à 11:28 :
Ce n'est pas au moment où la croissance baisse qu'on peut faire une politique de restriction monétaire en montant les taux, donc la BCE semble avoir raison, et puis divine surprise, cela permet de sauver le caporal Macron dans sa bauge d'inefficacité sur-endettée.
Réponse de le 09/03/2019 à 12:17 :
Pourquoi voulez vous avoir plus de croissance en augmentant la masse monétaire si elle ne circule pas?
a écrit le 09/03/2019 à 8:20 :
Il faut 3 outils ds le cerveau pour analyser cette situation :

1) le sens
2) vision à long terme
3) cohérence globale

Conclusion :
La BCE est «  raisonnable « 
C’est une bonne action pour relancer la croissance de manière « solide » en UE.
La crise a servie à une chose : tirer des leçons et apprendre à réguler , optimiser .
La politique économique ne doit pas « bloquer « tous les populations ou les potentiels investisseurs et
clients.
Le blocage économique européen ne peut pas générer de la trésorerie.
Lever ces blocages est intelligent.
Réponse de le 09/03/2019 à 10:22 :
Linstitut Brugel qui est un think tank pro européen a montré que quasi toutes les prévisions économiques de la BCE ont été fausses depuis ces dernières années, et de s'inquiéter de ces erreurs qui pilotent la politique monétaire de la zone euro.
Des trillions d'Euro ont été déversé sur la zone, des taux ultra bas, et aucun problème n'a été réglé, la zone Euro est la zone économique ou la croissance est la plus faible, ou les déséquilibres entre pays sont les plus forts.
Draghi ne sait pas ce qu'il fait, imprimer des masses considérables de monnaie n'a jamais réglé quelque problème que ce soit.
En attendant,les taux bas ont encouragé l'endettement, le renchérissement de l'immobilier, la destruction des rendements sur l'épargne des particuliers et des institutions (vous savez celle qui devront payer les retraites ...).
Bref, la BCE est un désastre.
Réponse de le 10/03/2019 à 11:08 :
Le dernier bouquin de Philippe de Villiers (j'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu), me semble intéressant sur les idées. Il me semble clair que les puissances d'argent sont puissantes, mondialisées et extrêmement présentes sur les décisions politiques qui ne sont plus nationales..
a écrit le 08/03/2019 à 19:05 :
La FED a commencé, la BCE suit, elle ne peut pas faire autrement tellement les économies dont imbriquées, et surtout parce que le business mondial ne va pas bien.
Récession et faillite en vu, ça va beaucoup tanguer dans les prochains mois...sur fond de bruits de bottes.
a écrit le 08/03/2019 à 13:39 :
C'est bien les Êtres humains qui ont créés l'argent et l'économie pour qu'au final leur création devienne ce qui leur détruit le plus sans avoir la moindre empathie, logique de savoir vivre, morale, et humanité. Le but des Financiers Mondiaux est de vous laisser docile, anxieux et de vous faire croire qu'il existe seulement un seul mécanisme financier possible afin de mieux vous contrôler et surtout de ne pas vous laisser mener votre propre vie dans des conditions décentes. La vérité dérange et n'est pas bonne a dire.
Il faut mettre fin à l'indépendance de la banque centrale européenne.
La pauvreté est un choix politique mondiale.
Réponse de le 08/03/2019 à 14:38 :
Je suppose que tu n’es jamais as dans la matrix 😂
a écrit le 08/03/2019 à 10:59 :
Il est en effet incroyable que ces futurs refinancements exceptionnels ne comportent aucun ciblage en faveur de financements de la transition énergétique et du développement durable alors qu'il y a de plus en plus péril. La BCE se contente de reconduise à l'identique sa politique de refinancement à moyen terme exceptionnel de 2014 et 2016 qui, avec le "quantitative easing" (Q.E ) a poussé à la spéculation sur l'immobilier et les actifs financiers, sans infléchir un tant soit peu les financements carbonés.
a écrit le 08/03/2019 à 9:54 :
cette BCE fait trop de politique elle couvre trop des pays comme le France qui vivent au dessus de leurs moyens
Réponse de le 09/03/2019 à 12:30 :
Si elle vit au dessus de ses moyens, il faut qu'elle sorte de la zone cela lui fera "les pieds"! La zone euro n'est que des vases communicant entre pays, et la hauteur de l'économie française était bien plus haute que celle de ses voisins, la raison en est là! Elle doit se rabaisser vers le moins disant pour uniformiser la zone!
a écrit le 08/03/2019 à 9:43 :
Il serait temps d'hospitaliser le malade depuis le temps qu'il est sous financement artificiel, je m'interroge toujours des conséquences de cette privatisation de la création monétaire (loi Pompidou/Rothschild de 1974), pour moi un cheval de Troie de ce que nous vivons aujourd'hui avec cette épée au-dessus de notre tète - qui disait déjà que contrôler un pays revient à contrôler sa monnaie, nous y sommes..
a écrit le 08/03/2019 à 8:54 :
Le problème est structurel en Europe, l'argent n'est qu'un coup d'épée dans l'eau. L'échec de la fusion Alstom-Siemens, en dit long.
a écrit le 08/03/2019 à 8:23 :
Bref comme d'habitude l'Europe, totalement dégénérée, incapable de comprendre un mouvement mondial général, engraisse ses banquiers.

Vite un frexit.
Réponse de le 08/03/2019 à 8:46 :
Vous avez mal lu. Cà pénalise les banques au contraire.
Réponse de le 08/03/2019 à 9:06 :
"En réalité, les investisseurs ne s'attendaient pas à un relèvement des taux cette année. Mais le fait que la BCE l'annonce officiellement a été perçu comme un mauvais signal."

Parce que avec des infos comme ça vous arrivez vous à comprendre le fonctionnement de ces gens là vous ?

Ben expliquez moi donc...

" Elle va lancer une troisième vague de prêts de grande ampleur aux conditions très favorables pour les banques,"

C'est étrange mais je n'ai pas l'impression que vous lisez la même chose que moi...

Bref lâchez moi ou ne validez pas mes commentaires j'ai autre chose à faire, merci.
Réponse de le 11/03/2019 à 13:02 :
Oui mais tes banques multipseudos sont ensuite financées par l'argent public et pourtant laissées à leurs propriétaires qui sont donc selon toi incompétents.

Ne pas diffuser mon commentaire si je suis obligé de me coltiner les remarques stupides et aliénantes de multipseudos svp.

Je ne sais pas combie nde fois il faudra l'écrire... -_-
a écrit le 08/03/2019 à 7:56 :
A qui profite le crime? Visiblement, pas aux organismes financiers, banques et compagnies d'assurances (le marché a envoyé un signal très net hier). La situation politique de l'Europe, le renforcement des égoïsmes, la situation préoccupante de l'Italie etc..changent la donne. C'est bien la dérive des finances publiques qui est prise en compte par la BCE, qui dès lors, fait de la politique, intégrant le fait que les pressions inflationnistes sont faibles. Tout cela serait parfait si les épargnants n'étaient pas perdants dans cette affaire, et surtout si cela ne fragilisait pas le secteur financier: nous avons besoin pour nos économies de solidité, et non de renforcement de contraintes. Le secteur financier européen joue maintenant en deuxième division par rapport à son alter ego américain, lequel a le support des politiques, et est en train de se faire sortir des USA, et des marchés émergents!
a écrit le 08/03/2019 à 7:05 :
les tltro c'est vouloir faire boire un ane qui n'a pas soif, et plus on intervient, et plus les theories economiques et monetaires se montrent fausses, normal, dans leurs conceptions elles n'integrent pas qu'il y ai des interventions. Attention aux coups de pieds
a écrit le 08/03/2019 à 2:13 :
C'est bon pour les banques. La spec va continuer encore un peu.
A l'opposee, mauvaise nouvelle pour le micron europeen.
a écrit le 07/03/2019 à 23:29 :
Il faut dire que dans le monde aujourd'hui la simple tonalité d'un communiqué de la banque centrale va être analysée dans le moindre détail et décortiquée, surtout quand elle ose dire tout haut ce que tout le monde avait anticipé!
a écrit le 07/03/2019 à 21:07 :
Peut-être serait-il utile d'analyser BFMTV avec la seule intervention pertinente de Béchade... Mince, le seul à dire la réalité. Surtout, La Tribune, ne relayez pas mon commentaire car il pourrait vous faire perdre de l'audience, donc, de l'argent dans ce moment si révélateur que ne VEULENT pas les plus riches. (au contraire, si vous laissez apparaitre mon commentaire, VOUS allez "gagner" un max avant de couler.) Pour votre INFO : le milliardaire sorros avait bien dit, en début 2019, qu'il aurait fallu laisser COULER les banques. Si cela ne VOUS questionne pas, c'est QUE VOUS N'AVEZ RIEN COMPRIS A L'ARGENT. En effet, même les banques supérieures ne peuvent PLUS corriger le système. Les faillites même en Chine vont tuer tout le reste.
Réponse de le 08/03/2019 à 7:20 :
En clair: que voulez vous exprimer ?
Cordialement
Réponse de le 08/03/2019 à 17:15 :
Comme ma réponse précédente n'est pas passée (?), je répète:
En clair, que voulez-vous exprimer ?
Cordialement
Réponse de le 08/03/2019 à 21:39 :
Eureka, un grand économiste est né. Il a tout compris et trouvé la solution.

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