Des coquilles d'huîtres pour blanchir la peinture et le plastique

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(Crédits : DR)
[Série 4/5] Le colorant naturel développé en Bretagne par l'usine de Kervellerin permet de réduire l'utilisation d'ingrédients issus du pétrole ou de l'exploitation de carrières, tout en créant un débouché pour les restes de l'activité conchylicole.

De la mer vers la terre, en passant par une touche d'économie solidaire. C'est la formule cradle to cradle mise au point par l'usine de Kervellerin, société familiale bretonne. L'idée était certes présente dès sa création, il y a soixante ans, puisque l'entreprise produisait déjà des fertilisants naturels à partir de produits de la mer (algues marines et coquillages). Mais avec la reprise en main par Martine Le Lu, fille du gérant, en 1998, elle a été poussée encore plus loin.

Trois ans de R et D

Dès 2000, la docteur en pharmacie observe qu'en dépit d'une rude bataille entre les acteurs économiques pour s'approprier les matières de production disponibles, une importante ressource locale reste inexploitée : les restes de l'activité conchylicole, notamment les coquillages d'huîtres, abondants en Bretagne et pourtant traités comme des déchets invendables.

« À l'époque, on ne parlait pas d'économie circulaire, remarque-t-elle. Mais, pour des raisons intellectuelles comme économiques, j'étais sensible à la valorisation du local. »

En partenariat avec un ostréiculteur de la région, Martine Le Lu explore des pistes pour exploiter, voire « tirer vers le haut » ce résidu.

Après trois années de recherche et développement, elle met au point un processus industriel aboutissant à la création d'un colorant naturel dénommé Ostrécal, auquel elle finit par trouver deux marchés principaux. La poudre blanche est vendue aux producteurs de peintures utilisées pour marquer les routes, leur permettant de réduire l'utilisation d'ingrédients issus du pétrole tout en conservant le même niveau de résistance.

Elle trouve aussi preneur sur le marché des matières plastiques, où elle vient remplacer un ingrédient normalement obtenu en creusant des carrières. Les coquilles d'huîtres, matériaux renouvelables, permettent ainsi de réduire l'exploitation de ressources épuisables.

Le succès économique est rapidement au rendez-vous :

« Chaque année on enregistre une progression des ventes à deux chiffres », souligne Martine Le Lu.

Payer pour récupérer les déchets

À la différence de nombre d'autres entreprises qui traitent des déchets industriels, elle ne se fait pas payer pour les récolter : au contraire, elle les achète, reconnaissant ainsi la valeur de ces ressources. Employant huit salariés, la société a par ailleurs ajouté une touche d'économie circulaire à ses autres filières de production (qui incluent la parapharmacie, le traitement de l'eau, les compléments nutritionnels pour animaux) : les déchets de fabricants du sucre sont par exemple achetés pour enrichir ses fertilisants naturels.

Tout récemment, une autre dimension de valorisation des ressources locales s'est ajoutée au projet. L'entreprise a confié la récolte d'une partie des coquilles d'huîtres à l'association Perlucine, qui sera aussi autorisée à commercialiser l'Ostrécal sur son secteur. Créée en 2014, Perlucine est une association de réinsertion d'individus en difficulté sur le marché de l'emploi.

Si l'association - qui commencera son activité en septembre - ne compte encore que deux salariés, elle espère après ce projet pilote ouvrir dès 2017 son propre établissement, probablement sous forme de Scop : une autre manière de faciliter l'intégration au projet de tous les acteurs de la filière.

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>>> Suivez notre série, petit tour d'horizon en quatre exemples choisis parmi ceux qui seront présentés le 13 avril prochain à Paris lors du UPcycle Forum*, dont La Tribune est partenaire.

UCF4

*UPcycle Forum renseignements et inscriptions : upcycleforum.org

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Commentaires
a écrit le 22/04/2016 à 8:41 :
eh bien voilà : ce n'est pas si dur finalement ...d'innover et de creer ; il faut juste avoir la mentalité orientée differemment de la revendication .

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