L'insolente croissance de la viande biologique

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Les grandes et moyennes surfaces ont suivi le mouvement et totalisaient 51% du volume des ventes de viande bio en 2014.
Les grandes et moyennes surfaces ont suivi le mouvement et totalisaient 51% du volume des ventes de viande bio en 2014. (Crédits : Reuters)
Dans un marché global français en régression, la filière bio poursuit sa croissance et séduit de plus en plus de consommateurs. En un an, la part des Français achetant de la viande issue de l'agriculture biologique a progressé de 18%, selon un dernier sondage Ifop.

Pas de pesticide, pas d'OGM, pas d'antibiotique et élevé au grand air, la formule semble séduire de plus en plus de Français quand il s'agit du contenu de leur assiette. Ils sont désormais 70% à déclarer en consommer régulièrement, contre 59% en 2015, soit une progression de 11 points en un an, selon un sondage Ifop, commandé par l'Interprofession du bétail et des viandes (Interbev) et mené entre mars 2015 et mars 2016.

Le marché de la viande a beau être moribond, perdant 0,7% de volume acheté en bœuf entre 2014 et 2015, la filière bio ne connaît pas la crise avec une progression de 10% des abattages en 2014, profitant de l'engouement croissant des Français pour des produits plus sains.

Le bien être animal, premier critère d'achat

L'élevage certifié biologique interdit en effet aux agriculteurs de nourrir leurs animaux avec des aliments contenant des engrais chimiques ou des produits phytosanitaires et leur impose le pâturage au gré des saisons (un hectare par bovin). Une charte qui offre des garanties au consommateur de plus en plus soucieux des méthodes d'élevage, rapporte Denis Lerouge, responsable des études d'Interbev :

"Le premier critère d'achat pour les consommateurs de viande bio, c'est le bien être animal à 78%. Vient ensuite le bénéfice pour l'environnement avec 75% des sondés, puis le critère de la santé (68%)".

Des données très encourageantes pour la filière qui a vu son chiffre d'affaires continuer sa progression l'an passé, pour atteindre 409 millions d'euros, dont la moitié pour la viande bovine (le chiffre d'affaires de l'alimentation bio en général étant quant à lui passé de 5 à 5,5 milliards d'euros entre 2014 et 2015). "Nous observons une progression forte de la consommation et donc du chiffre d'affaires dans un marché global pourtant en régression de 2%", confirme Denis Lerouge.

Et cette croissance ne devrait pas en rester là. Selon le sondage Ifop, 30% des interrogés déclarent vouloir augmenter leur consommation de viande bio, contre 22% en 2015. Les perspectives sont d'autant plus encourageantes que le frein principal à l'achat, le prix, se réduit progressivement.

Le prix, un frein qui perd du terrain

Près de la moitié des Français sondés qui ne consomment pas de viande bio l'expliquent par des raisons économiques. Mais, ils sont désormais 60% à se dire prêts à payer plus cher, contre 50% en 2015. Une tendance en partie encouragée par la réduction de l'écart du prix entre le bio et le conventionnel. "Grâce au travail des éleveurs, des filières et des circuits commerciaux on est passé de +30% à +15% plus cher par rapport au non bio, en quelques années" indique Franck Bardet, directeur des filières animales à Biocoop.

Le prix d'achat des ménages de la viande de bœuf (bio et non-bio) a d'ailleurs très légèrement augmenté de 0,4% entre 2014 et 2015, alors que la consommation a sensiblement baissé pour les produits conventionnels. En moins de cinq ans, les Français ont acheté près de 3 kg de viande en moins par an et par habitant (23 kg en 2015 contre 26 kg en 2011), selon le bilan 2015 de France AgriMer.

La faute à la tendance vegan ou végétarienne? Pas si sûr puisqu'en bio, les volumes des ventes ont au contraire augmentés. "On constate que nos clients sont de moins en moins catégorisés ou sectaires. Beaucoup cherchent une alimentation diversifiée, incluant la viande mais de bonne qualité. On s'oriente vers plus de "flexitarisme" : ni végétarien, ni carnivore", explique Franck Bardet.

Les scandales provoqués par la diffusion de vidéos de maltraitance en abattoirs, pourtant certifiés Ecocert, ne semblent pas atteindre cet engouement, au grand soulagement des paysans qui se disent "choqués" par ces agissements contraires à leurs valeurs. "Ce sont des systèmes hors-la-loi. Nous ne pouvons pas accepter ces actes de barbarie au moment de la mise à mort, alors que de notre côté nous respectons le bien être animal pendant toute la période d'élevage", regrette Philippe Cabarat, président de la commission bio d'Interbev, qui appelle à "davantage de contrôles de la part de l'Etat".

Boom des conversions

De la production à la distribution, la filière suit le mouvement vers la bio en se développant à grande vitesse. Le nombre de fermes produisant en agriculture biologique est passé à 28.621 en France l'an dernier, soit 6% des exploitations française, selon les données de l'Agence Bio. Une vague encouragée non seulement par la consommation mais aussi par la politique européenne.

"L'agriculture est tributaire des aides européennes. En 2015, avec le changement de PAC nous avons eu beaucoup de conversions en élevage notamment : +8% par rapport à 2014, soit 24.000 vaches bio en plus", détaille Jean-François Deglorie, de la commission bio à Interbev.

Les difficultés que traverse l'élevage français poussent par ailleurs bon nombre d'agriculteurs "à sauter le pas", complète Jean-François Vincent, éleveur de moutons et de porcs dans le centre du pays. "Nous, nous ne connaissons pas la crise car nous avons une stabilité des prix et une bonne organisation de notre filière qui permet de mieux s'adapter à l'offre et à la demande."

A l'autre bout de la chaîne, les boucheries ont elles aussi pris le pli. Vincent Fulco et Michel Vaidie ont ouvert en 2015 le premier étal 100% bio dans le 17e arrondissement de Paris, pour "répondre à une attente des consommateurs". "Cela faisait 5 ans que nos clients nous demandaient de plus en plus de morceaux bio. Surtout les familles et les personnes âgées", indiquent les bouchers. Les grandes et moyennes surfaces ont suivi le mouvement et totalisaient 51% du volume des ventes de viande bio en 2014, contre 16% pour les boucheries artisanales.

Autant de signaux au vert pour faire repasser la France en 2e position sur le marché européen de la viande bio. La marge de progression reste considérable au sein même de l'Hexagone, où les bovins et les ovins ne représentent encore que 2% des abattages.

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Commentaires
a écrit le 16/04/2016 à 18:30 :
enfin ! un juste retour vers la qualité des produits et une saine redistribution de la production agricole , le consommateur reprend le dernier mot
a écrit le 16/04/2016 à 12:01 :
C'est une vaste fumisterie. maintenant que les bobos du 11° ou d'ailleurs veuillent payer plus cher c'est leur probleme
a écrit le 16/04/2016 à 10:29 :
Bien sûr que le bio est à privilégier par rapport aux cultures et élevages dits conventionnels et prétendument raisonnés qui empoisonnent les sols, empoisonnent les aliments et empoisonnent les consommateurs. Les fermiers traditionnels et conventionnels, plus grands pollueurs de la planète, sont directement responsables d'un nombre incalculables de maladies graves et sont donc des véritables criminels du genre. ET, en plus, ils demandent à être subsidiés (ce qui veut dire que le con-sommateur paye 2 à 3 fois le prix de chaque aliment toxique !) pour ça ! Pas gênés !Pas étonnant que les agriculteurs sont la profession qui dénombre le plus grand nombre de cas de cancers professionnels, tous secteurs confondus. Pas de quoi pleurer sur leur sort : ils méritent les maladies qui leur arrivent car ils n'hésitent pas à empoisonner les consommateurs. En outre, comme l'affirment avec justesse toutes les instances indépendantes des grands groupes empoisonneurs, le bio a les rendements les plus élevés sur les moyens et longs termes (les études qui tentent vainement de prouver le contraire sont toutes, sans exception, basées sur le très court terme et financés par les groupes agro-industriels et chimiques) et est le seul moyen de nourrir décemment toute la population mondiale qui peut ainsi encore croître sans le moindre problème; ce qui est une très bonne chose. Enfin, le bio est pourvoyeur d'emplois contrairement aux agricultures traditionnelle et raisonnée qui sont destructrices d'emplois. Pas de vie sans bio. ET ceux qui tentent à tort de prouver le contraire sont soit achetés par les groupes agro-industriels, soit des pitoyables décérébrés qui méritent les cancers et autres maladies qui leur arrive.
a écrit le 15/04/2016 à 21:23 :
Le changement viendra du consommateur. Arrêtons d'acheter des produits non bio pour que les pesticides et OGM disparaissent. Le consommateur est pleinement responsable des désordre de ce monde.
a écrit le 15/04/2016 à 16:26 :
Le bio c'est sans doute un saut qualitatif et gustatif mais il nécessite plus de main d'oeuvre pour l'obtenir. Si on veut des produits agricoles biologiques, il faudrait des stimulants pour faire accéder les travailleurs au milieu des fermes. Il faudrait donc que les fermes se rapprochent de travailleurs urbains et que les citadins se rapprochent des fermes urbaines. Ceci représenterait un vaste plan de réorganisation en proche périphérie des villes. Avec une organisation périurbaines adaptée, les fermes pourraient faire du ''bio'' plus facilement pour tout le monde. Beaucoup de travailleur a temps partiel aimeraient arrondir leurs allocations en accédant a un nouveau marché de production proche de chez eux et de leur services en ville. Ils pourraient vivre en ville et travailler pour produire et consommer de bons produits locaux...
a écrit le 15/04/2016 à 16:24 :
Quand on voit la maltraitance dans les abattoirs du Gard, on devient veegie ou meme vegan!
a écrit le 15/04/2016 à 15:58 :
Quand on voit la maltraitance dans les abattoirs du Gard, on devient veegie ou meme vegan!

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