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Entreprises & FinanceIndustrie

Martin, Bové, Notat...le syndicalisme, un tremplin vers la politique ou l'entreprise

Photo de Nicolas Richaud

Nicolas Richaud

Publié le 30 décembre 2013 à 08:51 - Mis à jour le 30 décembre 2013 à 08:51

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'annonce de la candidature d'Edouard Martin aux élections européennes de 2014 sous la bannière PS a fait grand bruit. Pourtant, ce n'est pas la première fois qu'un syndicaliste bifurque de la sorte. Bien avant l'ex-leader de la CFDT de Florange, d'autres ont emprunté cette voie, certains se dirigeant même vers le privé. D'Edmond Maire à José Bové en passant par Nicole Notat, gros plan sur ces multiples reconversions plus ou moins réussies.

Du côté de Florange et des syndicats d'ArcelorMittal, on parlait davantage d'élections et de politique que de lutte sociale ces dernières semaines. C'est tout d'abord Edouard Martin - syndicaliste à la CFDT et visage du combat des métallos d'ArcelorMittal contre la fermeture des hauts-fourneaux à Florange - qui a annoncé le 17 décembre dernier qu'il conduirait la liste socialiste lors élections européennes de 2014 dans la circonscription du Grand Est. Un engagement qui a fait beaucoup de bruit et suscité énormément de critiques, notamment du côté de ses pairs.

Mais le 18 décembre, on apprenait que l'un de ses premiers contempteurs, Walter Broccoli  - ancien secrétaire local de FO de Florange - était préssenti pour faire partie de la liste UMP de Anne Grommerch à Thionville (Moselle). Ce que l'intéressé n'a pas fermement nié dans un premier temps avant de démentir formellement.

Quoi qu'il en soit, dès lors qu'un syndicaliste franchit le Rubicon, des cris d'orfraie se font entendre car les syndicats français se veulent indépendants des partis politiques depuis près de 25 ans - l'élection présidentielle de 2012 faisant exception  quand la CGT avait appelé officiellement à voté PS.

Mais dans les faits, du syndicat à la politique, il n'y a qu'un pas... que d'autres ont franchi bien avant Edouard Martin et Walter Broccoli, certains bifurquant même vers le privé. Tour d'horizon de ces reconversions.

José Bové, le militant adepte de l'action "coup de poing" devenu député européen

Installé sur le camp du Larzac dès 1973, José Bové va participer à la fondation de la Confédération paysanne en 1987. Il sera membre du secrétariat national jusqu'en 1991. Adepte des opérations "coup de poing", il fait la une des journaux en 1999 après le saccage d'un McDonald's pour protester contre les mesures de rétorsion douanière adoptées alors par les autorités américaines à l'encontre du foie gras et du roquefort.

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Illustration de la newsletter Industrie et service

Manifestations contre l'OMC, condamnations judiciaires, participation au forum social mondial : les années qui suivent sont agitées et bien remplies pour José Bové. Puis, après avoir quitté la confédération paysanne en 2003, il devient le porte-parole de Via Capesina - un mouvement paysan international des petits et moyens producteurs - en 2004.

Mais José Bové continue de se mêler de la vie politique française et fera partie des opposants à la constitution européenne en 2005 au coté de la gauche de la gauche. Deux ans plus tard, après s'être publiquement déclaré comme "disponible" pour être l'unique candidat de celle-ci - et de négociations sans réussite avec les hérauts de l'extrême-gauche - il décide de présenter sa propre liste à l'élection présidentielle, où il obtiendra 1,32% des suffrages avant d'appeler à voter pour Ségolène Royal.

En dépit de ce score, José Bové va persévérer. En 2009, il est tête de liste dans le Sud-Ouest pour Europe Ecologie - dont il a rejoint les rangs quelques mois plus tôt - et obtient un siège au Parlement européen. Deux ans plus tard, après avoir soutenu Nicolas Hulot à la primaire des écolos devant désigner leur candidat pour la présidentielle de 2012, il est intégré à l'équipe de campagne d'Eva Joly qui en fait l'un des porte-parole.

Aujourd'hui vice-président de la commission agriculture du Parlement européen, José Bové est en course pour un nouveau mandat d'eurodéputé. En 2014, il sera encore la tête de liste d'EELV dans le Sud-Ouest et pourrait être le candidat des Verts européens pour succéder à José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne.

Jacques Chérèque, de la CFTC au ministère délégué à l'aménagement du territoire et à la reconversion

Si Jacques Chérèque commence son parcours syndical à la CFTC, il va participer à la vague de déconfessionnalisation du mouvement donnant naissance en 1964 à la CFDT, dont il sera longtemps le numéro deux derrière Edmond Maire (voir ci-dessous). Membre du PSU, il adhère au parti socialiste après les assises du socialisme organisées par Michel Rocard en 1974.

En 1984, le père de François vire sa cuti lorsqu'il est nommé préfet délégué en charge de la reconversion de l'industrie sidérurgique lorraine. En 1988, il intègre le gouvernement Rocard en tant que ministre délégué à l'aménagement du territoire et à la reconversion. Il le restera jusqu'en 1991 où François Mitterrand le congédiera "sans préavis, ni entretien préalable", raconte-il dans son livre La rage de faire, paru en 2007.

André Sainjon, à mi-chemin entre la politique et le privé

Membre du comité central du PCF et secrétaire général de la fédération de la métallurgie CGT pendant 12 ans, André Sainjon plaque tout en 1988. En 1989, il est élu député européen sur la liste PS conduite par Laurent Fabius avant d'être réélu cinq ans plus tard - en se présentant cette fois sous l'étiquette de l'Alliance radicale européenne emmenée par Bernard Tapie - quelques mois avant de perdre sa bataille pour la mairie de Clichy-sous-Bois en 1995.

Elu député européen en 1989, sur la liste Fabius, il fut réélu en 1994, au côté de Bernard Tapie, sur la liste Energie radicale. Il dirige aujourd'hui une importante filiale des Charbonnages de France. 
En savoir plus sur https://www.lexpress.fr/informations/des-initiales-a-1-million-de-francs_642926.html#FDoAG8fRvi7o9F3v.99V

Elu député européen en 1989, sur la liste Fabius, il fut réélu en 1994, au côté de Bernard Tapie, sur la liste Energie radicale. Il dirige aujourd'hui une importante filiale des Charbonnages de France. 
En savoir plus sur https://www.lexpress.fr/informations/des-initiales-a-1-million-de-francs_642926.html#FDoAG8fRvi7o9F3v.99

Elu député européen en 1989, sur la liste Fabius, il fut réélu en 1994, au côté de Bernard Tapie, sur la liste Energie radicale. Il dirige aujourd'hui une importante filiale des Charbonnages de France. 
En savoir plus sur https://www.lexpress.fr/informations/des-initiales-a-1-million-de-francs_642926.html#FDoAG8fRvi7o9F3v.99

Elu député européen en 1989, sur la liste Fabius, il fut réélu en 1994, au côté de Bernard Tapie, sur la liste Energie radicale. Il dirige aujourd'hui une importante filiale des Charbonnages de France. 
En savoir plus sur https://www.lexpress.fr/informations/des-initiales-a-1-million-de-francs_642926.html#FDoAG8fRvi7o9F3v.99

En 2000, André Sainjon prend la tête de la Société nationale d'électricité et de thermique (Snet) qui est alors une entreprise publique de plus de 1.000 salariés et filiale importante des Charbonnages de France. Celle-ci sera privatisée en septembre 2004. Il déclarait alors, comme le rapportent nos confrères du Point :

ne importante filiale des Charbonnages de France
En savoir plus sur https://www.lexpress.fr/informations/des-initiales-a-1-million-de-francs_642926.html#FDoAG8fRvi7o9F3v.99entreprise qui sera privatisée en septembre 2004. Il déclarait alors, comme le rapporte nos confères du Point :

Certains me voient comme un renégat (...) Mais, aujourd'hui, je peux me regarder dans la glace. J'ai accepté de diriger la SNET avec un seul objectif : sauver cette entreprise.

Il demeurera encore quelques années président du conseil d'administration de la Snet rebaptisée ensuite Endesa France. Côté politique, nommé Vice-président du Parti radical de gauche (PRG) à la fin des années 1990, André Sainjon a conservé ce poste pendant près de dix ans, et il est encore aujourd'hui membre du bureau national.

Edmond Maire, le partisan du changement devenu président de VVF

"Le monde change, changeons notre syndicalisme", proclamait la CFDT dans les années 1980. Et Edmond Maire reste comme celui qui a réussi le tour de force de faire évoluer l'image du syndicalisme. Syndiqué à la CFTC dès 1954, il a été l'un des fers de lance du mouvement de déconfessionnalisation de 1964 (voir ci-dessus). Cette même année, il est élu secrétaire général de la fédération de la chimie CFDT.

En 1971, Il devient le secrétaire général de la CFDT et le restera jusqu'en 1988. Jean-Michel Helvig, auteur du livre Edmond Maire, une histoire de la CFDT sorti il y a quelques semaines, écrit que ce "machiavélique au coeur pur" n'aura pas été "un patron de coeur, mais de raison."

Après avoir quitté la CFDT, il devient cette fois patron de Villages Vacances Familles (VFF) dont il accepte la présidence en 1989. Et Edmond Maire va réorganiser en profondeur cette structure née du tourisme social d'après-guerre et qui réalise alors près d'un milliard de francs de chiffre d'affaires annuel, gère quelque 170 établissements (villages, hôtels, résidences, campings), emploie près de 1 000 permanents et compte pas loin de 600 000 clients. Dans le détail, il va notamment augmenter le budget publicité, troquer une baisse de 1% des rémunération de ses salariés contre 23 jours et demi de vacances supplémentaires et réduirera même les effectifs à la fin des années 1990.

Mais au VVF, à majorité CFDT, il délègue les négociations à ses collaborateurs et déclarera, comme le rapportent nos confrères de l'Express :

Les syndicats s'organisent comme ils veulent. Ce n'est pas mon problème de chef d'entreprise.

Point d'orgue du changement, Edmond Maire finira par affirmer que VVF - qui est une association depuis sa création en 1959 - ne peut conserver ce statut si la structure veut perdurer. En 1997, son exploitation commerciale est confiée à une société anonyme (SA) : VVF Vacances. Un premier pas vers sa privatisation qui sera définitivement actée en 2006. De son côté, Edmond Maire annonce qu'il passe la main en 1998, avant de reprendre quelques mois plus tard du service chez France-Active, association d'insertion et de création d'entreprise.

"Les syndicats s'organisent comme ils veulent. Ce n'est pas mon problème de chef d'entreprise." M. le Président ne mélange pas les genres. Chez VVF, à majorité CFDT, il laisse les négociations à ses collaborateurs.
En savoir plus sur https://www.lexpress.fr/informations/le-portrait-edmond-maire-la-tete-de-l-emploi_619019.html#eG4zLDeyYM8eVQqB.99

Nicole Notat, de la CFDT à l'organisation des dîners du "Siècle"

Lorsqu'elle est élue secrétaire générale de la CFDT en 1992, Nicole Notat est alors la première femme à diriger une confédération syndicale en France. Dix ans plus tard, elle laissera la place à François Chérèque, "de peur de faire le mandat de trop", confie t-elle alors. Et à peine retirée de la vie syndicale, elle bascule dans le privé.

En 2002, elle crée Vigéo, une entreprise de notation sociale. Plus tard, elle complètera cette activité par de l'audit et du conseil. Fin 2012, plus de 2.000 entreprises européennes sont soumises aux analyses et notations de son agence qui compte près de 100 salariés.

En 2011, elle a été nommé à la tête de l'assocation "Le Siècle", qui organise une fois par mois des diners entre personnalités et décideurs du monde politique, médiatique, économique. A noter aussi qu'elle est membre du conseil de surveillance du journal Le Monde.

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Nicolas Richaud

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