Tom Enders, le patron qui prend des décisions impossibles chez EADS

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Le président d'EADS vient de débarquer Stefan Zoller, le président de la branche Défense, très germanisée. Avec l'usine d'assemblage aux Etats-Unis, le siège social du groupe à Toulouse, il s'agit de la troisième grosse décision de Tom Enders en trois mois de présidence. Des décisions soi-disant impossibles à prendre jusqu'ici.

Depuis que Tom Enders est à la tête d?EADS, ça déménage? Au propre comme au figuré. En trois mois, il a commencé à transformer radicalement le groupe européen. Et sans concession. Surtout par rapport aux Etats, français et allemand. Depuis qu?il a pris le manche le 1er juin, il a pris trois décisions, qui étaient? soi-disant impossibles à prendre. Et pas des moindres : le siège social d?EADS à Toulouse, une nouvelle chaîne d?assemblage de l?A320 aux Etats-Unis à Mobile et, enfin, le départ "avec effet immédiat" - soit lundi - de Stefan Zoller, son vieux rival allemand jusqu?ici protégé par le gouvernement et qui était à la tête de la branche défense très germanisée, Cassidian, au sein d?EADS. Pour le remplacer, Tom Enders fait appel à Bernhard Gerwert, qui a été  également nommé membre du comité exécutif d?EADS. Stefan Zoller qui, "quitte le groupe pour suivre de nouveaux challenges professionnels", dirigeait la division Défense et Sécurité du Groupe depuis 2005. Ce qui est surprenant, ce n'est pas la décision, c'est plutôt la rapidité avec laquelle elle a été engagée.

Enders a rapidement tourné la page Gallois

Ca n?a donc pas traîné et Tom Enders a tourné la page Gallois très rapidement. Et ce n?est pas fini. Une réorganisation devrait être annoncée rapidement à l?automne. A l'issue d'échanges avec les salariés durant trois à quatre mois, il souhaite "en parler avec le comité exécutif et le conseil d'administration cet automne puis partager avec tous très rapidement", avait-il écrit début juin à l?ensemble des salariés du groupe. Il ne déroge pas à ce plan de marche. "Prendre les commandes d'EADS signifie pour moi endosser des responsabilités plus stratégiques et moins opérationnelles, avait-il expliqué dans son courrier. Mon travail consistera désormais à piloter l'équipe dirigeante d'EADS, à faire évoluer la stratégie du groupe, ses objectifs, sa réputation et sa rentabilité".

En clair, c?est lui le boss et personne d'autre. Tom Enders veut que le groupe se mette en mouvement et "espère que certains de ces changements vont me permettre de créer une vraie communauté de leaders dans le groupe, des leaders qui ont le tempérament, les compétences et le courage de prendre des décisions, d'assumer leurs responsabilités et d'améliorer les performances du groupe à tous les niveaux".

Désaccord stratégique ?

Ce sera donc le cas de Bernhard Gerwert, un proche de Tom Enders. "Pour cette succession, nous n?avons pas eu à chercher longtemps, explique le patron d?EADS dans le communiqué de Cassidan. Il n?y avait pas de meilleur choix que Bernhard Gerwert. Sa connaissance du groupe et du secteur de la Défense et Sécurité n?a pas d?égal. Il est impératif que nous nous focalisions sur les secteurs où nous pouvons fournir des revenus constants avec des marges importantes. Bernhard a fait preuve à maintes reprises de remarquables compétences managériales ; sa crédibilité et son image à l'intérieur et à l'extérieur du groupe sont excellentes. Il n?a pas seulement mon entier soutien, mais aussi celui de l'ensemble du conseil d'administration pour ce nouveau challenge. Bernhard apportera de nouvelles directions et impulsions à Cassidian".

Au-delà de la rivalité entre les deux hommes, le départ de Stefan Zoller signifie clairement le désaccord stratégique entre les deux hommes sur l?avenir de Cassidian. C?est ce qu?il faut lire entre les lignes de sa déclaration dithyrambique en faveur de Bernhard Gerwert. En outre, l'ancien patron de Cassidian, qui mise principalement sur les pays émergents (Brésil et Inde, notamment) néglige les relations avec certains clients domestiques d'EADS, dont la France et la Grande-Bretagne. Stefan Zoller a donc payer pour les mauvaises relations qu'il a instauré entre le groupe EADS et ces pays.

L'impossible équation du rééquilibrage des activités civiles et militaires

Rééquilibrer les activités défense et civiles, qui était l?un des objectifs stratégiques en 2007 de Louis Gallois à travers la fameuse "Vision 2020" d?EADS, a semble-t-il vécu. Le portefeuille du groupe est "fortement dépendant d?Airbus, qui représente plus de 64 % de son chiffre d?affaires, ce qui entraîne une vulnérabilité importante liée aux cycles de l?aviation commerciale et aux charges financières des programmes aéronautiques", expliquait-on alors chez EADS. Quatre ans plus tard, l?équation du rééquilibrage semble impossible? à moins d?une méga-acquisition dans le domaine de la défense et sécurité. Fin 2011, Airbus représente encore 67,4 % du chiffre d?affaires d?EADS. Soit 33,1 milliards des 49,1 milliards d?euros de chiffre d?affaires de l?an dernier. Et 63,4 % pour la seule activité civile (hors Airbus Military), en hausse de 12,6 % par rapport à 2010. Dans le même temps, Eurocopter représente 11 %, Astrium 10,1 % et Cassidian 11,8 % du chiffre d?affaires d?EADS.

En outre, la croissance des ventes du groupe européen (+ 3,3 milliards, à 7,4 %) est principalement liée à la division civile d?Airbus (+ 12,6 %). C?est moins flagrant pour l?ebit, la contribution d?Airbus étant seulement de 34,4 %. En revanche, en termes de prises de commandes, Airbus écrase toutes les autres activités d?EADS (72 %). "Ce que l?on sait, c?est que, sur le long terme, Airbus est en croissance. C?est balistique. Le marché va croître de 4,5 % à 5 % par an sur les vingt prochaines années", développe un haut dirigeant d?EADS. Ce qui n?augure donc pas un possible rééquilibrage d?autant qu?Airbus met le cap sur le développement de ses activités de services, et plus précisément sur la maintenance et l?assistance de la flotte airbus. Bref, comme on le souligne chez EADS, "la Vision 2020 est morte". On évoque dans le groupe un rééquilibrage des activités Airbus et non Airbus. 

Cassidian a-t-il un avenir ?

Quel avenir pour Cassidian ? EADS va garder des activités de défense. La question est de savoir si le groupe va conserver sa filiale défense à part entière. Sauf si EADS peut jouer à nouveau un rôle pivot dans la consolidation européenne dans les activités de défense alors que l?on prête au gouvernement la volonté de marginaliser Dassault Aviation en France. Car aujourd?hui Thales, DCNS et bientôt Nexter sont dans son orbite. Autre inquiétude, Cassidian, l'un des trois actionnaires du consortium Eurofighter, est en train de perdre le contrat du siècle en Inde, qui a choisi en janvier d'entrer en négociations exclusives avec Dassault Aviation pour la vente de 126 avions de combat. Ce qui met Cassidian en réelle difficulté, car faute de contrat export significatif et de la commande de la tranche 3B (124 appareils), les quatre chaînes d'assemblage de l'Eurofighter devraient fermer vers 2018. Toutefois, pour gagner à l'export, le Typhoon (version export) doit devenir un avion multirôle. Ce qu'il n'est pas tout à fait encore avec une mission air-sol encore trop légère pour pouvoir exister à l'export.

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Commentaires
a écrit le 05/09/2012 à 11:52 :
Pour l'instant il donne par ses décisions des gages à l'actionnaire français. Y aurait-il un loup?
a écrit le 04/09/2012 à 23:57 :
Est-il prudent de livrer ainsi nos efforts de recherche et de stratégie à la concurrence ? Le plus juste serait que M. Enders suive ses ambitions et travaille directement chez Boeing.
a écrit le 04/09/2012 à 19:23 :
Gallois a mis Airbus sur le chemin de la productivité avec son plan "Power8", Tom Enders a maintenant les mains libres pour booster EADS et prendre les décisions stratégiques qui ne pouvaient être envisagées en même temps que la restructuration industrielle
a écrit le 04/09/2012 à 10:01 :
Notez quand même que Boeing a de nombreux sous-traitants en Europe.
a écrit le 04/09/2012 à 9:41 :
chez nous Gallois est un grand patron ce qui veut dire ne rien faire sans l'accord des syndicats cad à chaque fois des demi mesures au mieux ou des solutions qui coûtent plus chères que le présent
Bref chez nous un grand patron est un politique et chez les allemands un dirigeant économique..on se demande pourquoi l'Allemagne est exportatrice et nous pas..
Réponse de le 04/09/2012 à 19:00 :
Entièrement d'accord avec vos propos!!!!!!!
Réponse de le 05/09/2012 à 9:20 :
Vous n'avez probablement pas bien compris la subtilité des relations franco germaniques dans le pilotage de l'entreprise EADS. Louis Gallois étant Francais, il lui était impossible de faire ce que vient de faire son successeur à l'égard de Zoller par exemple, ou le transfert du siège en France, sans se faire taxer d'antigermanisme !!
a écrit le 04/09/2012 à 2:16 :
Le secteur de la défense à EADS pululle d'anciens, un vieux mammouth qui n'attend que d'être degraissé...une planque qui vit sur l'argent publique, surtout chez EADS SODERN ! Une maison de retraite !
a écrit le 03/09/2012 à 21:42 :
Bravo ... Un vrai dirigeant ... "espère que certains de ces changements vont me permettre de créer une vraie communauté de leaders dans le groupe, des leaders qui ont le tempérament, les compétences et le courage de prendre des décisions, d'assumer leurs responsabilités et d'améliorer les performances du groupe à tous les niveaux". .... C'est ce qui nous manque, des gens capables de décider et d'assumer leurs responsabilités pour lesquelles ils sont si chèrement payés ...
a écrit le 03/09/2012 à 20:25 :
je resume : ' pour reformer la france, il faudrait elire un president allemand, au moins ils ont des c...'
Réponse de le 04/09/2012 à 6:59 :
Vous avez plus que raison.
Réponse de le 04/09/2012 à 7:50 :
Émigrez en Allemagne les nostalgiques ...
Réponse de le 04/09/2012 à 12:50 :
à Pépine : je propose plutot d'exporter en priorité et de toute urgence nos syndicats, et ensuite l'ENA... Ils vont montrer aux autres comment couler une nation qui va bien !
Réponse de le 04/09/2012 à 13:07 :
Bien d'accord, la gangrène de la France.il nous faut des gens CAPABLES.
a écrit le 03/09/2012 à 18:12 :
Bravo à Tom. Il est suffisamment rare de voir un chef d'entreprise courageux prenant des décisions pour le bien long terme de son entreprise sans se laisser "fagociter" par les politiques, pour que cela soit salué.
a écrit le 03/09/2012 à 17:52 :
probablement pas "consensuel" ni "normal" comme attitude pour le nouveau president d'EADS mais peut être très bénéfique ...
a écrit le 03/09/2012 à 17:42 :
Ah au fait. ya combien d usine d'assemblage de Boeing Transatlantiques en Europe?
Les États Européens ne devraient t'ils pas plutôt acheter des Boeing en contrepartie d'une installation d' usines en France ou en Allemagne?
Si EADS l'a fait aux US, pourquoi Boeing ne pourrait pas le faire en Europe?

Réponse de le 03/09/2012 à 18:17 :
Bob, vous confondez l'europe et les états-unis avec la CHINE ! Il n'y a que l'état chinois qui peut faire pressions sur ses compagnies pour acheter des avions à tel constructeur. Dans les pays occidentaux, les compagnies privées peuvent acheter à qui elles veulent sans que l'état s'emmelle . Sinon, Boeing ne possède pas de chaine d'assemblage hors des états-unis pour des raisons évidentes : Ils n'en ont pas besoin vus qu'ils produisent déjà en zone $ , or c'est pour produire en zone $ que Airbus a installé sa chaine d'assemblage à MOBILE. Les américains ont choisi de ne pas faire de chaine d'assemblage en chine car leur marché chinois étaient déjà conquis et qu'ils ne voualaient pas faire de transfert de technologie.
Réponse de le 04/09/2012 à 2:18 :
+1 !!! La zone dollars, le nerf de la guerre pour EADS ! Bravo excellent com
Réponse de le 04/09/2012 à 9:54 :
mais non vous n'avez rien compris, l'euro fort est une chance pour l'europe...
Réponse de le 04/09/2012 à 10:25 :
@NO : Il n'y as pas de debat euro fort ou euro faible en matiere d'aeronotique... Les acheteurs payent en Dolalrs, donc pour des question de facilité comptable il est plus simple de produire en dollars plutot que de produire en Euro pour vendre en dollars. dans le dernier cas, le risque de change et trop important
Réponse de le 04/09/2012 à 10:45 :
@M92, mon commentaire se voulait ironnique. je n'en reste pas moins extrêment sidéré de voir le nombre de personne qui trouvent "normal" ou business firendly que EADS (ou d'autre entreprises) ouvrent des usines au US, en chine, pour vendre là bas, et hurlent au protectionisme le plus rétrograde lorsqu'il s'agit d'évoquer la possibilité de demander aux entreprises US ou chinoise d'ouvrir des usines en europe pour vendre chez nous.
Réponse de le 04/09/2012 à 12:28 :
Le probleme est que les chinois n'aiment pas la concurence loyale. Et vu que en plus de cela, on leur offre tout sans qu'ils ais trop a demander, bah ils en profitent... Conernant les americain, il ne sont pas vraiment interessés par les compagnies europeenne, donc pas vraiment d'interets pour eux...
a écrit le 03/09/2012 à 17:40 :
toto

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