Missiles : Thales sort vainqueur de la guerre franco-française dans les sables saoudiens

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Le groupe d'électronique français et le missilier MBDA s'étaient engagés dans une guerre franco-française en Arabie saoudite pour un contrat de l'ordre de 2,5 milliards d'euros. Un arbitrage interministériel rendu fin juillet bénéficie à Thales au détriment de son rival MBDA.

C'était à prévoir. La guerre franco-française entre Thales et MBDA en Arabie saoudite a soulevé cet été une belle tempête de sable au plus haut niveau de l'Etat, qui a exigé des explications aux deux industriels impétrants. Rappel des faits : les deux groupes visent un contrat de l'ordre de 2,5 milliards d'euros environ pour moderniser la défense anti-aérienne (Air defence) du Royaume (contrat Mark 3). L'un avait la légitimité de l'Etat et le bénéfice de l'antériorité dans la négociation (Thales), l'autre (MBDA) proposait au groupe d'électronique de faire une offre commune avec son rival. Sans succès. Ce qui a finalement amené le missilier à faire une proposition en solo à Ryad. Problème, cette bataille fratricide, qui agaçait les Saoudiens, pouvait à terme bénéficier à un pays tiers (Etats-Unis, Allemagne....) si le nouveau gouvernement français n'y mettait pas bon ordre. Ce qu'il a fait au c?ur de l'été, fin juillet.

L'Etat soutient Thales

Cette guerre contre-productive entre deux groupes tricolores en Arabie saoudite a provoqué un branle-bas de combat au sein du ministère de la Défense. Et le dossier est même remonté jusqu'à Matignon. Selon des sources concordantes, une réunion interministérielle a finalement tranché fin juillet en faveur de l'offre de Thales. Le groupe d'électronique propose une modernisation du parc saoudien à base de Crotale NG (VT1). Et depuis 1984, Thales fait son beurre en engrangeant toute une série de contrats pour le support et la rénovation des systèmes Crotale/Shahine à l'image du contrat Shola 2 (197 millions d'euros).

MBDA sur le bord de la route

Désormais MBDA a donc interdiction de marcher sur les plates-bandes de Thales en Arabie Saoudite. Et ce malgré l'implication personnelle du PDG du missilier, Antoine Bouvier, qui a défendu son offre qu'il considérait comme représentant le mieux les intérêts de l'équipe France... et de son groupe. Car l'offre de MBDA tenait la route. Le missilier avait proposé auprès de Ryad ses missiles VL Mica et Aster ainsi que la modernisation des Crotale, sous la maîtrise d'oeuvre de Thales.

Le groupe allemand Diehl en embuscade

La bagarre franco-française a-t-elle laissé des traces en Arabie saoudite ? C'est un peu trop tôt encore pour le dire. Mais ce qui est sûr, les concurrents en ont profité. Cette guerre fratricide pourrait, à terme, avait estimé en juillet plusieurs sources concordantes, faire perdre le contrat au profit d'un concurrent étranger. Les Américains, notamment Raytheon avec le SLAMRAAM et Lockheed Martin, sont en embuscade. Mais selon certains observateurs, ce serait les allemands qui pourraient tirer les marrons du feu, comme ils l'ont déjà fait en Arabie saoudite en remportant le très gros contrat de surveillance des frontières soufflé au nez et à la barbe de Thales par EADS, défendu par Berlin. Le groupe allemand indépendant Diehl-BGT propose son missile IRIS-T SL, une version sol-air du missile air-air à guidage radar IRIS-T, le concurrent du Mica et l'ASRAAM de MBDA.

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Commentaires
a écrit le 22/09/2012 à 16:12 :
Devinette: A quelle hauteur s'élève la part de Thales dans le prix d'un missile MICA ?
Réponse: Près de 50%.

Comme quoi, les apparences sont trompeuses et on est dans du gagnant-gagnant pour MBDA et Thales sur une offre MICA, missile fabriqué en France contrairement à son (mauvais) concurrent. En fait on se bat pour maintenir sous perfusion une UP de Thales qui ne fabrique plus que des missiles obsolètes!
a écrit le 22/09/2012 à 16:04 :
Et avec un produit aussi performant que le Crotale NG, dont une partie est fabriquée en dehors de la France, le vainqueur de l'appel d'offre sera Diehl et son IRIS!
a écrit le 20/09/2012 à 19:28 :
MBDA a déjà trois actionnaires : les Anglais, les Italiens et les Français. Qui plus est, MBDA a déjà racheté la seconde société de missiles allemande. Ils ont des usines en France, en Angleterre et en Allemagne. Dassault n'a rien à voir avec les missiles sauf qu'ils sont les fabricants de la plateforme d'armes qui s'appelle Rafale. Alors que ferait Dassault dans cet ensemble. Quand à Thales ils ont à des années lumières de retard sur MBDA. Ils ont une filiale en Angleterre qui ne fabrique d'autre qu'un seul missile que plus personne ne veut acheter. Pourquoi voulez vous que MBDA trainent un boulet pareil. Par contre, ils ont d'autres systèmes qui sont indispensables à MBDA. Thales dans ce cas est un très bon PARTENAIRE et c'est déjà pas mal. Pour le monopoly de sociétés laissez faire le ministère de la défense et la DGA faire ses bêtises. En laissant Thales seul sur le marché Arabie Saoudite,ils viennent de faire une bourde de première ordre. En fait ils ont laissé le marché à la concurrence US et Allemande.
Réponse de le 22/09/2012 à 16:07 :
Bonne analyse.
Nos supers stratégistes à la petite semaine du cabinet du Ministre ( dont un conseiller, ancien de Thales), en poussant un missile obsolète, viennent de faire un nouvel entrant sur ce marché et un heureux: DIEHL!
Dommage pour les missiles conçus et assemblés en France!
a écrit le 20/09/2012 à 12:56 :
une fusion de thales avec EADS ne serait -elle pas la solution, en incluant peut-etre Dassault dans l'opération ?? et pourquoi pas une structure allemande pour conserver le même équilibre entre les 2 pays ? En plus, si rapporchement avec BAE il devait y avoir, cela donnerait plus de poids au couple franco-allemand ..!! ????
Réponse de le 20/09/2012 à 15:42 :
100% d'accord... D'abord fusion avec thales et dassault puis avec BAE qui n'aura pas trop le choix des discution au vu du poid d'eads apres fusion avec thales et dassault....
Réponse de le 20/09/2012 à 18:35 :
Dassault n'a pas forcément intérêt à fusionner avec EADS. Pour la simple raison que l'Eurofighter est un produit EADS, concurrent du Rafale. Si Dassault venait à faire partie d'EADS, la France perdrait durablement sa capacité à mener seule et indépendamment des programmes militaires. L'Eurofighter devait initialement être un projet européen, dont la France s'est retirée, estimant que l'avion qui était prévu ne correspondait pas à ses besoins. 25 ans plus tard, nos décideurs ont eu raison: le Rafale est sur le point de décrocher certains des plus gros contrats des vingt prochaines décennies, et les pays du consortium Eurofighter (mention spéciale aux Anglais et Allemands) cherchent à se débarrasser de leurs avions, trop coûteux et incapables de tirer ne serait-ce qu'une pauvre bombinette.... Dassault a un savoir faire unique en Europe qui serait éparpillé et/ou mal utilisé dans un groupe comme EADS. A la rigueur une coopération Dassault EADS Thalès serait plus crédible pour lancer un drone, avec Dassault comme maître d'oeuvre, EADS pour l'armement, SAFRAN pour la propulsion et Thalès pour l'électronique embarquée. Ce schéma a l'air plus cohérent, mais il faut le faire accepter aux autres partenaires européens...
Réponse de le 20/09/2012 à 20:00 :
@patex : je ne sais pas l'intérêt de Dassault, mais il me semble que EADS est déjà actionnaire de Dassault à plus de 40 % !! Seul l'état a empêché EADS de prendre la main sur Dassault ! Il suffit donc que l'état le décide, et Dassault intègrera le groupe EADS, non ? ET si Dassault rejoint EADS, mécaniquement, la part française verra son influence augmenter ...
Réponse de le 20/09/2012 à 20:02 :
@patex : maintenant cette idée pourrait aussi s'organiser avec une répartition des rôles internes qui ne soit pas que de la domination pour les uns et de l'écrasement pour les autres : un deal à la Renault-nissan qui soit gagnant-gagnant !?
Réponse de le 20/09/2012 à 21:43 :
Lyon69 tu me fais rigoler ... toi le chantre du libéralisme , le défenseur de la liberté des entrepreneurs ... tu voudrais que l'état dise à Dassault ce qu'il doit faire ... alors que Dassault a 51% de Dassault Aviation et qu'il est donc majoritaire donc CHEZ LUI !!!! même si EADS à 46% il ne peuvent pas faire grand chose , a part acheter les 3% de flottant (qui de plus doivent appartenir en partie à la famille ou aux proches de Dassault ) ... ils ne peuvent pas faire grand chose sur Dassault ... à part s'allier à BAE qui lui même s'était allié à Dassault sur les drônes ... histoire de l'isoler et avoir une plus grande force de frappe pour vendre leur fer a repasser volant concurrent ....
Réponse de le 20/09/2012 à 23:11 :
@ahbon : je n'ai pas dit "l'état doit imposer" (même s'il est vrai que dans le domaine militaire, c'est de toute façon l'état qui fait vivre ces boites !) mais "il me semblait que l'état avait agi dans un sens", et donc qu'il pouvait cessez d'agir (ou agir dans l'autre sens) ... et puis si l'intérêt des uns devient commun à tous, ils s'uniront d'eux-mêmes ! Car que serait le Rafale sans le contrat avec l'état ????
Réponse de le 21/09/2012 à 12:46 :
@Lyon69: vous avez raison, EADS possède 46,76% de Dassault, mais la répartition des droits de vote est très différente. Il faut savoir que cette part est à l'origine celle d'Aérospatiale (la cession par l'Etat remonte à 1998, EADS a été créé plus tard). C'est lors de la création fusion entre DASA et Aérospatiale qu'EADS est devenue la nouvelle entité actionnaire. EADS n'a jamais eu son mot à dire sur les affaires de Dassault qui reste le patron chez lui. D'ailleurs, c'est une entreprise très profitable, qui génère des dividendes non négligeables pour le groupe européen.
Enfin, sur une éventuelle intégration de Dassault à EADS, je persiste à croire qu'elle serait défavorable aux intérêts français, car nous devrions obligatoirement mener nos projets avec nos partenaires européens, c'est à dire faire une coopération internationale, et sauf Airbus (qui reste assez centralisé) et MBDA, les autres exemples de coopérations internationales sont des échecs retentissants (Eurofighter qui compte deux ou trois usines pour 700 avions, une folie, et l'A400M est en passe de réaliser un bel exercice de style de désastre industriel). La France a joué cavalier seul pendant des années pour ses avions de combat, et l'histoire nous a toujours donné raison. Les seules coopérations européennes réussies en aviation de combat sont le Jaguar (FR/UK), et le Tornado (UK/ALL). Lors de ces coopérations les besoins de chacun ont été identifiés avec à la clé un avion cohérent, les rôles de chacun ont été bien définis. Le résultat c'est qu'aujourd'hui le Tornado a tellement été bien conçu que les Allemands le mettent à niveau pour remplir les missions de l'Eurofighter, qui lui a été le produit de besoins différents et non concordants, avec un partage industriel totalement raté reposant sur un savoir faire parfois douteux et une gestion trop politique (4 partenaires, ça aura abouti à une belle usine à gaz).
Réponse de le 21/09/2012 à 21:16 :
@lyon69, tu dis : "(même s'il est vrai que dans le domaine militaire, c'est de toute façon l'état qui fait vivre ces boites !)"... sauf que le militaire ... c'est 30% max du chiffre d'affaires de Dassault Aviation , les 70% restants sont générés par le civil (les Falcons) qui sont exportés a presque 100% et pour lesquels a part l'achat d'un avion ou deux tous les 8 ans l'état Français n'a rien a dire ...

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