EADS-BAE Systems : mais de quoi se mêle l'Etat allemand dans cette fusion ?

 |  | 956 mots
Lecture 4 min.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : AFP)
Le groupe EADS commence à s'irriter sérieusement de l'interventionnisme de Berlin dans le rapprochement entre les groupes EADS et BAE Systems. D'autant que l'Etat allemand n'a aucun droit de veto sur cette opération.

La position de principe sur la fusion EADS-BAE Systems adoptée par l?Etat allemand est pour le moins surprenante. Encore plus surprenante pour un Etat qui n?avait cessé de donner par le passé des leçons à Paris sur son interventionnisme dans le groupe EADS. Car à bien y regarder, l?Etat allemand, contrairement à l?Etat français qui détiendra 9 % dans le futur groupe, n?y aura aucune participation ? du moins dans un premier temps. L'Allemagne, qui n'a jamais su conclure les négociations pour son entrée dans le capital d'EADS, ne dispose donc aujourd'hui d'aucun droit de veto sur ce rapprochement. Or, "l?Allemagne est le pays qui parasite aujourd?hui le plus l?environnement des négociations alors qu?il n?a aucun droit dans EADS, ni, par conséquent, dans le futur groupe", explique-t-on au sein du groupe européen. Ce que confirme une source proche du dossier interrogée par "latribune.fr", "le bordel allemand crée beaucoup de désordre". "En France, le dossier est bien géré, ce qui n?est pas le cas en Allemagne, regrette cette même source. On ne sait pas qui porte actuellement le dossier".

L'Allemagne veut une action spécifique mais à quel titre ?

Aucun droit ne ne veut pas dire automatiquement que l?Etat allemand n?aura pas son mot à dire... mais il ne donnera qu?un avis, rappelle-t-on au sein du groupe européen. "Nous, ce qui nous importe, c?est la position de notre actionnaire allemand qui est jusqu?à nouvel ordre Daimler (Ndlr, 15 % du capital et 22,5 % des droits de vote)". Clairement, EADS commence à s?agacer sérieusement de l?interventionnisme tous azimuts de l?Etat allemand dans cette opération. D?autant que ce dernier souhaite, à l?image de la Grande-Bretagne et de la France au titre de leurs activités nucléaires, détenir une action spécifique. A quel titre ? Au titre des activités dans l?aéronautique militaire, l?Eurofighter, explique-t-on à "latribune.fr". Ce qui paraît surréaliste. Pour autant, à l?image de la France et de la Grande-Bretagne, le gouvernement allemand défend ? à juste raison ? l?emploi, les sites industriels et les bureaux de recherche et développement (R&D). "C?est le tronc commun des revendications des trois Etats", confirme-t-on à "latribune.fr". Les négociateurs travaillent avec chacun des trois pays sur des engagements écrits en vue de donner des garanties sur l'emploi et la préservation des sites, selon nos informations. C'est dans ce contexte que le député du Parti libéral FDP, partenaire de la chancelière, Martin Lindner, a estimé que ce qui comptait "ce n?est pas l?influence des gouvernements sur EADS ou ses composantes, il s?agit de garder certaines technologies dans ce pays". Berlin craint également que la filiale défense d?EADS, Cassidian, ne fasse les frais d?une restructuration au profit des sites britanniques. Pour autant, l'ex-patron de Cassidian, Stefan Zoller, n?avait pas hésité à tailler à la hache dans les sites français au profit de ceux basés en Allemagne.

Pourquoi faudrait-il une position commune entre Paris et Berlin ?

Enfin la chancelière allemande Angela Merkel tente d?entraîner François Hollande sur la pente dangereuse d'une position commune entre les deux pays. "Nous n?avons pas pris de décision", avait-elle annoncé samedi lors des entretiens qu?elle avait eu avec François Hollande. Or, les deux pays n?ont pas les mêmes droits. Ce que semble avoir compris le chef de l?Etat français qui n?a évoqué pour sa part qu?une "concertation étroite" entre les deux pays sur ce dossier, qui est "un enjeu qui concerne l?Europe mais aussi nos deux pays, compte tenu de la composition du capital de cette entreprise". "La France, qui elle a des droits, n?a pas à se laisser entraîner dans une position commune avec l?Allemagne", maugrée-t-on dans l?entourage du groupe EADS. La France, qui restera actionnaire dans le futur groupe, est en mesure de négocier certains des avantages dont elle jouit déjà au titre de son pacte d?actionnaires au sein d?EADS. "Il ne faut pas qu?elle rate le train", avertit-on sein d?EADS. Ce qui irrite toutefois le président d?EADS, Tom Enders, toujours aussi soucieux d'éloigner les Etats de la gestion du groupe. La présence des actionnaires publics "dans des groupes de cette taille" n?est pas "absolument nécessaire", a-t-il redit ce mercredi à l?issue de son audition par les députés allemands. Mais il s?y est quand même résolu? tout comme les Britanniques, qui n?ont pas mis de veto à la présence de l?Etat français dans le capital d?EADS, confirme une source proche du dossier. Et EADS et BAE Systems attendent que Angela Merkel, qui n'a pas émis de blocage de principe sur cette opération, siffle la fin de la récréation en Allemagne.

L'Allemagne n'aura pas la parité avec la France

L'équilibre actionnarial franco-allemand existe tant que le constructeur allemand Daimler reste dans le capital du futur groupe. Mais il a réitéré son désir d'en sortir. L 'Etat allemand doit aujourd'hui se reposer la question de savoir si il lui est nécessaire d'entrer dans le capital du futur groupe. Pas sûr toutefois qu'il puisse racheter la participation de Daimler sur le plan politique. "Est-ce que l'Etat allemand peut mettre sur la table 6 à 7 milliards d'euros pour racheter la participation de Daimler ?", s'interroge une source proche du dossier. Et de conclure que l'Allemagne, une fois Daimler sorti, ne pourra plus avoir la parité avec la France.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/10/2012 à 20:36 :
Bonjour, le problème ses que dans cette construction s?est que les Anglais joue et respire a chaque minute Américain. Cette histoire n?est pas claire car la volonté de la GB de diminuer l?influence de la France et de l?Allemagne dans ce futur groupe?
Pourquoi ? si ce n?est pour laisser la main libre a leur seul allier (USA) car nous ne savons pas ou se trouve actuelle les 55% du reste ce cette entreprise, voir même les 40% qui reste si la GB vendez sa part sur les marchés. Voila ou est le problème, le fait n?est pas de payer trop chère, mais il est inconcevable de perdre un droit de regard sur les fussions et acquisitions future de se groupe industriel. Nous aussi nous avons nos secrets que nous ne souhaitons pas partager.
a écrit le 27/09/2012 à 9:55 :
Cette fusion, c'est un peu la construction d'une communauté européenne de défense. FR-DE-UK. Il est juste que les gouvernements des états concernés soient un peu nerveux. C'est du jamais vu, comme la construction monétaire de l'euro avec le succès que chacun lui reconnaît.
Réponse de le 27/09/2012 à 14:20 :
Pas mieux.
Réponse de le 01/10/2012 à 20:40 :
Malheuresement la GB ( UK) n'est pas dans la zone EURO, et il sont loins de jouer dans le même cours que nous.
Ils font tout se qu'il peuvent pour nous couler a vrais dire.
A réfléchir
a écrit le 27/09/2012 à 9:45 :
60/40... de toute manière, on se met de la vaseline!
j'aime bien le côté management d'eads qui ne veut plus d'Etats... alors que c'est grâce à ces Etats que son groupe existe...
pôv'gars!
Réponse de le 27/09/2012 à 11:36 :
Le 60/40 n'a qu'un seul et unique objectif : diminuer au maximum le poids de la France dans le nouveau groupe. La France n'a aucun intérêt a cette fusion. AUCUN, ni stratégique, ni industriel, ni même financier. Il semble que pour une fois le gouvernement s'en rende compte. Malheureusement je ne me fais guère d'illusion, l'Allemagne et d'autres vont encore nous faire le coup des intérêts supérieurs de l'Europe et on va se faire avoir comme d'habitude. En fait, le seul allié à ce stade, c'est Daimler, il souhaite vendre leur participation qui est devenue plus financière qu'industrielle. Je les vois mal s'assoir sur quelques milliards pour faire plaisir à d'autres.
a écrit le 26/09/2012 à 23:31 :
Quoi ? Un gouvernement ose interférer dans la gouvernance d'une entreprise privée alors qu'il n'est même pas actionnaire !!!!! C'est un scandale, une honte ! Ce ne serait pas possible en Allemagne. Jamais ! Les politiques et les journaux allemands crieraient aux loups face à cette infamie ! Allemagne est un pays évoluer pas comme la France. Mais suis-je bête il s'agit du gouvernement allemand... Là c'est différent, eux ils ont le droit et ce n'est pas un comportement archaïque et rétrograde...
Soyons clair, dans cette affaire seul le gouvernement français a son mot à dire, il est actionnaire contrairement à l'Allemagne et à la GB. S'ils voulaient peser, il ne fallait pas brader leurs participations. Ou alors assumer le fait que l'industrie aéronautique et de défense est un secteur spécifique.
a écrit le 26/09/2012 à 23:22 :
EADS (Airbus) est une entreprise commune franco-allemande (une des très rares qui marchent). L'Etat francais y a gardé sa participation, l'Etat allemand aussi, ne serais-ce que par le biais de la participation da Daimler/DEBIS.

Maintenant, les allemands étaient d'accord pour cèder sa participation et de ne garder que le "golden share" qui lui reservait certains droits, notamment eu égard des emplois EASD en Allemagne.
La France, quant à elle, ne veut pas seulement la "golden share", mais aussi une participation directe de 9% dans la nouvelle entreprise. Là dessus, les allemands ne peuvent plus se contenter de la golden share seulement, mais demandent un traîtement égal à la France. Ce que les anglais, de leur côté, n'acceptent pas. Pour débloquer la situation, et comme la position francaise est "de béton", EADS essaye de faire "porter le châpeau" aux allemands en éspérant que ceux-ci tenteront avec succès de convaincre les francais. Voilà les faits. Véridique, vous pouvez me croire.
Ceci est à opposer à l'article. La stratégie EADS porte, comme on peut le constater, puisque notre journal préféré, dans son grand discernement que nous lui connaissons, est tombé dans le panneau.
a écrit le 26/09/2012 à 23:05 :
Ceci est une réquisition militaire pure et simple où le Pentagone fait d'une pierre plusieurs coups. Washington met la main sur le marché européen de la défense après celui de l'aéronautique depuis que Boeing fabrique le tronçon central de l'A350, et se débarrasse en même temps des gouvernements européens "Tom Enders has said he wants to build a company divorced of government ties" ( Bloomberg 25-09 ), tout est décidé à Washington d'où les nouvelles nous parviennent traduites avec un jour de retard. La voie serait alors libre pour transférer la capitalisation et le centre de décision à Londres.
Enfin, aucun audit ou investisseur sérieux ne verrait un avantage économique dans une fusion dont le but est de diluer les pertes de l'inéluctable restructuration de BAE qui devait son résultat exceptionnel aux guerres d'Irak et Afghanistan : "The beauty of the transaction for BAE is that it is losing itself in a bigger group". Les investisseurs de Wall Street sont d'ailleurs mobilisés dans ce sens : "BAE vulnerable to break-up or U.S. bid if merger fails?. Mais, tous comptes faits, plutôt qu?une fusion BAE-EADS bâclée, léonine, forcée et artificielle, une fusion de BAE avec un groupe américain me semble une bien meilleure option pour assainir nos relations, cela permettrait à Londres de tenir enfin son rôle naturel à visage découvert, celui d?une plaque tournante entre les Etats-Unis et l?Europe. Notre coopération à tous n'en sera que meilleure.
Réponse de le 27/09/2012 à 14:31 :
Pas du tout d'accord avec vos arguments. BAE System ne fait cette fusion que pour sa survie. Sachant que les américains ont coupé à coup de hache dans le budget de la défense, c'est 20% du CA de BAE qui disparaît.Ensuite le rerste du CA se fait essentiellement sur l'Ile. Sachant que comme aux USA, le RU sabre à tout va dans les dépenses militaires, il est clair que BAE n'a aucun avenir sur le long terme. Et pour rappel la fusion se fait à 60 EADS / 40 BAE; donc avantage EADS. Elle n'est que le début de la future défense européenne et en serait un magnifique fer de lance. Ce serait le seul groupe réunissant tous les domaines de compétences dans l'aérospatiale.
Réponse de le 27/09/2012 à 15:30 :
@ KCM67 - Washington exploite Londres et fait mine de soutenir l'UE qu'elle cherche en fait à reconfigurer suivant sa volonté et ses intérêts après l'avoir détruite. La responsabilité de la crise européenne repose entièrement sur Washington. D'où l'empressement.
a écrit le 26/09/2012 à 22:09 :
Que fait le gouvernement allemand ? Il défend les intérêts de sa population, lui. Chose qu'on ne voit guère en France, où nos benêts dirigeants sont prêts à tous les sacrifices pour leur utopie de l'Europe.
Réponse de le 27/09/2012 à 15:03 :
Oui. La manière dont le gouvernement ferme les yeux et abandonne aussi rapidement le sort du secteur le plus stratégique est suspecte. De plus, ce projet permet aux 3 promoteurs financiers du projet Morgan, Goldman Sachs et HSBC (que du beau monde...) d'avoir accès à des comptes et des données stratégiques qui ne correspondent pas à des sociétés mercantiles liées à la concurrence. Ce projet comporte un trop grand nombre d'anomalies et de déséquilibres.
a écrit le 26/09/2012 à 19:07 :
BAE, c'est pas eux qui sont sortis d'un consortium europeen il n'y a pas si longtemps? ils ne seraient pas dans la panade, dites, hein? auquel cas ft faire comme les chinois, attendre qu'ils soient au bord du depot de bilan ! business is business... qu'ils arretent de prendre les allemands pour leur porte feuille ' tapable' a loisir ( et c'est vrai aussi pour les francais et leur retraite a 40 ans financee par personne)
a écrit le 26/09/2012 à 18:34 :
"En France, le dossier est bien géré, ce qui n?est pas le cas en Allemagne, regrette cette même source. On ne sait pas qui porte actuellement le dossier", ou peut-être que nos gouvernants n'ont pas vu arriver les ennuis, et que les allemands ont eu la sagesse d'évaluer les risques portés par un tel projet ? Les allemands ont beaucoup à perdre si les activités militaires sont pilotées depuis Londres, puisque Cassidian est implanté majoritairement en Allemagne. Ces gens ont parfaitement raison de prendre le problème au sérieux. C'est peut être en se faisant enfler par les anglais qu'ils se rangeront définitivement du côté français et que pourra se faire la vraie Europe de la défense ?
a écrit le 26/09/2012 à 18:10 :
L'etat allemand et certain etats federaux sont actionnaires d'EADS via Daimler. Extrait du site d'EADS: "On February 9, 2007, Daimler reached an agreement with a consortium of private and public-sector investors by which it effectively reduced its shareholding in EADS by 7.5%, while retaining its voting rights over the entire 22.5% package of EADS shares". Les 7,5% c'est l'etat allemand et HGW qui est la societe d'investissement du Land de Hambourg

C'est pas different de l'etat francais qui est actionnaire via une JV avec Lagardere.

Faut voir a arreter d'ecrire tout et n'importe quoi

a écrit le 26/09/2012 à 17:46 :
tout simplement , les principaux Actionnaires ont leur mot à dire , non ?
Réponse de le 26/09/2012 à 18:00 :
mais l'Etat allemand n'est pas actionnaire, non ?
Réponse de le 26/09/2012 à 18:14 :
Si l'etat allemand est actionnaire au travers de Daimler
On February 9, 2007, Daimler reached an agreement with a consortium of private and public-sector investors by which it effectively reduced its shareholding in EADS by 7.5%, while retaining its voting rights over the entire 22.5% package of EADS shares
a écrit le 26/09/2012 à 17:23 :
De quoi se mêle l'Etat français dans une restructuration de SANOFI? SANOFI est une entreprise EUROPEENNE - Sanofi/Aventis, Aventis était Rhone-Poulenc et Hoechst! Grâce aux démarches de Sarkozy auprès d'un certain Prodi, Commissaire à Bruxelles, Sanofi s'est pratiquement approprié AVENTIS. On oubli vite en France!
a écrit le 26/09/2012 à 17:23 :
La FRANCE est quand même à la base du groupe EADS et il est tout à fait normal qu'elle reste actionnaire du "futur groupe" et qu'elle soit sourcilleuse de ses intérêts. La démarche allemande et ses réticences sont curieuses voire suspectes. Heureusement il y a Major TOM qui va mettre bon ordre à tout ça. Les atermoiements de l'Allemagne sont l'expression de la crainte (justifiée?)de se faire enfumer par les français et les anglais. Hélas la partie semble jouée car le pays n'est pas directement actionnaire du futur géant.
a écrit le 26/09/2012 à 17:17 :
Soyons sérieux , Daimler dont plus de 40%%du capital est au main d'actionnaires allemand comme la Deutsche bank, est le representant officieux de l'etat allemand.
Pour le reste certains semblent défendre cette fusion au nom d'un certaine ideologie economique , ils devraient se souvenir qu'EADS et Airbus n'ont vu le jour que par la volonté des états français et allemands , avec le succès que l'on sait.
Je ne vois pas ce qu'une fusion avec BAE systems apporterait a EADS au dela de la volonté manifeste de ses dirigeants de vouloir diluer la puissance des actionnaires etatiques et j'espere bien que les états feront echouer cette fusion.
a écrit le 26/09/2012 à 17:14 :
Encore heureux que la France reste actionnaire ! Les britanniques n'ont certainement aucun droit de veto la-dedans, surtout si c'est BAE qui joue sa survie dans les trois ans.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :