Ce que veut faire le couple EADS-BAE systems pour éviter un rachat hostile

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Pour que le système d'actions spéciales attribués à Paris, Berlin et Londres soit compatible avec les règles de Bruxelles, EADS veut qu'elles soient votées en assemblée générale des actionnaires pour être attribuées aux Etats. Ce serait ainsi un acte privé et non de gouvernement. L'Allemagne estime que ce système reste discutable.

Les négociations sur le rachat de BAE Systems par EADS sont semées d?embûches. En Allemagne où la cacophonie règne sur le sujet, on estime que le projet comporte un risque d?OPA sur le nouvel ensemble. La promesse de la direction d?EADS d'attribuer une "action spécifique" dans la nouvelle entreprise à Berlin, Paris et Londres, qui en possède déjà une dans BAE Systems, destinée à prémunir le groupe contre un éventuel rachat hostile, reste discutable, selon un document du ministère allemand de l'Economie que Reuters s'est procuré lundi.

Un point clé des discussions

Le texte juge que "la question de la protection contre un rachat est un point clé des discussions avec EADS". Selon ce document, "la France et l'Allemagne sont d'accord pour dire que 'l'action spécifique" proposée par l'entreprise n'offre pas de garantie totale, celle-ci pouvant être mise en cause par la législation européenne. Les moyens de mettre en place une protection contre un possible rachat sont en cours de discussion mais ils seront difficiles à défendre juridiquement", ajoute-t-il. Ces actions spécifiques ou "golden shares", qui attribuent un droit de veto à un actionnaire sur les décisions concernant notamment l'évolution du capital d'une entreprise ont déjà été contestées Bruxelles. La Cour de Justice européenne a par exemple ordonné au gouvernement britannique, en 2003, d'abandonner son action spéciale dans le gestionnaire d'aéroports BAA. Cette "golden share" ne se conformait pas au droit européen sur la libre circulation des capitaux.

Des actions spéciales votées en assemblée générale

Il existe une jurisprudence assurant que les actions spéciales protègent les activités défense des pays, mais celle-ci ne peut s?appliquer en cas d?un rapprochement EADS-BAE, dont la majorité des activités resteront civiles. Aussi, selon une source proche du dossier, EADS veut instaurer un système où ces actions spéciales, qui couvriront l'ensemble des activités du futur groupe, ne seront pas établies par les Etats mais votées en assemblée générale des actionnaires pour être attribuées ensuite aux Etats. De quoi blanchir ces derniers par rapport au droit communautaire sur les attributions des actions spéciales aux Etats. "Pour nous, il s?agit d?un acte privé, et non d?un acte de gouvernement", explique un proche du dossier. "Ce n?est donc pas un obstacle à la libre circulation des capitaux. Nous sommes confiants que, juridiquement, ces actions spécifiques tiennent la route". En tout cas, l'assemblée générale devra voter ce point crucial, un vote négatif ferait voler en éclat l'opération. "C'est consubstantiel à la réussite de l'opération, tout est lié", assure-t-on.

Une gouvernance normalisée

En rachetant BAE Systems, le pacte d?actionnaires en vigueur entre la France, Lagardere et Daimler volera en éclats au profit d?une gouvernance "normalisée", sans équilibre entre les pays fondateurs d'EADS, ni droit de veto pour certains grands actionnaires. Ce point est essentiel aux yeux d?EADS, non seulement pour convaincre les Britanniques de toper mais aussi vis-à-vis de Washington pour sanctuariser les contrats de BAE Systems aux Etats-Unis, qui représentent la moitié de la valeur du groupe britannique. "Personne au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ne comprendrait qu?une minorité dispose d?un pouvoir de contrôle", explique à "latribune.fr" un proche du dossier.

Si personne ne demande à la France (ni aux autres actionnaires de référence) de sortir du capital (pas même BAE Systems, même si cela leur conviendrait mieux), l?objet des négociations est de trouver une organisation qui permettent aux grands actionnaires de s?exprimer sans qu?ils aient pour autant le contrôle sur l?entreprise.

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Commentaires
a écrit le 26/09/2012 à 0:41 :
Attention au coup de Jarnac de dernière minute en assemblée...
a écrit le 25/09/2012 à 22:23 :
C'est assez tordu, en effet, mais quand il faut, il faut. Vive un Boeing européen
a écrit le 25/09/2012 à 22:06 :
C'est assez absurde que Paris Londres et Berlin soient obligés de faire des circonvolutions financieres pour contourner les règles de Bruxelles alors que ce sont les 3 principaux pays européens en terme de population, de défense, de PIB...
On marche sur la tête.
Les USA ne se mettent pas de telle contrainte
Réponse de le 26/09/2012 à 0:46 :
Il y a déjà bien longtemps que la direction de l'UE (la Commission) s'est totalement affranchie de tout contrôle. Et ceux qui croient que la construction fédérale permettra un désaisissement au profit des peuples ou des électeurs risquent fort de déchanter. Il suffit de se rappeler les méthodes employées encore et encore, comme pour le référendum d'initative populaire présentée commme contre-pouvoir démocratique: il ne reste qu'un machin totalement inutilisable si ce n'est par les organisations reconnues et financées, qui a de surcroit été vidé de sa substance puisqu'il ne serait même plus obliogatoire pour les instances européennes de donner suite si elles n'estimaient pas le sujet opportun...
Réponse de le 26/09/2012 à 2:29 :
vrai! On marche sur la tête est vraimentl'expression juste...les technocrates de Bruxelles vont encore réussir à faire aboutir à un résultat qui va à l'encontre des interets Européens. Ce n'est pas la 1ère fois (voir dans l"énergie, le BTP...) et surement pas la derniere. Une mascarade cette union Européene. Avec leur soif d'idéal de commerce libre, de concurrence...ils sont aveuglés (ou les aident -on? il est si facile de les corrompres, ils n ont aucun contrôle et le lobby est roi) et ne voient plus les interets Européens...les Américains et Chinios n'ont pas autant d"états d'âme et se frottent les mains.
Réponse de le 26/09/2012 à 6:07 :
AVEC LES ANGLAIS , ON PEUT ËTRE SÜR QUE LE PROJET VA CAPOTER !
a écrit le 25/09/2012 à 20:14 :
@DRRW
Le civil ne sera pas éternellement rentable DRRW.
La Chine avec Avic, le Brésil avec Embraer puis l'Inde qui cherche à s'équiper aussi, auront dans le futur les moyens de construire les gros porteurs civils à leur compagnies nationales sans avoir à faire appel à l'étranger comme Boeing ou EADS.
Avec le militaire, EADS diversifie ses sources d'apprivisionnement. Sans compter que les recherches militaires sont aussi tres porteuses pour le civil.
Créer des avions hypersoniques, furtifs, ca peut profiter au civil pour faire des avions plus rapide et moins bruyant.

Le probleme chez Bae c'est surtout sa division blindé terrestre qui lui assure de gros revenus mais dont l'avenir est incertain. Les armées s'équipent de moins en moins en blindés lourds or BAE est un gros fournisseur de chars d'assaut. En plus cela concurrencera tres fortement notre industrie de blindé : Renault Defense, Nexter, Panhard mais aussi les allemand comme Rheinmettal.
M'enfin, il y a des atouts à acheter une entreprise comme BAE bien implanté aux USA. Sans cette porte d'entrée, jamais EADS n'aurait pu acceder aux marchés américains parce que les entreprises militaires américaines ne voulaient pas se vendre à EADS
a écrit le 25/09/2012 à 19:18 :
On ne voit pas bien l'interet de la France dans tout ca. L'Allemagne est dans une situation similaire sauf qu'elle est mins dependante d'EADS et qu'elle en profitera pour reequilibrer sa position institutionnelle> Par ailleurs on peut s'interroger sur les gains poue EADS d'un tel rapprochement; l''expertise militaire? des marches aux USA? tout ca parait bien mince.
Réponse de le 25/09/2012 à 21:38 :
Cela permettra juste a T. Enders d'être à la tête de la plus grosse société aéronautique du monde !!! Dans la mesure ou le coté Ricain de BAE sera complètement indépendant et imperméable (donc aucun intérêt de grouper a EADS car pas possible de restructurer, ce d'autant plus que les Allemands ont demander des gages pour garder emploi et sites Allemands ) , et dans l'autre sens il n'y a eu aucun gage de non perméabilité de EADS vers BAE puis vers sa filiale Américaine puis vers ses partenaires américains ... Bref a part le concours à la "Messier" du c'est moi à la tête de la plus grosse ... pas beaucoup d'intérêts
Réponse de le 25/09/2012 à 22:13 :
De toutes façons, l'entité nouvellement créée aura beau être la plus grosse dans son secteur au monde, il ne faut pas oublier que l'industrie aérospatiale US, civile, comme militaire, écrase largement celle existant en Europe si on additionne la totalité des entreprise présentes sur chaque continent. L'argument de la course au gigantisme plaît bien à la presse généraliste qui l'a servi à tort et à travers dans ses colonnes ses dernières semaines, mais la bataille ne se joue pas sur ce point. C'est bien plus subtil...

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