Défense : pourquoi les groupes français sont en difficulté aux Emirats Arabes Unis

Alors que le salon de l'armement à Abu Dhabi (IDEX) ouvre ses portes ce dimanche, les groupes français ont depuis près de quatre ans quelques difficultés à convaincre les autorités émiraties de s'équiper Made in France comme il le faisait pourtant auparavant. Mais les Emirats arabes unis pourraient confier un gros contrat à Nexter. Ce qui pourrait enfin inverser la tendance de ces dernières années.
Le ministre des affaires étrangères Cheikh Abdullah bin Zayed al-Nahayan, puis le prince héritier Cheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan et Nicolas Sarkozy devant le Rafale Copyright Reuters
Le ministre des affaires étrangères Cheikh Abdullah bin Zayed al-Nahayan, puis le prince héritier Cheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan et Nicolas Sarkozy devant le Rafale Copyright Reuters (Crédits : AFP)

Certes, les Emirats arabes unis (EAU) restent un des très bons clients des groupes d'armement français sur la dernière décennie mais les prises de commandes se sont raréfiées ces quatre dernières années : 310 millions en 2009 ; 183,3 millions en 2010 ; 275,1 millions en 2011. En 2012, les chiffres ne sont pas disponibles mais ils ne sont pas bons. Loin en tout cas des niveaux atteints en 2008 (491,5 millions) et 2006 (606 millions) et surtout en 2007 (894,4 millions). Et ce alors que les Emirats, qui sont situés face à l'Iran, sont restés en tête des importateurs mondiaux ces dernières années. En 2010, l'Arabie saoudite, l'Inde et les Émirats arabes unis assuraient ainsi à eux seuls le tiers des importations mondiales. Dans une interview accordée fin octobre au Parisien, le ministre de la Défense, rappelait, de retour d'Abu Dhabi, que "les EAU, qui effectuaient 70 % de leurs dépenses militaires en France, ont fait passer ce pourcentage à 10 %". Pour autant, faut-il rappeler les chiffres extrêmement bas des prises de commandes en 2004 (85,1 millions) et 2005 (41,8 millions) pour nuancer l'inflexion de la trajectoire des exportations d'armement des groupes français vers Abu Dhabi.

Toutefois, ces mauvais chiffres des quatre dernières années commencent à se faire ressentir sur les livraisons des matériels de guerre français aux forces armées émiraties : 257,9 millions en 2010 et 271,1 millions en 2011. Contre par exemple des flux de 653,7 millions en 2007 et 674,6 millions en 2006. En dépit de ce net effritement des exportations françaises aux Emirats, Abu Dhabi reste l'un des principaux clients de la France sur la période 2002-2011. Il se classe au quatrième rang derrière l'Arabie saoudite, le Brésil et l'Inde.

Une trajectoire qui peut être inversée

Bien sûr cette trajectoire peut rapidement s'inverser grâce à la signature d'un grand contrat. Ce qui pourrait être le cas ce dimanche. Le groupe d'armement public, Nexter, pourrait être sélectionné pour entrer en négociations exclusives avec Abu Dhabi pour la vente de 700 VBCI (Véhicule blindé de combat d'infanterie), comme l'a révélé "Les Echos". Au prix unitaire de 2,7 millions d'euros (prix armée française), le contrat pourrait approcher les 2 milliards d'euros. A plus long terme, il y a aussi le Rafale. La France discute depuis 2008 d'une vente de 60 Rafale aux Emirats. Une vente qui prendra du temps en dépit de la reprise des négociations entre Dassault Aviation et Abu Dhabi en janvier.

Des relations orageuses entre Paris et Abu Dhabi

Le Rafale a d'ailleurs beaucoup altéré fin 2011, début 2012 les relations entre la France et les Emirats Arabes Unis. Ce qu'a bien expliqué fin octobre Jean-Yves Le Drian : "ce dossier empoisonnait nos rapports. Il y a eu un effilochage de notre relation depuis dix-huit mois", avait-il expliqué dans cette interview au "Parisien". Il est vrai que l'activisme de Nicolas Sarkozy, qui voulait à tout prix vendre des Rafale à Abu Dhabi et la relation difficile entre le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, qui a quitté depuis ces fonctions, et le prince héritier Cheikh Mohammed bin Zahed Al Nahyan avaient fini par agacer très sérieusement les Emirats. Un coup de colère qui s'était concrètement traduit par la mise en compétition du Rafale avec son rival européen, le Typhoon (BAE Systems, EADS et l'italien Finmeccanica).

Pourtant, la France a accepté beaucoup d'exigences des Emiratis. Notamment elle a installé dans le pays une base interarmée à Al Dahfra (Abu Dhabi) forte de 700 hommes prépositionnés... sans jusqu'ici aucune contrepartie. "Il y a très peu d'endroits dans le monde où c'est le cas", avait d'ailleurs précisé Jean-Yves Le Drian. Sans compter le partenariat de défense très étroit signé par les deux pays, qui assure aux Emirats une garantie très forte de Paris en cas d'aggression. Paris a également fini par débloquer début 2011 pour les compagnies aériennes Emirates (Dubaï) et Etihad (Abu Dhabi) des droits de trafic supplémentaires (autorisation de vols), essentiellement à Roissy, entre la France et les Emirats Arabes Unis. Là aussi sans contrepartie pour la France. Enfin, les exigences émiraties, au début sans limite, sur une version améliorée du Rafale ont finalement évolué au fil du temps et des belles performances opérationnelles du Rafale en Afghanistan et en Libye, où la France et les EAU ont partagé des missions opérationnelles.

Les autres groupes français priés de patienter

Depuis 2009, les autres groupes français, déjà fortement concurrencés par les groupes américains et des entreprises de certains pays émergents comme la Turquie très actifs dans cette région du monde, ont été plus ou moins priés par l'Elysée de faire patienter leurs offres dans ce pays afin de ne pas parasiter la négociation sur la vente des 60 Rafale. Pour autant, Thales s'est quand même payé le luxe d'une crise aigüe avec Abu Dhabi début 2011. L'électronicien refusait de signer un accord-cadre sur les offsets (des compensations économiques dans le pays en contrepartie d'un contrat) mis en place par les autorités émiraties. Ce qui avait irrité jusqu'au prince héritier Cheikh Mohammed bin Zahed Al Nahyan, et mis en danger les négociations sur le Rafale. D'ailleurs, aucun grand patron français, à l'exception de celui de Nexter, n'avait fait le déplacement lors de l'édition 2011 du salon de l'armement d'Abu Dhabi (IDEX).

Aujourd'hui la confiance est revenue entre les deux pays. "Mon objectif était de rétablir la confiance. Je ne suis pas allé aux Emirats pour les Rafale. Les Rafale attendront. Cette discussion viendra ultérieurement...", avait expliqué le ministre de la Défense en octobre. Depuis François Hollande a également effectué mi-janvier une visite officielle aux Emirats Arabes Unis où il a relancé le Rafale. Dans le foulée les négociations entre Dassault et Abu Dhabi ont repris. Une nouvelle lune de miel... jusqu'à la prochaine dispute ?

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Commentaires 24
à écrit le 18/02/2013 à 12:00
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vous etes loin de la realite est un peu excessif.... Mais il n'a pas tout a fait tort. L'Iran malgre le grave contentieux des iles Tumb et Abu Mussa avec les EAU reste tres present aux EAU surtout a Dubai mais plus encore a Ras El Kheymah. Parmi de n...

à écrit le 18/02/2013 à 0:16
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...Et ce alors que les Emirats, qui sont situés face à l'Iran... O0 Apparemment vous n'êtes jamais aller dans ce pays, les Iraniens contrôle presque tous aux émirats arabes unis ! Pour vous donner une petite idée, comme la guerre plane toujours contr...

le 18/02/2013 à 4:46
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Je suis à Abu Dhabi ! Michel Cabirol

le 18/02/2013 à 7:37
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@Michel, rapportez-vous de belles photos, mais n'oubliez pas, pas de Rafale en feu SVP o:)

à écrit le 17/02/2013 à 17:50
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OK ... le bloc anglo-saxon nous offre quelques entrées dans ses zones d'influence (Inde, pétromonarchies, Asie) où il gardera toujours la main. Mais ailleurs ? Amérique latine ? Plus rien.... Chez nous en Europe, plus rien non plus, nous sommes en di...

le 18/02/2013 à 11:33
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+1

à écrit le 17/02/2013 à 15:41
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tiens, il y a encore des personnes qui critiquent l'emploi... Et oui nous sommes un pays militarisé, et oui nous vendons des armes, et oui nous avons inventé les droits de l'homme, mais il faut arrêter de rêver, d?être candide, et sournois : ça fait ...

à écrit le 17/02/2013 à 14:30
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Bonjour, pour ce qui est des produit de défense que nous vendons, il y a bien longtemps que nous ne somme pas dans les pays qui exportons le plus. Ils faudra bien un jour nous remettre en question sur nos materiels: le VBCi n'est pas vraiment très pr...

le 17/02/2013 à 16:05
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Je vous trouve un peut sévère, notre industrie de défense s'est beaucoup repensée et il n'y a pas beaucoup de pays avec une panoplie aussi complète de produits de défense. Et autant que je sache cela fait depuis longtemps que toute notre flotte de ...

le 17/02/2013 à 20:53
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Ils est vrais que nos SNA et SNLE sont à la pointe de la technologies, mais ce n!est pas à vendre à l'exportation..... Donc nous n'avons que peut de déboucher. Peut être une chance pour le Raffale, mais pour le reste je ne vois pas de déboucher, car ...

à écrit le 17/02/2013 à 14:06
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SATORY 1et 2 il manque ces hommes

à écrit le 17/02/2013 à 11:55
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Ces dossiers d'armements sont complexes. Quel dommage qu'ils aient un poids aussi important dans notre commerce extérieur.la vente d'armes, ce n'est pas très glorieux, mais ça rapporte. Si les ventes baissent, ne faut-il pas y voir une opportunité de...

le 18/02/2013 à 0:04
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oui , nous pouvons concevoir de nouvelles casseroles , poêles ,cuillers,fourchettes......il nous manque un nouveau Guy Degrenne, - la pub il y a quelques décennies !!! Puis le tourisme se développant nous pourrons transformer les techniciens hauteme...

le 18/02/2013 à 13:39
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La question s'adressait aux français dotés d'imagination, de talent et d'audace. Visiblement, cela ne vous inspire pas :) Au fait, pour les casseroles, nous avons déjà le groupe SEB, ses 25 000 employés et ses 4 milliards de CA. Ils n'ont pas besoin ...

à écrit le 17/02/2013 à 10:41
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"Défense : pourquoi les groupes français sont en difficulté aux Emirats Arabes Unis" C'est très simple, parce que la France n'a pas encore tout a fait adopté l'allahicité ! ;-)

à écrit le 17/02/2013 à 10:13
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Nos bons Socialistes soutiennent sans sourciller ces dictatures où les droits de l'homme ne veulent pas dire grand chose. Pas un mot évidemment des "associations" toujours promptes à hurler... Tout cela au nom de l'emploi évidemment et surtout du fri...

le 17/02/2013 à 11:17
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Ah bon !! L'équipe précédente faisait quoi ?? Lisez l'article attentivement!! Sarko a cédé sur tout y compris la base interarméés qui nous coute bonbon et les achats en France des édifices prestigieux !! Sans aucune contreparties commerciales !! Au ...

le 17/02/2013 à 11:59
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Il y a deux type de politiciens : Ceux qui se salissent et vendent pour la France, et ceux qui se salissent mais sont tellement nuls qu'ils ne vendent rien. On a déjà eu la preuve que Sarkozy faisait partie de la deuxième catégorie. D'ici quelques mo...

le 17/02/2013 à 16:10
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Il a CLAIREMENT dit "nos bons socialistes" je ne vois pas pourquoi vous faites un "Ah BON" Il faudrait savoir si vous êtes socialistes (donc différents) ou de droite ?

le 17/02/2013 à 18:38
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SARKOZY etait loin d'etre nul lui etait un Président normal -

le 18/02/2013 à 0:25
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Certains confondent les contrats d'armements avec des contrats de biens d'équipements . La durée des négociations ,dont le commun des mortels ignore les dessous,ne se situe pas sur la même échelle . Rien ne sert à pérorer.

le 18/02/2013 à 9:28
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entre la promotion d'un produit et sa vente ,notamment en matière d'armement ,il y a un temps que le commun des mortels ne connaît pas . Sarkozy a eu le mérite de mettre en avant le Rafale qui se vendra dans ces années à venir ,l'Inde est en négo pr...

le 18/02/2013 à 13:43
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Laissez donc le Rafale tranquille. Aucun Rafale n'a jamais été vendu à l'export et aucun ne le sera jamais. Il n'est pas conçu pour ça, complètement à lopposé. L'erreur a été de baser nos ventes d'armement la dessus au lieu de vendre les autres produ...

le 18/02/2013 à 20:36
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@sauros, l'aventure CATIA a commencé dans les années mi-70 chez Dassault Aviation (Avions Marcel Dassault et Bréguet Aviation à l'époque) et avec la création de Dassault Systèmes en 1981, donc le Rafale a bénéficié de CATIA mais ce n'était pas destin...

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