Défense : les groupes français durement concurrencés par leurs rivaux américains

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Un lanceur de missiles Patriot Copyright Reuters
Un lanceur de missiles Patriot Copyright Reuters (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Les Etats-Unis sont de plus en plus agressifs à l'exportation en matière de défense. Bien placés pour remporter trois contrats importants, des groupes français ont été ces derniers mois mis en grande difficulté par leurs rivaux américains, mis à la diète par la baisse du budget du Pentagone.

Ce sont trois contrats, trois gros contrats que les industriels français de la défense, qui étaient jusqu'ici bien placés dans la compétition, avaient en ligne de mire. Mais c'était sans compter sur les industriels américains, mis à la diète par la chute du budget du Pentagone, et qui ont déboulé en faisant preuve d'une forte agressivité commerciale. Trois contrat recensés par La Tribune aux Emirats Arabes Unis (satellites d'observation), en Turquie (Air Defence) et à Oman (Air Defence de courte portée). Les Américains ont réussi parfois à rebattre les cartes en leur faveur, comme à Oman, et souvent à jeter un trouble chez les Etats clients, qui ont préféré mettre en veilleuse leur appel d'offre en attendant de tester la ténacité de Washington. Car aucun pays ne peut traiter le puissant oncle Sam par dessus la jambe comme un vulgaire fournisseur de second rang.

C'est bien ce qui exaspère les industriels français. « Les Américains sont aujourd'hui partout même sur les petits appels d'offre où ils ne concourraient jamais, soupire un industriel, qui affronte en première ligne le rouleau compresseur américain. Ils nous em..... vraiment ». Expliquant le recul des exportations d'armement français en 2012, le Délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon avait lui aussi souligné leur agressivité à l'exportation. "Les Américains, qui préparent avec beaucoup d'activisme le repli de leur budget de la défense, sont présents sur tous les marchés, notamment en Asie". En outre, les Américains sont en train de dépoussiérer leur réglementation sur les exportations d'armes (Itar-International Traffic in Arms Regulation), qui date de la guerre froide, afin de faciliter leurs ventes à l'international. Mais dans le même temps, certains industriels français craignent qu'ils changent les règles du jeu auxquelles se sont adaptées tous les industriels de l'aérospatial dans le monde. « Ils pourraient utiliser des moyens réglementaires en renforçant dans certains cas la réglementation ITAR dans le but de gêner les groupes européens », explique-t-on à La Tribune. Rien de plus facile de changer la liste des composants américains réglementés dans le cas d'une exportation... pour favoriser les constructeurs de satellites locaux au détriment de leurs rivaux européens. Ce qui ne faciliterait pas la tâche des constructeurs de satellites européens, qui devraient recréer une filière de composants, les certifier dans le but d'éviter de demander à chaque fois aux Etats-Unis une autorisation pour exporter un satellite.

Air Defence, les Etats-Unis veulent tout

A Oman, MBDA a vu filer un contrat presque finalisé. Le missilier européen, qui a déjà fourni la Marine royale et la garde royale de VL-Mica, comptait également équiper l'armée de l'air omanaise de système Air defence de courte portée... mais la pression américaine a peut-être eu raison des espoirs de MBDA, qui pourrait voir s'envoler un très beau contrat. D'autant que des rumeurs laissent entendre que les Etats-Unis pourraient déménager tout ou partie de leur base de Bahreïn vers Oman. En Turquie, le cas est quelque peu différent. Le consortium Eurosam, détenu à 50-50 par MBDA et Thales, était en très bonne position pour vendre à Ankara un système de moyenne altitude SAMP/T. Début janvier, Ankara avait placé Eurosam en deuxième position derrière les Chinois pour un appel d'offre supérieur à un milliard d'euros. « C'était pour faire baisser les prix », estimaient alors plusieurs sources concordantes. Et la Turquie attendait rapidement avant la fin janvier une offre engageante des entreprises présélectionnées. Las, les Etats-Unis ont entretemps profité de la crise syrienne pour installer des batteries de missiles Patriot néerlandais et allemands... sur les lieux où les Turcs avaient l'intention de mettre leur nouvel équipement. Depuis, la décision est gelée. Et certains regrettent que la France n'ait pas décidé de proposer elle aussi des systèmes SAMP/T à la Turquie. « Une occasion de rater », regrette un bon connaisseur de ces dossiers.

Français et Américains à couteaux tirés aux Emirats Arabes Unis

Aux Emirats Arabes Unis, les deux constructeurs français de satellites en partenariat, Astrium (filiale d'EADS) et Thales Alenia Space (TAS), doivent faire face à Lockheed Martin, qui a relancé sans crier gare l'appel d'offre portant sur l'acquisition de deux satellites d'observation et les stations sol pour plus de 500 millions d'euros. Sans y être invité, Lockheed Martin tente de recycler un satellite dont le contrat a été annulé par la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), une agence du département de la défense des Etats-Unis qui a pour fonction de collecter, analyser et diffuser le renseignement géospatial en utilisant l'imagerie satellite. Avec un satellite fabriqué sur les bras, le groupe américain a donc sauté sur l'opportunité de le proposer aux Emirats. D'autant que ce satellite - Digital Globe - a une résolution de 34 cm, bien supérieure à celle proposée dans le cadre du premier appel d'offre. Washington s'est également mis au service de son industrie en signant avec Abu Dhabi un accord intergouvernemental régissant les conditions d'utilisation du satellite.

Les Français ont été forcés à réagir face à cette nouvelle proposition, qui a rebattu les cartes. Demandé par les industriels depuis plusieurs mois, un accord intergouvernemental, exigé par les Emiratis, a finalement été signé par la France. Lors de son passage aux Emirats au moment du salon de défense IDEX, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a paraphé à la satisfaction des Emiratis cet accord avec le prince héritier, Cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan. Et il a convenu de revenir aux Emirats avec une nouvelle offre française définitive et engageante six semaines après. Deux solutions sont actuellement étudiées. Soit dégrader une version d'un satellite de type Helios, soit augmenter la performance d'un satellite de type Pléiades.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2013 à 9:04 :
Bonjour, il faut voir que les remarque sur l'euro fort ne sont pas justifié car avec cette euros nous achetons des dollars pour payer la facture de pétrole.... Donc un euro fort est une bonne chose. Ensuite sur le marcher mondial de l'armement l'oncle Sam à toujours été un concurrent pour nos exportation.... Mais dans notre pays nous n'avons pas ou plus de marcher interne, et pour l'europe tout le monde protégé ses emplois se qui est de bonne guerre, mais malheureusement, le manque d'argent sur la recherche et le développement pénalise nos exportation.... Souvent nous exportons se que nos armée achète... Ensuite l'on nous promet de la coopération et des plans d'équipement en commun en Europe, mais cela ne fonctionne pas vraiment, surtout pour le matériel terrestre..... Alors cela devint chaque jour plus difficile.... Il manque surtout une volonté politique est une capacité à faire des compromis avec nos allier européen....
a écrit le 19/03/2013 à 17:10 :
Vendons des armes à la Chine, ça donnera des picotements dans les oreilles aux US !
a écrit le 19/03/2013 à 16:49 :
Sur votre analyse sur les changements dans la législation ITAR, je ne vous rejoins pas. En effet, les composants que les fabricants européens se procuraient aux Etats-Unis ne pouvaient pas être réexportés sans l'aval des US. En ce sens ces matériels européens étaient soumis aux mêmes restrictions que les américains! Et au contraire, les européens souhaitant s'affranchir de cette législation on déjà développé d'autres filières d'approvisionnement (cf. les satellites ITAR-free de TAS). En revanche il est vrai que sur le marché des satellites on risque de voir arriver les américains là où ils n'étaient pas auparavant. Bref la législation ITAR n'as pas tous les impacts que vous décrivez ici à mon sens.
Réponse de le 19/03/2013 à 17:11 :
Je me suis vraisemblablement mal expliqué. Quand Thales vend un satellite à la Chine et le fait lancer par la fusée chinoise Longue Marche, le satellite construit par Thales Alenia Space a des composants américains mais qui sont ITAR Free. Tous les composants américains ne sont pas ITAR. D'où la colère des Américains qui considèrent que la lite ITAR a été contournée. Ce que craint cet observateur, c'est donc un changement, voire un renforcement, des composants dans la liste ITAR. J'espère avoir été plus clair cette fois-ci. Bien à vous. Michel Cabirol
a écrit le 19/03/2013 à 13:58 :
Danke Angela pour l'euro fort qui plombe les exportations françaises.

En 2000 c'était 1? pour 1 dollar. Maintenant c'est 30% de plus!
Il suffit de regarder la balance commerciale française: déficitaire depuis 10 ans!m
L'euro est un mal pour nos portefeuille et pour l'économie de notre pays!
Réponse de le 19/03/2013 à 15:03 :
Faut arreter la desinformation, l euro n a jamais ete a parite avec le dollars, des le depart il tournait deja autour de 1,15 puis 1,20..... donc arretez un peu avec cet alibi a nos porpres incompetence: L Allemage, l Autriche, le Danemark.... bien d autre pays qualifie du nord ont aussi l euro et exportent.... Le Probleme est bel et bien ailleurs. Ils suffit de regarder le debat sur les allocs pour constater que tous on est gavé d aide et d assistanat en tous genres et ce quelque soit le niveau de vie! Tant qu on trouvera tous les alibi possible pour ne pas reformer on restera les pieds dans la fange... On attends quoi d y etre jusqu au coup et de ne pouvoir plus bouger????
Réponse de le 19/03/2013 à 15:04 :
Quand allons-nous cesser de nous comparer au dollar... ? La Livre Sterling GBP est 15% plus élevée au change que l'euro et 50% plus élevée que le dollar, entendez-vous les Britanniques critiquer chaque jour leur gouvernement en disant que la Livre est trop élevée? Non. Faut-il suivre chaque dévaluation (ou réévaluation) du dollar suivant les besoins de l'économie US au lieu des nôtres ? Non. Les problèmes de la zone euro ne sont pas liés à la monnaie qui est une simple unité de change, mais plutôt à un manque de cohésion de notre système financier et une législation très laxiste en matière commerciale, financière et industrielle qui pénalise nos financiers et industriels par rapport à la concurrence extra-européenne, laquelle accentue les différentiels intérieurs pour discriminer, créer de la divergence, spéculer et nous diviser en s'enrichissant.
Réponse de le 19/03/2013 à 23:39 :
Hey les financiers revenez dans l'économie réelle et dans l'industrie: regardez la balance commerciale de la France depuis l'adoption de l'Euro. Pas besoin de sortir d'HEC pour voir que l'on leurt à petit feu et que nous ne sommes plus mâitre de notre destin.
Je vous pose une question: un système qui fait 18 millions de chômeurs ( dont 30 à 50%) chez les jeunes est il le bon?
L?idée largement répandue que la reprise économique est au coin de la rue n?est que pure illusion. Dans les pays où elle est appliquée, la médecine Trichet-Merkel entraîne ce que j?appelle la ?merkelite?, c?est-à-dire une baisse continue du PIB, sans redressement du commerce extérieur, faute de dévaluation. Il est donc impossible de faire disparaître les déficits malgré des impôts sans cesse augmentés, puisque le PIB diminue? C?est pourquoi, pour faire re partir l?économie européenne, il n?y a pas d?autre solution que de faire exploser l?euro. Chaque économie européenne retrouverait une monnaie qui correspond à ses capacités productives.
De plus, la Chine maintient un tôt de change bas de sa monnaie pour exporter ses marchandises. Si l'Euro était moins fort , il serait rentable de relocaliser certaines productions.
Enfin, je vous invite à lire ce réquisitoire cinglant contre la monnaie unique!
http://www.valeursactuelles.com/%E2%80%9Csortir-l%E2%80%99euro-non-faire-exploser-oui-%E2%80%9D20130305.html
Réponse de le 19/03/2013 à 23:41 :
Des commentaires de purs financiers. On voit que vous n'avez jamais mis les pieds dans une usine. Un bon stage à la chaîne vous fera du bien et vous remettra face à l'économie réelle.
Le jour où la finance sera au service de l'économie et non d'elle même ce sera un grand pas pour l'humanité!
Réponse de le 20/03/2013 à 9:01 :
L?idée largement répandue que la reprise économique est au coin de la rue n?est que pure illusion. Dans les pays où elle est appliquée, la médecine Trichet-Merkel entraîne ce que j?appelle la ?merkelite?, c?est-à-dire une baisse continue du PIB, sans redressement du commerce extérieur, faute de dévaluation. Il est donc impossible de faire disparaître les déficits malgré des impôts sans cesse augmentés, puisque le PIB diminue? C?est pourquoi, pour faire re partir l?économie européenne, il n?y a pas d?autre solution que de faire exploser l?euro. Chaque économie européenne retrouverait une monnaie qui correspond à ses capacités productives.

Un système qui fait 19 millions de chômeurs est il bon?
a écrit le 19/03/2013 à 12:44 :
Comme si l'agressivité US était une nouveauté ! Of course le coup de vis
donne au budget défense "domestic" va les rendre encore plus agressifs vers l'export.
That's it !
a écrit le 19/03/2013 à 11:30 :
Les fautes en moins ce serait un bon article!
a écrit le 19/03/2013 à 10:40 :
et oui mais en france depuis que la justice met son nez dans les retro comissions on perd tous les contrats alors que les autres pays peuvent continuer a fonctionner comme ca s est toujours fait et se fera toujours

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