La stratégie d’EADS ? 10 % de rentabilité en 2015… et basta ?

Le groupe européen vise sans complexe 10 % de rentabilité en 2015. Ce qui va entraîner des arbitrages douloureux, notamment pour les activités qui n'atteignent pas ce nouveau dogme.
Michel Cabirol
Le président d'EADS Tom Enders
Le président d'EADS Tom Enders (Crédits : Reuters)

EADS, c'est 10 % de rentabilité en 2015 et puis basta ? Une stratégie minimaliste qui plaira sans nul doute aux marchés. Elle sera notamment basée sur une gestion du portefeuille d'activités, notamment dans la défense, avec des cessions (les activités pas assez rentables) et des acquisitions que l'on imagine très vite relutive. Mais est-ce une finalité pour un groupe industriel comme EADS qui doit son rang de numéro deux mondial de l'aéronautique aux risques pris il y a 20 ans par ses ingénieurs et dirigeants ? Le directeur général délégué en charge de la stratégie et de l'international d'EADS, Marwan Lahoud, a affirmé que le groupe avait une « grande ambition de devenir le numéro un de l'aéronautique dans le monde car le développement du marché est dans l'aérien ». Sous-entendu pas dans la défense. « Je ne vais pas inventer un élan dans la défense », a-t-il souligné.

Pour la direction d'EADS, non seulement c'est l'objectif mais cela paraît être également un dogme. "Nous serons impitoyables sur la marge de 10 %", avait annoncé Tom Enders en juin aux analystes financiers lors du salon aéronautique du Bourget, selon un participant. « C'est un indicateur clé. La base de tout, c'est la performance. Les 10 % de rentabilité, c'est pour toutes activités du groupe », a confirmé mardi à Pau à l'occasion de l'université d'été de la défense, Marwan Lahoud. « On sera sur le trait en 2015, en particulier dans la nouvelle division Airbus Defence and Space » même si « les derniers pourcentages seront comme les derniers mètres pour atteindre le sommet de l'Everest, a-t-il affirmé. C'est l'une des motivation du projet ». Fin juin, EADS affichait une rentabilité (EBIT) de 6,1 %.

10 % de rentabilité est-ce attractif pour les ingénieurs ? 

Est-ce aussi un objectif attractif pour les futurs ingénieurs d'Airbus, les héritiers des pionniers qui ont écrit l'histoire de ce géant de l'aéronautique (plus de 140.000 salariés) en lançant des produits qui, en dépit de toutes les crises de gouvernance et économiques, se vendent aujourd'hui comme des petits pains ? EADS continuera-t-il demain de faire rêver '? Bien sûr, il y a eu des échecs mais ils ne doivent pas masquer la réussite commerciale de ce groupe. Fin juin 2013, le carnet de commandes total d'EADS avait augmenté pour atteindre 634,8 milliards d'euros (fin 2012 : 566,5 milliards d'euros). Le carnet de commandes des activités de défense s'est établi à 48,2 milliards d'euros (fin 2012 : 49,6 milliards d'euros).

Les cinq syndicats français (FO, CFE-CGC, CFTC, CGT, CFDT), interrogés par l'AFP, se disent en accord avec le syndicat allemand IG Metall, pour que la volonté de rentabilité de la direction ne s'exerce pas aux dépens des salariés. "EADS se veut entreprise normale, le poids des États s'est réduit et Enders vise une marge de 10 % mais on sera attentifs à ce que la capacité industrielle et pas seulement financière soit préservée", déclare Philippe Fraysse, conseiller au comité européen de Force Ouvrière (majoritaire en France chez Airbus). Marwan Lahoud évoque « une stagnation » des effectifs, voire une « adaptation légère ».

Des projets sacrifiés ?

Si EADS est devenu aujourd'hui ce qu'il est, c'est en partie parce qu'il a pu s'affranchir de l'exigence des marchés : le groupe aurait-il lancé l'A380, où même les programme militaires A400M (avion de transport) et NH90 (hélicoptère de transport de troupes) sans le soutien des Etats qui pouvaient assumer le risque d'un échec ? Ce qui est sûr, c'est que le choix de lancement des nouveaux programmes sera beaucoup plus sélectif au regard des critères de rentabilité désormais exigés par Tom Enders. Ce que certains programmes auront bien du mal à respecter. "Fini le temps où on se faisait dicter les programmes par les directeurs des ventes trop sûrs de leur fait", lâche-t-on dans le groupe.

Cette nouvelle stratégie pourrait être fatale à certains projets comme le successeur du Beluga (le cargo à usage interne d'Airbus qui devait être réalisé sur une base d'A330) dont le coût est estimé à 1,5 milliard d'euros. C'est le cas d' une nouvelle version allongée d'un A380 pour relancer un programme en difficulté, ou encore le nouveau modèle de 90 sièges du constructeur de turbopropulseurs, ATR. Pour cet appareil, EADS et Airbus ont également des craintes qu'il marche sur les plates-bandes de l'A318, qui est un énorme échec commercial, et surtout de l'A319..

La défense et l'espace dans l'œil du cyclone

Marwan Lahoud, a expliqué mardi lors de l'université d'été de la défense à Pau que le groupe aurait désormais une « stratégie de focus » dans le domaine de la défense. Finie la stratégie globale de la vision 2020 avec un rééquilibrage des activités non Airbus et Airbus comme objectif. Il a demandé « un petit peu de temps » pour terminer la revue stratégique sur les activités défense et espace. Marwan Lahoud a toutefois précisé qu'il pourrait y avoir des cessions et des acquisitions à l'issue de la fusion des activités militaires et spatiales du groupe au sein d'une même division, dans le cadre de la réorganisation d'EADS. Selon le directeur général délégué, « l'ADN » d'Airbus Defence et Space se concentrera sur « les objets qui volent ». « C'est l'un des points centraux » de notre stratégie. Pas question donc de devenir un plate-formiste dans le naval ou le terrestre. Pour autant, EADS restera équipementier dans ces deux domaines.

Les filiales font l'objet d'une revue de portefeuille et le groupe pourrait céder des activités "petites et facilement séparées du reste", a précisé mercredi le directeur commercial de Cassidian (défense), Christian Scherer. "Cela doit se traduire par une simplification de ce que nous faisons et non par une complexité accrue par l'ajout d'activités supplémentaires. Nous ne sommes pas à l'affût d'acquisitions", a-t-il ajouté en marge d'une conférence sur la défense à Londres. De son côté, Marwan Lahoud a rappelé que « ce n'est pas un secret que le marché des télécoms civils est difficile mais ce n'est pas de la faute d'Astrium ».

Inquiétudes des syndicats pour la défense et l'espace

"On a 3.400 produits différents pour la défense, la sécurité, avec des budgets militaires en baisse, il faudra savoir ce que la direction voudra garder ou céder", relève Philippe Fraysse (FO), qui s'oppose comme les autres syndicats à un projet déjà sur les rails de cession d'une des sociétés, "Tests et Services". Pour Denis Jeambrun, représentant CFTC au comité européen, issu de Cassidian, "les entités les plus fragiles doivent être préservées par de nouvelles stratégies et investissements, même si certains doublons dans les structures peuvent être supprimés". Jean-Jacques Desvignes (CGT), également de chez Cassidian, juge de son côté "particulièrement inquiétante la référence aux doublons par la direction, qui laisse prévoir une action à la hache".

Tous s'interrogent aussi sur la faisabilité du rapprochement entre le missile nucléaire stratégique français M-51, Airbus Military (A400M et l'avion de ravitaillements MRTT), et l'Eurofighter de Cassidian, qui repose principalement sur une base anglo-allemande.

Michel Cabirol

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 26
à écrit le 13/09/2013 à 10:50
Signaler
C'est exactement comme cela qu'on produit un monde a deux vitesses. Ceux qui parviennent a faire 10% de rendement ont le droit de survivre, le reste est jeté aux ordures. Pour obtenir 1% de gain global de l'économie, il faut donc jeter aux ordures 9 ...

le 14/09/2013 à 9:59
Signaler
Ne vaut-il pas mieux ça que de suivre votre raisonnement socialo/communiste et au final mettre les 10 entreprises à la poubelle?

à écrit le 13/09/2013 à 10:41
Signaler
10 % de rentabilité ... pour en faire quoi ? Le réinvestir à long terme ? Le verser en dividende ? Par ailleurs il s'agit d'un simple objectif financier, ce n'est pas une stratégie d'entreprise.

à écrit le 12/09/2013 à 22:54
Signaler
Aujourd?hui les différentes entreprises de taxis à France utilisent des systèmes intelligents de réservation. Les passagers réservent par le biais d?internet et ensuite les différentes compagnies de taxis se connectent (technologies Wireless) à ...

à écrit le 12/09/2013 à 21:04
Signaler
On mélange tout: 10% de rentabilité n'est pas une stratégie, c'est un objectif. La stratégie, c'est ce que prévoit de faire EADS pour parvenir à son but: Le Choix des armes et des terrains de bataille.

à écrit le 12/09/2013 à 21:01
Signaler
EADS était un industriel de l'aéronotique. Maintenant ne ne sera t'il plus qu'une merde de la finace?

à écrit le 12/09/2013 à 19:19
Signaler
Les pays du Golf...ont probablement fait le plein de leur flotte militaire, les BRICS la tête dans le guidon ne sont potentiellement pas demandeurs. Il ne reste plus grand monde sur le marché d'où la sécession.....Maintenant 10%, attirer des investis...

à écrit le 12/09/2013 à 17:54
Signaler
C'est dommage qu'il n'explique pas pourquoi il veut 10% de rentabilité...

le 12/09/2013 à 20:58
Signaler
Peut être que si il l'expliquait ce serait encore pire comme stratégie de communication. En tout cas ce n'est pas cela qui va motiver la maison. Ce genre de déclarations est d'une abyssale stupidité tant elle est destructrice en interne. Chez Boeing ...

à écrit le 12/09/2013 à 16:53
Signaler
il faut que moi president, montebourg , moscovici et toute l'équipe ailleNT faire un stage en alternance chez EADS STAGE également obligatoire pour les enseignants de l'ENA

à écrit le 12/09/2013 à 16:52
Signaler
Bienvenu dans l'economie de marche.

à écrit le 12/09/2013 à 15:20
Signaler
Airbus a été construit sur le contraire d'un avion qui fait rêver! Cet article est scandaleux et montre une profonde méconnaissance du monde de l'aéronautique! L'A300 était justement l'opposé d'un avion de rêve comme le Concorde! L'A300 était un avio...

le 12/09/2013 à 16:51
Signaler
Et l'A380 ?

le 12/09/2013 à 17:56
Signaler
l'A380 s'inscrivait aussi dans une stratégie rationnelle: 1 - un système aérien mondial organiser autour de gros Hubs 2 - une croissance forte de quelques acteurs, notamment asiatiques, ayant besoin de très gros porteurs 3 - opposer une concurrence f...

le 12/09/2013 à 18:45
Signaler
Pourtant il y avait eu un long débat au sein d'EADS entre les financiers (Camus) et les industriels (Forgeard) pour lancer cet avion. Finalement, Jean-Luc Lagardère avait arbitré en sa faveur. Ce n'est pas un échec mais on s'y dirige tout doucement s...

à écrit le 12/09/2013 à 15:03
Signaler
Et quel imbécile va acheter ce qui ne rapporte pas plus de 10 % , va se faire moquer dans les forums patronaux. L argent de la vente sera t il reversé au prorata des actions, ou main sur le c?ur on le gardera pour investir dans l innovation.

à écrit le 12/09/2013 à 14:31
Signaler
Au final l'europe comme les états-unis, pour des raisons purement financières, arrêtent de plus en plus de projets, et c'est pour cela qu'ils vont se faire rattraper par les chinois et perdre leur avance technologique. En 1995-2000, les américains av...

le 12/09/2013 à 15:13
Signaler
Les américains n'ont jamais eu 50 ans d'avance technologique dans les années 90! Si c'était le cas ils en auraient toujours au moins 30, 20 ans plus tard! Les Chinois sont loin d'avoir rattrapé les occidentaux dans les domaines aéronautiques. Pour le...

à écrit le 12/09/2013 à 14:25
Signaler
Ce genre d' "objectif", je l'ai connu dans une très grande multinationale américaine où les investissements devaient être rentables sous 3 ans. Vision courtermiste qui les a conduit là où ils sont... "plaire" aux marchés. Tu parles que le marché est ...

le 12/09/2013 à 14:43
Signaler
Les Etats soucieux de preserver leur marges "operationnelle" en matiere d espace et de defense rentrerons a nouveau plus dans la capital du nouveaux EADS, n en deplaise a certains.

le 12/09/2013 à 15:30
Signaler
Vu les "accords" de privatisations signés sous Balladur, cela m'étonnerait fortement...

le 12/09/2013 à 16:54
Signaler
Je crains que les accords Balladur soient une limite seulement pour les balladuriens et il doit en restyer assez peu et ceux qui restent se taisent...

à écrit le 12/09/2013 à 14:07
Signaler
J'ai un peu l'impression qu'on mélange tout ! La marge, l'EBIT, le ROIC... on est pas bon en economie hein..

le 12/09/2013 à 14:37
Signaler
Et vous, vous êtes bon en manipulation et en désinformation ? J'en ai l'impression

le 12/09/2013 à 14:50
Signaler
Le coyote a la réputation d'être essentiellement charognard.

le 12/09/2013 à 15:26
Signaler
Ce n'est pas de l'économie, c'est de la gestion!

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.