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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Armement : les dix contrats qui font rêver les industriels français en Inde

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 11 février 2014 à 06:03 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:39

LA PRODUCTION DU RAFALE POURRAIT CESSER S'IL NE SE VEND PAS, DIT GÉRARD LONGUET

Le ministre de la Défense Gérard Longuet a déclaré que la production du Rafale de Dassault Aviation pourrait être arrêtée si la France ne parvenait pas à vendre son avion de combat à l'exportation. /Photo prise le 13 novembre 2011/REUTERS/Nikhil Monteiro

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En Inde, tous les industriels français sont en course pour des appels d'offre. Revue de détail.

Aéronautique, naval et terrestre... Les industriels de l'armement tricolores - Dassault Aviation, Airbus Helicopters, Airbus Defence, DCNS, Nexter... - sont encore en piste pour décrocher plusieurs très grands contrats en Inde. Mais pour tous ces grands maîtres d'œuvre, il s'agit d'abord de se préparer à un véritable marathon qui peut durer plusieurs années - entre six et huit ans selon les appels d'offre - pour obtenir un contrat. Et ils doivent en outre se plier aux procédures d'achats de New Delhi, qui leur impose notamment un minimum de 30 % d'offset. Ce qui garantit aux industriels indiens qu'une partie de la fabrication des équipements, souvent assortie d'un transfert de la technologie, se fasse localement.

Il est donc loin le temps où les industriels français et étrangers arrivaient à New Delhi au début des années 2000 la fleur au fusil espérant rapidement décrocher le jackpot en Inde. Après le temps des folles espérances de l'eldorado facile, ils ont tous peu à peu déchanté et ont été rattrapés par la réalité indienne. D'où aujourd'hui une certaine lassitude de la plupart des industriels étrangers face à cette course à la lenteur très exigeante. Mais les besoins de l'Inde en matière d'équipements militaires sont tels qu'aucun industriel n'a guère envie de déclarer forfait même si parfois...

Le Rafale, "Mother of all deals"

Tout a été dit et écrit à propos de l'appel d'offre MMRCA (Medium Multi-Role Combat Aircraft) hors norme, lancé en 2007 et baptisé par les Indiens "Mother of all deals" (la mère de tous les contrats), portant sur l'acquisition de 126 Rafale par New Delhi, dont 108 seront produits localement. Un contrat estimé par les observateurs à environ 18 milliards d'euros, armements et soutien compris. L'Inde a choisi d'entrer en négociations exclusives avec Dassault en janvier 2012. Depuis les négociations, qui sont passées par des hauts et des bas, se poursuivent et les relations entre les industriels du Team Rafale et New Delhi sont plutôt bonnes. Mais seul bémol au rythme indien. Sauf événement exceptionnel, le contrat devrait être signé.

Une seule question reste pourtant en suspens : quand ce contrat sera-t-il paraphé puis notifié ? Bien malin celui qui peut le dire. En tout cas, pas avant les élections générales (législatives) prévues en mai prochain comme l'a annoncé la semaine dernière le ministre indien de la Défense lors du salon de l'armement DEFEXPO. Les industriels visent plutôt 2015. D'autres, comme le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, espèrent avant la fin de 2014. Tout dépendra de la volonté et de la force de l'armée de l'air indienne (IAF), "un acteur de premier rang", selon un industriel français, de parvenir à ces fins. En tout cas, l'IAF a besoin des Rafale dans un contexte géostratégique régional très complexe et verrait donc d'un très mauvais œil la relance d'un nouvel appel d'offre qui lui ferait perdre au pire sept ans.

MBDA, le doigt sur la détente

MBDA croise les doigts. Le missilier attend depuis plus de deux ans déjà la notification du contrat SR-SAM (Short Range Surface to Air Missile), un missile sol-air de nouvelle génération co-développé et coproduit en Inde avec Bharat Dynamics Limited. Depuis décembre 2011 exactement. Le contrat doit être approuvé successivement par le ministère de la Défense, puis par celui des Finances et enfin par le CCS (Cabinet Committee on Security), présidé par le Premier Ministre. Le CCS réunit également les ministres indiens de la Défense, des Finances, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Il est actuellement dans les mains du Bercy indien.

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Outre le SR-SAM, MBDA, qui a plus d'une trentaine de campagnes en cours actuellement en Inde dont celles concernant MMRCA (Scalp, Meteor...), attend notamment d'un jour à l'autre la mise en vigueur du contrat Asraam, un missile air-air britannique de courte portée, qui va équiper les Jaguar de l'armée de l'air indienne. Une commande estimée entre 250 et 300 millions d'euros. Selon nos informations, le contrat a été récemment validé par le CCS.

Enfin, MBDA concourt avec son Mistral 2 pour la vente de missiles sol-air de très courte portée (Vshorad). L'acquisition d'un premier lot de 5.175 missiles, dont la moitié à produire en Inde, est estimé à 6 milliards de dollars. Par ailleurs, le missilier propose à New Delhi son tout nouveau missile tactique MMP (missile moyenne portée). MBDA a également obtenu l'an dernier un contrat pour une nouvelle tranche de Milan, un missile d'infanterie léger antichar fabriqué sous licence en Inde.

Nexter en salle d'attente

Le spécialiste de l'armement français Nexter Systems qui s'est associé avec le groupe indien Larsen & Toubro Limited (L&T), a répondu avec le Trajan à l'appel d'offre TGS (Towed Gun System) portant sur la fourniture de 1.480 canons d'artillerie tracté de 155 mm destinés à l'armée de terre Indienne. Une commande estimée à 3 milliards d'euros. Nexter a été présélectionné en compagnie d'Elbit. Les tests du Trajan se sont terminés fin janvier (hiver) après une première batterie de tests en juillet. "Le processus se déroule de façon nominale, ils ont respecté le calendrier jusqu'ici", explique-t-on chez Nexter. L'ouverture des enveloppes commerciales est attendue au dernier trimestre 2014 et un contrat notifié en 2015/2016.

Nexter est aussi en compétition avec L&T pour la modernisation de 300 pièces d'artillerie indiens de 130 mm M-46. Un contrat estimé entre 50 et 70 millions d'euros. Enfin, durant le salon indien de DEFEXPO, Nexter a par ailleurs dévoilé son canon Caesar pour la première fois sur un châssis indien fabriqué par Ashok Leyland. Le groupe attend un appel d'offre (Request for proposal) pour le programme Mounted Gun System (MGS) vers la fin 2014 en vue de fournir à l'armée de terre indienne 800 canons d'artillerie tractés. Le Request for Information (RFI) a été émis en juin. "Nous allons au-delà des 30 % requis d'offset", précise-t-on chez Nexter, qui met l'accent sur la très forte indigénisation du Caesar.

DCNS dans les starting-blocks en Inde

Le groupe naval DCNS, qui a gagné en 2005 un contrat de six sous-marins avec un important transfert de technologies via son partenaire indien Mazagon Dock, attend désormais le lancement d'un appel d'offre portant sur la seconde tranche. Sur proposition de l'état-major de la marine, le Conseil d'Acquisition de Défense a récemment pris la décision de lancer le projet P-75 I portant sur la fourniture de quatre sous-marins : deux seront construits respectivement dans les chantiers de Mazagon Dock à Bombay et d'Hindustan Shipyard à Visakhapatnam tandis que deux autres seront réalisés dans les chantiers du fournisseur choisi.

Mais pour coller aux ambitions de New Delhi de disposer de 24 sous-marins en 2030, DCNS et son partenaire Mazagon Dock seraient, selon nos informations, sur le point de proposer à la marine indienne la réalisation de deux sous-marins par Mazagon Dock en gré à gré. Enfin, le groupe naval va remettre une offre avec l'industriel indien Pipavav dans le première quinzaine de mars dans le cadre d'un appel d'offre lancé en novembre 2013 et portant sur l'acquisition de quatre porte-hélicoptères (LHD).

Airbus Helicopters tourne en rond

Airbus Helicopters, qui a répondu à un nouvel appel d'offre en 2008 dans le cadre du renouvellement de la flotte Cheetah et Chetak (programme Reconnaissance and Surveillance Helicopter-RSH), attend... depuis 2010 l'ouverture des enveloppes commerciales par New Delhi pour savoir si il est à nouveau sélectionné par l'armée indienne. Les offres commerciales ont été à nouveau prolongées, cette fois-ci jusqu'en juin, selon Airbus Helicopters. Sans possibilité de réactualisation par les deux concurrents (Airbus Helicopters face au russe Kamov) qui sont en train de voir leurs marges fondre comme neige au soleil.

Le contrat, qui porte sur 197 hélicoptères de reconnaissance pour les armées de l'air et de terre destinés notamment aux troupes stationnées en altitude près de la frontière avec la Chine, est estimé à 1,2 milliard d'euros. Bien plus si l'armée indienne va au bout du programme (600 appareils au total, soit 3,6 milliards d'euros). Airbus Helicopters propose le Fennec (AS350 C3), le seul hélicoptère à s'être posé sur le mont Everest, face au KA-226 du russe Kamov.

Airbus Helicopters vise deux autres programmes de renouvellement de la flotte indienne. Outre les 197 Fennec, la version militaire de l'Ecureuil, le constructeur européen vise un appel d'offre lancé en août 2012 portant sur la fourniture d'hélicoptères pour la Marine (56 appareils) dans le cadre du programme NUH (hélicoptères utilitaires navals) dont le montant est évalué à plus de 500 millions d'euros et un autre lancé en novembre 2012 portant sur l'équipement des Coast Guard (14 appareils, soit un contrat estimé à plus de 400 millions). Eurocopter propose respectivement l'AS565 MB Panther, la version militarisée du Dauphin, et le NH90.

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Enfin, l'Inde a sélectionné Airbus Defence pour la fourniture de six avions ravitailleurs A330 MRTT en vue d'équiper son armée de l'air. Une vente qui pourrait dépasser le milliard de dollars. La filiale d'Airbus Group est entrée en négociations exclusives avec New Delhi... deux ans après avoir vu un premier contrat similaire annulé par le gouvernement indien.

Michel Cabirol

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