Ariane 6 sera aussi le temps du sang et des larmes...

 |   |  690  mots
3,2,1... Mise à feu par les ministres en charge de l'espace à Luxembourg d'Ariane 6, qui va succéder à Ariane 5
3,2,1... Mise à feu par les ministres en charge de l'espace à Luxembourg d'Ariane 6, qui va succéder à Ariane 5 (Crédits : Reuters)
L'Europe tient son nouveau lanceur européen, qui devrait voler en 2020. D'ici là, la filière lanceur va se restructurer de façon, très, très sévère.

Ariane 5 est morte, vive Ariane 6. Le progamme Ariane 6 est désormais sur orbite au niveau politique. Aux industriels maintenant de prouver qu'ils sauront faire en temps et dans les prix. Les ministres européens de l'Espace ont fait le job. Ils sont parvenus mardi à Luxembourg à un accord "historique" pour construire le futur lanceur européen, qui sera plus compétitif, s'est réjoui la secrétaire d'Etat française à la Recherche Geneviève Fioraso. Ariane 6 devrait voler dès 2020, a-t-elle annoncé."C'est un succès, j'ose même dire un grand succès", a déclaré à l'issue d'une réunion des ministres européens de l'Espace le directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), Jean-Jacques Dordain.

Mais Ariane 6, faut-il le rappeler, sera aussi le temps du sang et des larmes pour la filière lanceur, qui va être très durement restructurée par les industriels, qui ont pris le pouvoir. "Dans l'exposé du projet, il est clairement affiché l'ambition de réduire de 40 % les coûts", a rappelé les syndicats FTM-CGT du secteur spatial. Le CNES l'avait lui annoncé très tôt, en janvier 2013 : faire reculer les coûts opérationnels de 40 % par rapport à Ariane 5.

Lire ou relire : Ariane 6 pourrait placer la filière spatiale européenne sur l'orbite de la restructuration

Tom Enders a déjà un sécateur en main

Tom Enders est lui déjà dans les starting-blocks. Rappelant qu'Airbus et le motoriste Safran avaient "uni leurs forces" dans le secteur des lanceurs avec la coentreprise créée par les deux groupes, le patron d'Airbus Group a toutefois estimé lundi nécessaire d'aller encore plus loin. Comment ? En expliquant qu'il fallait "se détacher des méthodes actuelles de travail car c'est une condition préalable pour la future compétitivité de l'activité spatiale européenne". Et de préciser que "nous devons également transformer la manière d'opérer des agences spatiales et leur façon d'interagir avec l'industrie".

Pourquoi toute cette restructuration ? Pour contrer Falcon 9 de l'américain SpaceX, soulignent tous les responsables politiques, étatiques et industriels de la filière. La décision de réorganiser la filière spatiale repose pourtant sur ce postulat de départ très discutable. Avec l'arrivée de SpaceX, tous les acteurs ont sciemment mélangé coût de production et dumping, selon leurs intérêts. Le rapport de la NASA est pourtant clair : le coût moyen de fabrication et de lancement d'un Falcon 9 est de l'ordre de  140 millions de dollars sur la période 2012-2020. Loin donc des prix pratiqués par SpaceX sur le marché commercial (60 millions de dollars).

Ce n'est donc pas réellement un problème de coûts de production de la filière européenne même si cela ne doit pas l'empêcher de poursuivre ses efforts d'optimisation. Mais finalement qu'importe, les industriels se sont emparés des clés de la filière lanceur. Un rêve caressé depuis si longtemps. Chapeau à eux.

Malaise dans la filière

C'est relativement passé inaperçu mais le patron d'Arianespace Stéphane Israël est passé à deux doigts d'une grève sur le pas de tir d'Ariane 5, voire d'un report d'un lancement . Au prix d'une négociation très serrée. "Les salariés n'acceptent plus la manière dont la direction traite les problèmes réels auxquels les salariés sont confrontés", notamment une "adéquation charge de travail/effectif dans un contexte de cadence en augmentation constante", a expliqué la CGC Arianespace. A suivre car la situation reste tendue au sein d'Arianespace. Mais cela augure mal des futurs efforts demandés par la société commune Airbus et Safran.

Dans une interview accordée à La Tribune, Geneviève Fioraso avait expliqué que "l'enjeu c'est la sauvegarde de la filière lanceur et des compétences associées, dans l'industrie et la recherche. Mais le marché nous oblige à évoluer. Comme dans tout changement, des craintes peuvent s'exprimer. Les salariés ont besoin d'être rassurés". Avec la décision prise au Luxembourg, la filière s'attend maintenant à être mise sous tension.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/12/2014 à 22:41 :
"Le rapport de la NASA est pourtant clair : le coût moyen de fabrication et de lancement d'un Falcon 9 est de l'ordre de 140 millions de dollars sur la période 2012-2020. Loin donc des prix pratiqués par SpaceX sur le marché commercial (60 millions de dollars)."

Cette fois il n'y a plus aucun doute, monsieur Cabirol ment en toute connaissance de cause. Cela dit je me demande dans quel but, cela ne changera strictement rien à ce qui est inéluctable.
a écrit le 03/12/2014 à 16:27 :
Bravo à Airbus pour la réussite de son OPA hostile sur le spatial européen et son argent publique !
Adieu à Arianespace qui selon le paragraphe 9 de la résolution votée hier est appelé à disparaître en 2015 !
a écrit le 03/12/2014 à 10:57 :
La Tribune, le seul journal a avoir vu que VA221 est passé extrêmement près d'un report pour cause de grêve chez Arianespace...
Michel Cabirol, le seul journaliste a ne pas gober tout cru l'argument falacieux de la "concurrence" (complétement faussée) de SpaceX.
La boucherie ne fait que commencer pour les salariés du secteur, la fin d'une époque assurément....... jusqu'au prochain échec.
a écrit le 03/12/2014 à 10:41 :
Comme l'a dit Saubert, il est tout à fait positif que Arianespace et l'Europe ne se reposent pas sur ses lauriers et qu'ils mettent tout en œuvre pour continuer à s'adapter au marché. Je vois avec plaisir que c'est le cas avec Ariane 6. Bravo. Car avec Ariane 6, l'Europe baissera significativement ses coûts et permettra à Arianespace de défendre sa part de marché historique d'environ 40%, à condition de garder la même fiabilité qu'Ariane 5, qui s'est imposée comme le lanceur Numéro 1 sur le marché mondial.
Pour l'instant seul la fusée américaine de Space X (subventionnée par la NASA) est un danger sérieux car les fusées Chinoises ne peuvent toujours pas lancer des satellites qui contiennent des composants électronique américains à cause de la réglementation Itar puis le Japon dispose d'un lanceur trop chère pour être compétitif sur le marché mondial.
a écrit le 03/12/2014 à 10:31 :
Je suis loin d'être sûr que les "appétits" des industriels de la filière en matière de réduction des couts correspondent aux exigences de qualité requises par la filière spatiale. Pour parvenir à 98 % de fiabilité, que d'efforts sont nécessaires. La récente explosion d'un lanceur américain l'a encore une fois démontré.
Réponse de le 03/12/2014 à 17:29 :
Le moyen de transport qu'est l'avion, secteur d'activité prinicipal de ces deux sociétés, n'a jamais été aussi sur que ces dernières années, pourtant ce marché est exclusivement privé (Avionneurs et Compagnies aériennes). L'argument de "l'accident" ne tient donc pas la route.
a écrit le 03/12/2014 à 10:14 :
- Airbus Group et Safran ont respectivement leurs sièges sociaux au Pays-Bas et en France et ce sont deux industriels qui portent la dynamique positive en France et en Europe. Donc l'argument de "plus rien d'européen" ne tient pas la route.
- Le moyen de transport qu'est l'avion, secteur d'activité prinicipal de ces deux sociétés, n'a jamais été aussi sur que ces dernières années, pourtant ce marché est exclusivement privé (Avionneurs et Compagnies aériennes). L'argument de "l'accident" ne tient donc pas la route.
- Galileo est un projet piloté par ... le CNES...l'argument de "Galileo" ne tient donc pas la route.

Il faut arrêter de se voiler la face. SpaceX, la NASA, Virgin, Soyouz, Les Chinois font tous fait rentrer le spatial dans l'aconomie de marché, il est de bon ton pour l'Europe d'essayer de prendre la tête du train ou les premiers wagons avant de se retrouver dans les derniers (les premiers décrochés)...
Réponse de le 03/12/2014 à 13:25 :
Les chinois ne pourront pas inquiéter le lanceur européen d'Arianespace tant que la règle ITAR sera appliquée (Réglementation américaine sur le trafic d'armes au niveau international). En effet la règle ITAR s'est durcie dans les années 2010, empêchant le lancement par les lanceurs chinois de tous les satellites utilisant des composants américains. Et vu que les industries des satellites (Européens, Américains, Adiatiques,...) utilisent en partie des composants américains ce n'est donc pas encore demain que les Chinois seront une menace sur le marché des lanceurs de satellites
Réponse de le 03/12/2014 à 17:30 :
Oui Rider-83. Sauf que le programme spatial Chinois est mature. Donc le marché Chinois n'est pas accessibles aux occidentaux & en cas de dérèglementation ITAR (Ce réglement évolu très vite), pour des intérêts économiques supérieurs par exemple, serait un concurrent très sérieux.
a écrit le 03/12/2014 à 9:45 :
amusant de constater, encore une fois... que ce qui a put être construit grâce à l'investissement collectif, est privatisé dès que ça commence à fonctionner........ il n'y a qu'à voir le désastre de la filière nucléaire française........ pour présumer du potentiel désastre pour les lanceurs....... on tire sur la ficelle..... mais la complexité et la fiabilité sont des impératifs qui ne supportent pas le moindre grain de sable... sinon tout s'écroule en deux lancements foirés....... après trente ans de labeur...
a écrit le 03/12/2014 à 0:40 :
Ca fait un bout de temps que ce marché est devenu, justement, un marché industriel. Certes il bénéficie de la recherche et est dans un secteur de pointe, mais quand on voit l'augmentation des cadences de tir et l'effort d'organisation à tous niveaux pour produire des lanceurs de plus en plus gros et complexe, forcément il faut que ce soit géré par des industriels habitués à ces contraintes. C'est bizarre de raler quand l'industrie plonge, et de raler aussi quand elle se développe...
a écrit le 03/12/2014 à 0:39 :
On va tirer sur la corde, jusqu'à sa rupture pour parvenir à des lancements à 40 millions!!
La rupture étant un accident qui décrédibilisera complétement la filière européenne!
On veut s'aligner sur SpaceX dont les prix sont totalement artificiels et ne reflètent aucune réalité: ils sont subventionnés par la NASA à plus de 60%!!
Ce combat est débile!!
Il ne faut pas lutter sur ce plan-là, il faut attaquer les USA devant l'OMC, pour dumping est subventions déguisées!
Réponse de le 03/12/2014 à 11:52 :
Faites vos calculs un peu avnt de commenter. Même subventionné à 60% (chiffre à confirmer, je ne sais pas d'où vous le sortez) SpaceX est largement plus efficace qu'Arianne. Et son objectif de "recycler" les lanceurs aurait dû êtreintégré par les grandes compagnis internationales depuis bien longtemps. Ces fusées qui ne servent qu'une fois sont une abbération économique. La technologie pour les réutiliser existe depuis des années, pourquoi ne pas y avoir prêté attention ? Pour détourner plus facilement des fonds dans les poches de quelques dirigeant malhonnête ?
Réponse de le 03/12/2014 à 14:44 :
De quelle technologie parlez-vous. Si c'est celle utilisée pour la navette, on a vu le malheureux résultat de cette dernière : dangereuse, trop chère. Réutiliser un lanceur n'est pas simplement refaire le plein, il faut le vérifier intégralement ; la fusée subissant d'énormes contraintes dont il est nécessaire d'évaluer les conséquences à chaque retour. Je pense que cela coûte très cher. Pour moi, à court terme, cette technologie n'est pas rentable. Cependant, cela ne doit pas empêcher de faire des recherches dans ce domaine.
Concernant la subvention, vous avez raison, les 60 % sont un peu exagérés car elle n'est que de 58 % (cf l'article de M. CABRIOL s'appuyant sur un rapport de la NASA, je suppose donc que la source existe).
En tout cas, vouloir concurrencer SpaceX à travers le coût du lanceur alors que celui-ci pratique des tarifs artificiellement bas me fait un peu peur quant à la fiabilité de la future Ariane 6.
a écrit le 02/12/2014 à 23:31 :
si c'est dans le sillage de Galileo il y a du souci à se faire !
a écrit le 02/12/2014 à 22:39 :
Il est tout à fait logique que l'Europe souhaite assurer la place de leader mondiale qu'occupe actuellement la fusée Ariane 5 sur le marché des lancements de satellite. On ne va pas reprocher aux européens de soutenir une entreprise qui marche comme Airbus. L'ennui c'est que l'américain Space X avec sa fusée low-cost Falcon 9 a mis au point (avec un peu de subventions de la NASA) un lanceur presque intégralement construit en Californie. Et oui, le fait de produire le plus de pièces possible dans une unique usine permet de faire des économies d’échelles à Space X (avec un petit coup de pouce de la NASA), à l'inverse de la conception d’Ariane 5 qui plus complexe et coûteuse par le principe du retour géographique, qui permet à chaque pays européen de recevoir une charge industrielle proportionnelle à sa participation financière au programme. Espérons alors pour nos industriels et leurs salariés que Ariane 6 aura meilleur succès que le lanceur de Space X pour que nous continuons à maintenir notre première place dans ce secteur stratégique
Réponse de le 03/12/2014 à 3:20 :
Votre analyse n'est pas toujours pertinente, tout produire n'est pas forcement rentable sinon les constructeurs automobiles ne chercheraient pas a deleguer aux sous traitants, il en est de meme pour Boeing avec son 787. Le probleme est que Falcon 9 est concu comme un produit industriel economique (meme pas fiable) alors que le programme Ariane etait au depart un defi technologique. Je vois mal Ariane 6 concurrencer Falcon a ce rythme. La logique du marche va de plus en plus mal a Ariane.
Réponse de le 03/12/2014 à 22:33 :
J'imagine que 13 lancements réussis sur 13 c'est ce que vous appelez "même pas fiable"...
a écrit le 02/12/2014 à 22:09 :
pourquoi je n'arrive pas à me défaire de cette impression que l'on nous (nous les citoyens européens) à tirer des décennies d'investissement publics pour garantir le chiffre d'affaire d'entreprises qui n'ont plus rien d'européennes et qui à la première occasion retournerons contre nous cette prise (cf. menace de Tom Enders et du maintien de l'emploi en Europe).

Le même raisonnement s'applique aussi au secteur nucléaire, électrique, ferroviaire, etc.
a écrit le 02/12/2014 à 20:51 :
L'Europe est parvenu à un "suicide historique", c'est ça ? :-)
Réponse de le 03/12/2014 à 22:35 :
C'est bien ça, mais il ne faut pas le dire trop fort.
a écrit le 02/12/2014 à 20:36 :
Ce que peu d'industriels oublient est que NOUS, Français, avons CONSTATE que les infrastructures CONSTRUITES avec NOTRE argent ont été BRAD2ES à des intérêts capitaleux.
Et PAS seulement les autoroutes et le téléphone.
SOIT, nous en avons MARRE de nous faire tuer par la finance US et cela se ressent de plus en plus au point que des gendarmes ont le droit de "tout"...
Le Français est raleur mais il peut être acteur.
Souhaitez que cela n'arrive pas.
a écrit le 02/12/2014 à 20:26 :
Les prix pratiqués par les industriels US ont surtout été obtenus en récupérant de vieux
matériels du temps de l'URSS. On a vu les résultats récemment !
Réponse de le 03/12/2014 à 22:37 :
L'article ne parle nullement d'Orbital mais de SpaceX, il faut apprendre à lire.
a écrit le 02/12/2014 à 19:42 :
Pas de soucis : ce sera fait au plus juste sur la réalisation, mais au plus rentable à court terme pour les "industriels"...
En gros, le dreamliner de Boeing, même principe. Et durée de vie réduite au jetable.
Réponse de le 02/12/2014 à 20:52 :
Non sans parler du F-35 "Frankstein", aussi durée de vie jetable.
a écrit le 02/12/2014 à 19:04 :
Non mais, de mémoire d'homme on n'a jamais vu autant de titres à ce sujet, c'est à peine croyable !!

Une seule question: on vote le budget de l'ESA les prochains jours ? cela expliquerait tout cet "engouement spatial", je pense.
Réponse de le 03/12/2014 à 14:08 :
franchement je prefere que mon argent aile a l ESA et a faire des fusees plutot qu a subventionner les paysans qui cassent tout de la FNSEA
De memoire, la PAC englouti 80 % du budget de l UE

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :