L'Europe met fin à la fabuleuse histoire du cargo spatial ATV

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Depuis 2008, les cinq vaisseaux-cargo auront acheminé au total près de 32 tonnes à bord de l'ISS : eau, nourriture, air, carburant, vêtements, mais aussi expériences et équipements destinés aux scientifiques.
Depuis 2008, les cinq vaisseaux-cargo auront acheminé au total près de 32 tonnes à bord de l'ISS : eau, nourriture, air, carburant, vêtements, mais aussi expériences et équipements destinés aux scientifiques.
Le cinquième et dernier cargo automatique européen ATV Georges Lemaitre s'est désarrimé samedi de la Station spatiale internationale (ISS). Il doit se désintégrer dimanche en rentrant dans l'atmosphère, au dessus du Pacifique sud.

C'est la fin d'un très grand programme spatial européen. Sous la maîtrise d'oeuvre d'Airbus Defence and Space, le cinquième et dernier cargo automatique européen ATV, qui a la taille d'un bus à impériale, s'est désarrimé samedi de la Station spatiale internationale (ISS), à laquelle il était accroché depuis six mois, à environ 400 km de la Terre, a annoncé l'Agence spatiale européenne (ESA). "Véritable emblème de la contribution européenne à l'exploitation de la Station, l'ATV Georges Lemaïtre, dédié à son ravitaillement et aux manœuvres de rehaussement d'orbite, a tiré sa révérence", a souligné le CNES dans un communiqué publié samedi.

Cette opération marque la fin du programme ATV (Automated Transfer Vehicle ou Véhicule de transfert automatique) lancé il y a vingt ans et qui a permis à l'Europe de prouver sa maîtrise de l'amarrage totalement automatique, une technologie de pointe. Cet ATV avait été lancé par Ariane 5 le 30 juillet 2014 et avait rejoint la station le 12 août suivant, contrôlé par les équipes du centre de contrôle ATV du Centre Spatial de Toulouse (CNES). Comme ses quatre prédécesseurs, l'ATV Georges Lemaître avait pour mission de ravitailler la Station en nourriture, eau et oxygène mais aussi en ergols, pièces de rechange et équipements scientifiques.

Le véhicule spatial le plus complexe jamais fabriqué

Une fois ses huit tonnes de cargaison transférées à l'intérieur de la Station, ce sont 2,5 tonnes de déchets - secs, liquides et matériels - qui ont été chargées à son bord, vouées à être brûlées lors de sa rentrée dans l'atmosphère. L'ATV Georges Lemaître doit se désintégrer dimanche en rentrant dans l'atmosphère, au dessus du Pacifique sud. "II est particulièrement émouvant de voir se terminer ainsi une telle aventure. L'ATV aura été au cours de toutes ces années, le symbole de l'excellence du spatial européen et son centre de contrôle au Centre Spatial de Toulouse, le véritable centre névralgique de cette épopée, puisque responsable des opérations depuis le lancement du premier ATV", a expliqué le président du CNES, Jean-Yves Le Gall.

Réputé pour sa fiabilité et sa précision, l'ATV est le véhicule spatial le plus volumineux et le plus complexe jamais fabriqué en Europe. Seul vaisseau-cargo doté d'un degré d'autonomie aussi élevé, l'ATV pouvait naviguer et s'arrimer à l'ISS sans aucune intervention humaine, et ce avec une précision telle qu'elle représente l'épaisseur d'une pièce d'un euro. Les ATV George Lemaître et Albert Einstein n'ont pas touché les bords de leur cible lors de rendez-vous à 28.000 km/h et 400 km d'altitude, soit 30 fois plus haut que l'altitude de croisière des avions de ligne. Le contact s'est effectué tellement en douceur que les astronautes à bord de l'ISS ne l'ont pas ressenti.

L'ATV a exécuté trois rehaussements d'orbite de l'ISS

Mais la mission de l'ATV ne s'est pas arrêtée au simple ravitaillement de l'ISS. Il a régulièrement relevé l'orbite de cette dernière, afin de compenser sa baisse d'altitude due à la trainée générée par la haute atmosphère. "Au total, les équipes du Centre Spatial de Toulouse, ont piloté cinq contrôles d'attitude, trois rehaussements d'orbite et deux manœuvres d'évitement de débris, une première dans l'histoire européenne du vol habité", a expliqué le CNES.

Décidé lors de la conférence européenne de Toulouse en 1995, le programme ATV a commencé le 9 mars 2008 avec le lancement du premier véhicule, Jules Verne. Il fait partie de la contribution européenne à l'exploitation de la Station et correspond au partage de ses coûts d'exploitation. En échange,les Européens peuvent faire voler des astronautes et conduire des expériences à son bord. En mars 2011, le programme a été limité à cinq exemplaires, un choix permettant d'envisager ensuite d'autres développements plutôt qu'une activité récurrente de production.

Un savoir-faire à pérenniser et à exploiter

Les enseignements tirés de la construction et de l'exploitation des ATV ont permis d'engranger un savoir-faire considérable. L'ESA et le CNES étudient d'ailleurs déjà des voies permettant d'exploiter cette expertise et ces technologies pour de futures applications spatiales. "La fin du programme ATV était prévue et le nombre de véhicules volontairement limité à cinq afin de laisser la place à d'autres programmes, toujours plus innovants, comme par exemple, Ariane 6", a expliqué Jean-Yves Le Gall.

"L'ATV-5 marque la fin d'une fabuleuse histoire débutée en 2008, celle du véhicule spatial le plus complexe jamais développé et construit en Europe. Cette technologie ne disparaîtra pas avec la désintégration de l'ATV Georges Lemaître, elle ouvre au contraire la voie à une multitude de nouveaux projets spatiaux", a confirmé le directeur général d'Airbus Space Systems, François Auque. Et de préciser que l'esprit de coopération, qui a prévalu pour le programme de l'ATV, et l'avance technologique de l'ATV "perdureront encore longtemps, notamment à travers le programme Orion, qui emmènera des astronautes en orbite terrestre et au-delà".

La capsule américaine Orion, qu'Airbus Defence and Space développe actuellement pour le compte de l'ESA. Ce module, essentiellement basé sur la technologie ATV, fournira propulsion et énergie au véhicule, ainsi que réserves en air et en eau pour les futures missions habitées. Par ailleurs, selon Airbus DS, le savoir-faire acquis dans le cadre du développement du système autonome d'approche et d'arrimage pourrait être réutilisé au profit de futurs satellites ou infrastructures orbitales, "afin de capturer des objets non coopératifs comme des débris spatiaux ou des astéroïdes". Cette technologie pourrait également être adaptée pour effectuer des atterrissages en sécurité et en totale autonomie sur d'autres planètes

Des records en tout genre

Les moteurs principaux du deuxième ATV Johannes Kepler - quatre propulseurs principaux et 28 micropropulseurs de freinage et de contrôle d'attitude - ont établi le record de la plus longue manœuvre de "reboost" de l'histoire de l'ISS, en rehaussant l'orbite de la Station de 40 km. Les ATV ont réalisé 40 manœuvres de ce type au total. Depuis 2008, les cinq vaisseaux-cargo auront acheminé au total près de 32 tonnes à bord de l'ISS : eau, nourriture, air, carburant, vêtements, mais aussi expériences et équipements destinés aux scientifiques.

Chaque ATV a également apporté des produits alimentaires particuliers aux membres d'équipage : du parmesan au tiramisu, en passant par les pâtes au fromage, pour satisfaire toutes les demandes des astronautes. D'une masse totale au décollage de plus de 20 tonnes, le véhicule a représenté en soi un véritable défi pour le lanceur européen Ariane 5. Avec ses 20,3 tonnes, l'ATV Georges Lemaître est la plus lourde charge utile jamais injectée en orbite par un lanceur Ariane.

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a écrit le 16/02/2015 à 1:14 :
Intéressant .
Maintenant, et en attendant Orion (grâce auquel les US récupérerons un peu de notre -petit- savoir faire), de qui dépendrons nous pour le ravitaillement de l'ISS ??
Des Russes !!
a écrit le 15/02/2015 à 15:30 :
Bien la question est de savoir qu'elle véhicule a terme rehaussera l'altitude de la station.... Ensuite automatisation des systemes a pour but de fiabilité les assemblage de plus gros élément.... Une fusée pour une exploration plus lointain de notre espace... Bien il reste bien des chose a faire pour combler le retards Europeen dans la conquête de l'espèce.
a écrit le 15/02/2015 à 10:10 :
on nous parle des prodiges de ce machin là ... bon admettons, je m'interroge toujours sur le lancement "raté" du satellite "GPS" européen !
Réponse de le 15/02/2015 à 11:30 :
on va chercher un vieux lanceur des années 50 le soyouz car moins cher , quelle erreur j'espère que les assurances ne rembourseront pas .
a écrit le 15/02/2015 à 9:22 :
Pas si efficace, les pâtes au fromage sont arrivées froides, et il n'y avait pas de feuille de basilic. Et en plus le serveur a refusé de les ramener en cuisine. Résultat, pas de pourboire.
a écrit le 15/02/2015 à 1:52 :
Il est vrai que c'est un peu triste de ne pas avoir de cargo réutilisable mais d'un autre côté les fusées elles aussi sont détruites.
On parle toujours du problème du frottement de l'atmosphère, de ses différentes couches, mais je me demande si le problème n'est pas tout simplement qu'on va .. trop vite; et si on avait un véhicule qui allait lentement, montait lentement, puis descendait lentement, avec des véhicules automatiques, on a tout notre temps, nous ne sommes plus obligés de penser en terme de temps humain, de celui d'un pilote qui compte en heures. Les américains ont développé l'idée d'un avion porteur qui va monter très haut pour lancer une navette dans l'espace, mais on reste encore dans le temps humain, des vaisseaux automatisés peuvent être encore différents.
Réponse de le 15/02/2015 à 11:10 :
La vitesse de 28000km/h permet de contrer l'attraction terrestre a 400km d'altitude et ainsi de rester sur orbite.
Plus ton orbite est basse, plus la vitesse doit être élevé.
Les satellites géostationnaire n'ont pas besoin de se déplacer pour rester en l'air car il son beaucoup plus éloignés de la terre !
Réponse de le 15/02/2015 à 13:19 :
Très poétique votre message. En somme un ascenseur et c'est réglé.
Révisez un tout petit peu votre mécanique orbitale pour comprendre pourquoi on est pressé....En gros pour tenir en orbite il faut être à environ 7 Km/s en vitesse sol. Difficile de ne pas supporter quelques frottements en rentrant....
Réponse de le 15/02/2015 à 13:23 :
La vitesse est dictée par les lois de la gravitation. La vitesse en orbite basse est de l'ordre de 8 km/sec soit 28.800 km/h

On pourrait essayer de planer pour rentrer au lieu de foncer dans les hautes couches protégé par un bouclier mais à ces vitesses le risque de rebond est considérable.
Réponse de le 16/02/2015 à 0:03 :
Les satellites geostationnaires se déplacent aussi...Cependant comme leur vitesse angulaire est égale à celle de la terre ils paraissent immobiles, mais ils ne le sont pas.
a écrit le 14/02/2015 à 21:15 :
Moi je rêve d'aller dans l'espace. Vivement que l'Europe nous y emmène. Belle exploit pour l'ESA
Réponse de le 15/02/2015 à 10:48 :
NON ... pas de cendrier dans les machins spatiaux .... aller aux toilettes dans ces machins là , ça doit être le parcours du combattant ! Définitivement c'est non ! ;o)))
a écrit le 14/02/2015 à 19:49 :
on aurait pu les déposer sur la lune dans l'espace dédié de la future base permanente. Ces ATV pourraient servir à de multiples assemblages au lieu de les détruire dans l'atmosphère .
Réponse de le 15/02/2015 à 13:22 :
Voudriez vous nous indiquer comment ils auraient effectué le transfert terre-lune et se seraient posé en douceur? L'astronautique a besoin de vous.
a écrit le 14/02/2015 à 19:32 :
Bravo à ces énormes contributions à la recherche qu'ont été les cinq ATV . Place maintenant aux IXV et ARIANE VI.
Réponse de le 15/02/2015 à 13:20 :
Pourriez vous nous dire en quoi les ATV ont fait progresser la recherche? Laquelle d'ailleurs? Au fait, il y a un vieux machin qui s'appelle Progress, jetez y un coup d'oeil.
a écrit le 14/02/2015 à 17:37 :
Tant d'argent et surtout d’énergie détruit et pour quoi de vraiment utile?
Réponse de le 14/02/2015 à 18:35 :
Certainement pas pour vous apprendre le rôle de la recherche fondamentale et appliquée, vous avez l'air de voler bien au ras des pâquerettes!!
Réponse de le 14/02/2015 à 20:06 :
c' est ce qui c' est dit pour Galillé quand l' église le sommait d' abjuré.. et de christphe collomb aussi.. et... etc..
Réponse de le 14/02/2015 à 21:00 :
L'imagerie médicale, les satellites qui vous permettent de communiquer instantanément partout, votre smartphone, les ordinateurs, les robots, les matériaux composites, les nouveaux textiles, tout cela fait appel à des technologies issues du spatial.
Réponse de le 15/02/2015 à 13:17 :
Navré, mais hormis les satellites rien de ce que vous citez n'est issu du spatial, ce serait plutôt même le contraire... Et comme disait l'autre: "si il a fallu faire saturn V pour trouver le tefflon (ce qui n'est pas vrai....) il devait surement y avoir une autre manière plus économqiue...."

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